On l’a connu moins bavard. Mais, récemment, Djamel Belmadi, sélectionneur de l’équipe nationale, n’hésite pas à dire, sans ambages, ce qu’il pense de la situation de certains de ses champions d’Afrique. On citera Youcef Belaïli et Youcef AtalS’il envisage de remettre ces deux-là dans le wagon des «Fennecs» pour les prochaines échéances, il met ses conditions. Publiquement.

Cela peut ressembler à une thérapie de choc tant Belmadi ne procédait pas ainsi par le passé. Se rendant compte de l’importance des deux Youcef (Atal et Belaïli), le premier responsable de la barre technique de l’Algérie a fait savoir, au vu et au su de tout le monde, à ses deux poulains qu’il compte bien les réintégrer lors des prochaines échéances. A compter de la date FIFA de mars. Cependant, s’il a reconnu leurs qualités footballistiques, qu’il a louées, il les a aussi secoués par la même occasion.
C’est clair que le coach d’ «El-Khadra» tient à son ossature et le groupe avec lequel il a triomphé en terres égyptiennes le 19 juillet 2019. Hermétique sur le plan managérial, Belmadi a reconnu que «le onze entrant à la CAN a été très performant et ne veut rien lâcher. Mais, on essaye de faire jouer quasiment tout le monde et quasiment sur toutes les dates FIFA. On a un groupe qui devient homogène et au sein duquel les différences de niveau ne sont pas très grandes.»
L’ancien driver d’Al-Duhail SC avoue même avoir dit à ses joueurs lors du dernier match qu’il a «un réel souci lorsque je veux composer mon équipe et ça devient difficile de faire des choix entre des joueurs très proches en termes de niveau».

Pas de social mais un lien filial
Belmadi ira plus loin en disant qu’il «ne fait pas dans le social avec eux, j’essaye d’être le plus juste et d’aligner la meilleure équipe possible mais ce sont des choix de plus en plus difficiles.» Ainsi, l’ex-international algérien tient à certains de ses poulains même s’ils sont dans une situation sportive assez délicate. On pense notamment à Atal et Belaïli. Le premier se blesse beaucoup trop souvent et le second est resté 8 mois sans s’entraîner en club après un conflit avec Al-Ahli Djeddah (Arabie saoudite) avec lequel il s’était engagé après avoir livré une superbe CAN-2019. Un choix de carrière que le sélectionneur ne valide pas.
Et il le dit ouvertement : «Belaïli a un talent extraordinaire. Son souci c’est la constance. Je vais la vais la faire un peu grossièrement mais le talent de Youcef Belaïli avec le professionnalisme d’Aïssa Mandi, c’est minimum Tottenham ou l’Atlético de Madrid. On aurait qu’il comprenne celui et son environnement qu’une carrière, on n’en a qu’une. On ne peut pas vivre avec des regrets. C’est ce qui fait un petit peu mal. Je le relance pour le bien de tout le monde.»
Le fait que l’Oranais, qui a rejoint le Qatar SC dernièrement, «Retombe dans certains travers fait doublement mal. Et moi, à la limite ça me fâche.» Allusion faite au manque de sérieux dans la gestion de carrière et les choix qu’il a pu faire sur conseil de son… père qui est son agent. «J’ai toujours du mal à le digérer. Je l’aime beaucoup et j’ai de l’affection pour lui parce qu’il est parfait quand il est avec l’équipe nationale», ajoutera Belmadi qui montre qu’il a une relation humaine avec ses protégés. C’est avec cette approche qu’il a pu tirer le maximum du groupe en ne perdant qu’une seule fois en 25 tests sur le banc et réussissant à enchaîner 22 rencontres sans défaite.

Atal et le «besoin d’accompagnement»
Pour ce qui est d’Atal, le successeur de Rabah Madjer a été plus «offensif» car l’ancien sociétaire du Paradou AC semble stagner. Il risque même de voir sa cote rechuter s’il ne se ressaisit pas plus vite. Le latéral droit a raté beaucoup de matchs avec l’OGC Nice sur cette année. La faute à de nombreuses blessures : lésion méniscale du genou, problèmes récurrents aux ischio-jambiers et rechutes, le défenseur ne semble pas avoir l’hygiène de vie adéquate.
«Je n’ai pas l’habitude de régler les choses par l’intermédiaire de la presse mais quand un joueur à la tête dure et que ça ne se règle pas alors j’envoie un petit pique comme ça. Il sait ce que je pense de lui, c’est un super joueur et un super gars. Mais il débarque à Nice, sur la Côte d’Azur… c’est compliqué pour un jeune joueur», a lâché Belmadi qui se dit favorable à ce qu’il ait «un accompagnement de la famille ou du club, même pour Hichem Boudaoui qui joue avec lui et qui est encore plus jeune»

«Si je me permets de parler comme ça…»
S’il a décidé de bousculer Atal de cette manière, même si cela n’a pas forcément plu aux dirigeants niçois, c’est parce qu’il estime que la direction du Gym est, en partie, responsable dans ce qui arrive au natif de Tizi-Ouzou. «Si je me permets de parler comme ça, c’est parce que j’ai été sollicité par le club et si l’OGC Nice veut me répondre ils savent ce qu’il en est. Je leur ai expliqué qu’on ne peut pas se permettre de balancer des jeunes joueurs comme ça et les prolonger avec des salaires encore plus élevés. Il faut les accompagner, faire en sorte que ça se fasse en douceur. Je ne dédouane pas le joueur et c’est pour ça que je suis intervenu dans les médias mais chacun doit y mettre du sien… il faut faire attention avec le professionnalisme et les accompagner pour cela», note-il.
Belmadi n’hésite donc pas à hausser le ton et défendre ses internationaux. Y compris auprès de leurs employeurs. Il est toujours dans cet esprit de protéger son groupe. Même quand il ne l’a pas sous la main comme ce fut le cas lors de l’épreuve africaine. Reste à savoir comment ses éléments vont recevoir ce secouage en règle du patron car cette façon de les rappeler à l’ordre peut être à double tranchant. n