Qui veut tuer DimaJazz ? La question est peut-être injuste et précipitée, elle ne reste pas moins d’actualité. Le festival emblématique du Rocher constantinois, un rendez-vous national unique en son genre musical, le Jazz, comme par la qualité de ses affiches, ne sera pas au programme cette année. Annulation ? « Report », rétorque le ministère de la Culture. Mais pourquoi donc ? Quelle fausse note pour ce département en cette fin d’année !

Keziah Jones, Lucky Peterson, Philip Catherine, Didier Lockwood, Al Di Meola, Fawzi Chekili, Aka Moon, Maceo Parker, Mokhtar Samba, Fayçal Salhi, Ba Cissoko, Tony Allen, Karim Ziad, l’Orchestre national de Barbès, Paco Sery, Alain Caron, Steve Coleman, Nguyên Lê, Oum, Billy Cobham, Boney Fields, Trilok Gurtu, Magic Malik, Bernard Allison, Sixun, Jean-Jacques Elangué, L. Subramaniam, Dhafer Youssef, Jean-Marie Ecay, Omar Sosa, Randy Brecker, Chucho Valdes, Alpha Blondy… et la liste est longue ! Une pléiade de musiciens, essentiellement de Jazz, dont le point commun est d’avoir participé au Festival Dimajazz, une fête de la musique qui enchante les trompes d’Eustache depuis 2003, une création de l’association Limma avec comme chef de file, le batteur Aziz Djemame, un artiste disparu en 2005 après avoir réussi à faire de Constantine une ville de Jazz. Une folie dans la ville du Malouf. Une folie qui a réussi à faire un commensalisme entre les deux genres musicaux. Salim Fergani, souvenons-en, s’est même produit en mode Jazz lors d’un festival avec son Oud magique.
Aziz Djemame est mort, et Dimajazz aussi. C’est du moins ce que voudraient certaines glauques officines. « Le festival Dimajazz est annulé pour la version 2017, mais il n’est pas mort. » C’est la seule indication qu’on a pu récolter officiellement auprès des membres de Dimajazz. Obligation de réserve et gueule de bois après le couperet tombé sur le festival. L’information de l’annulation du festival a commencé à circuler il y a déjà quelques jours à Constantine, mais les fans de jazz pensaient que tout allait rentrer dans l’ordre, comme en 2014 quand on est passé de l’annulation à un report. Mais les germes de la suppression étaient déjà dans l’air.
La « folie » Jazz menacée
Malgré le fait que Dimajazz est coté à l’échelle trois, festival international, il ne reçoit de l’État que des subsides pour la catégorie la plus basse. L’association a quand même réussi à tenir haut sa dragée qualitative. Des mécènes privés et publics s’impliqueront pour que le festival perdure et… dure. Le festival s’exportera même une fois du côté d’Alger, mais gardera ses racines constantinoises. Puis des responsables aux relents dogmatiques et cultuels de bas étage commenceront à chercher noise au festival. Timgad et Djemila, aux budgets colossaux pour des résultats mitigés, oui ; Dimajazz et « les hurluberlus sales et chevelus », non !
Pourtant, Dimajazz aura plusieurs printemps, pas au sens guerrier, notamment avec Khalida Toumi qui a fait de Dimajazz un cheval de bataille, qui se battra pour le maintenir et l’institutionnaliser. Elle réussira. Et organiser aussi, dans la foulée, quelque chose comme 180 festivals, mais dont seulement deux seront une émanation de la société civile, Dimajazz, bien sûr, et le festival de théâtre de Béjaïa.
L’automne s’annoncera en 2014 avec les vents du report au mois de septembre, des orages pour le festival de 2015, qui se tiendra quand même, puis celui de 2016 qui se tiendra sous des airs celtiques et… électriques avec l’ONCI. Le calme qui annoncera la tempête de 2017, et l’annulation purement et simplement du festival par le ministère de la Culture suite à un oukase daté du 27 novembre dernier ! Un ministère qui a commencé, auparavant, par couper les vivres publics. Malgré cela, les organisateurs se débrouilleront avec le peu qu’il y avait dans la tirelire, confirmeront les invitations faites aux artistes et leur enverront même des billets d’avion pour le festival qui devait commencer le 13 décembre. Puis, le jour même de l’ouverture du festival du malouf, un malouf qui, pourtant, avait de bons rapports de voisinage avec les adeptes de « la folie » jazz, l’annulation est officialisée. La foudre est tombée en même temps que la neige, timide, qui a commencé à recouvrir les affres d’un ministère qui a rarement porté Dimajazz dans son cœur, ce dernier « ne faisant pas partie de la maison ».
Serait-ce le coup de grâce donc pour Dimajazz ? Pour le moment, les organisateurs, groggy, et on le serait pour moins que ça, ne tiennent pas à s’exprimer. « Le festival de Constantine ne mourra pas », tiendra à souligner un fan de Dimajazz qui voulait savoir, auparavant, si la vente des billets avait commencé ! Abasourdi par l’annulation, il se dira prêt à investir la rue avec des centaines de sympathisants pour faire perpétuer le festival. « Les gens investissent la rue à la moindre coupure d’électricité ou d’eau, pourquoi pas pour le festival ? » promettra-t-il.
15 ans après son lancement, le festival de Dimajazz est sérieusement menacé. Survivra-t-il aux coups de Jarnac qu’il reçoit depuis 3 ans ? En tout cas, les mélomanes, tous genres confondus, que nous avons rencontrés depuis l’annonce de l’annulation du festival sont unanimes pour dénoncer la hogra qui a frappé Dimajazz.