Le Forum civil pour le changement (FCC) et son «coordonnateur national» Abderrahmane Arar semblent être parvenus, hier, au bout de leur parcours de défense du choix de l’organisation de l’élection présidentielle comme solution à la crise politique dans le pays.

Par Lyes Sakhi
Après avoir bataillé durant l’été dernier dans tous les lieux pour la promotion et la défense de cette solution – plaidoyer en faveur de l’ex-panel de Karim Younès, participation aux initiatives dites de la société civile pour la tenue du scrutin désormais programmé pour le 12 décembre prochain -, le FCC a organisé avant-hier vendredi et hier samedi son «congrès national constitutif», avec l’objectif de se doter d’un chef. Mais certainement, aussi, pour se constituer en force de frappe en faveur de la tenue du scrutin du 12 décembre.
Dans son allocution inaugurale du congrès Abderrahmane Arar, qui s’est surtout déclaré candidat à la présidentielle, n’a d’ailleurs pas fait secret de sa position vis-à-vis de cette élection : il a réitéré le soutien du Forum à ce rendez-vous pour «recouvrer la légitimité, opérer le changement radical et consacrer la démocratie» en Algérie. Il a insisté sur l’«impératif d’organiser» le scrutin avec l’idée d’y participer comme candidat du FCC.
«Il est temps de structurer notre dynamique et élargir le débat aux 48 wilayas sur les questions politiques», a déclaré M. Arar, devant 400 participants, représentant différentes régions d’Algérie. Il s’agit, selon lui de créer «un dialogue politique basé sur les principes de respect de l’opinion, de la diversité et du droit à la différence entre les acteurs de la société civile».
Fait paradoxal, le congrès constitutif s’est déroulé sur le thème «le Hirak, processus de changement et la gouvernance politique de l’Algérie nouvelle». Un paradoxe quand on sait que le mouvement populaire pour le changement poursuit ses marches hebdomadaires en faveur non pas d’une élection qu’il rejette en l’état actuel des choses, mais d’un changement total du système de gouvernance dans le pays. Cependant, Arar nuance cette contradiction par son appel réitéré, hier, «au départ de tous les symboles de l’ancien régime et à la libération des détenus d’opinion». Le Forum «soutient la poursuite du mouvement populaire jusqu’à la satisfaction totale des revendications populaires légitimes dont l’indépendance de la justice, le respect des libertés individuelles et collectives, la lutte contre la corruption, l’amélioration de la situation socio-économique du pays et la prise en charge des catégories vulnérables et des préoccupations des jeunes», a-t-il dit à ce sujet. Arar revendique également «la libération de tous les détenus du mouvement populaire», réaffirmant «l’importance de soutenir et de poursuivre le processus du dialogue constructif et responsable pour sortir le pays de la crise».
Discours de campagne et pré-positionnement pour l’après scrutin
En résumé, la structure associative qu’il chapeaute depuis sa création, le 9 mars 2019, par 70 associations nationales et locales, en dépit de la spécificité de ses déclarations, ne défend pour l’instant pas d’autre projet politique que celui d’une présidentielle à la date annoncée par les autorités. Un discours de campagne qu’elle accompagne de la condition que le vote se tienne dans un «climat serein et propice», qui devrait être garanti par la remise en liberté des militants et activistes réclamant une solution à la crise nationale au-delà du simple rendez-vous électoral.
Pour Arar, «il est impératif de procéder, après l’élection du nouveau président, à la réforme de la Constitution et l’ouverture d’ateliers pour la réforme des secteurs stratégiques» et de «relancer la réflexion sur l’avenir de l’Algérie après la présidentielle et la création de la nouvelle République». Dans ce sens, le coordonnateur du FCC a insisté sur «la nécessité d’organiser cette élection pour choisir notre président en toute transparence et démocratie. Un homme capable d’engager des réformes profondes et globales dans différents domaines, de procéder à la révision de la Constitution et des lois et d’édifier un Etat moderne».
Mais l’objectif, a-t-on compris, des travaux du congrès constitutif du FCC hier, c’est de se positionner pour l’après scrutin en tant que «force de propositions» après le «retour à la légitimité à travers un processus électoral transparent». Il s’agit, entre autres, de «définir l’ancrage juridique du Forum» et «d’adopter une nouvelle stratégie politique pour les cinq prochaines années (2020-2025)». D’ici là, l’autorité de contrôle des élections de Mohamed Charfi peut compter sur l’appui du Forum dans sa laborieuse quête de soutien populaire.