Le procès de l’affaire Khalifa Bank qui a défrayé la chronique au début des années 2000 a été rouvert, hier, au tribunal criminel près la Cour de Blida. Le réexamen de ce dossier, une des plus retentissantes affaires de corruption de l’ère Bouteflika, fait suite à la décision de la Cour suprême, datée du 17 juillet dernier, qui avait ordonné le réexamen des affaires Sonatrach et Khalifa, dans le cadre de la poursuite des enquêtes sur les affaires de corruption et des poursuites judiciaires engagées par la justice depuis fin mai 2019.

Au mois d’avril 2019, Ahmed Gaid Salah, alors chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, était le premier à avoir déclaré que «la justice rouvrira tous les dossiers de corruption comme l’affaire Khalifa, Sonatrach et El Boucher». La réouverture du procès, hier, au tribunal criminel près la Cour de Blida, s’est faite en présence de l’accusé principal, Abdelmoumène Khalifa, ex PDG du groupe Khalifa, outre onze (11) autres accusés, exception faite de l’accusé Rehal Amar décédé. Cependant, de nombreux témoins étaient absents à l’ouverture du procès, a-t-on constaté. D’emblée, la présidente de l’audience a tenu à préciser que le procès de l’affaire Khalifa Bank a été rouvert après la réponse favorable de la Cour suprême au pourvoi en cassation du dernier verdict prononcé en 2015. Le principal accusé dans cette affaire, Abdelmoumène Khalifa en l’occurrence, était en détention depuis son extradition de Londres, à l’issue d’un interminable processus judiciaire. Il était poursuivi, au même titre que d’autres accusés non détenus, pour des chefs d’inculpation en relation avec la «constitution d’association de malfaiteurs», «falsification de documents officiels et usage de faux», «vol en réunion, escroquerie, abus de confiance et corruption», «falsification de documents bancaires», et «banqueroute frauduleuse». Les accusés sont également poursuivis pour «escroquerie» et pour «abus de confiance et abus d’influence». Le même tribunal qui a rouvert, hier, le procès avait, rappelons-le, condamné Abdelmoumène Khalifa, en juin 2015, à 18 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de dinars et de la confiscation de l’ensemble de ses biens, pour «constitution d’une association de malfaiteurs», «vol en réunion et escroquerie» et «banqueroute frauduleuse». D’importantes personnalités avaient succédé à la barre, faisant de ce procès un scandale politico-financier des plus retentissants de l’ère Bouteflika, avant que les affaires Sonatrach ne viennent noircir davantage les années de gouvernance du président déchu. Au total, 71 prévenus sont poursuivis dans cette affaire, après le décès de 5 de ceux qui avaient fait appel devant la Cour Suprême des verdicts prononcés en juin 2007, alors que le nombre des témoins dépassait les 300 personnes, outre la partie civile et les victimes. La tenue du premier procès était rendue possible après l’extradition d’Abdelmoumène Khalifa par les autorités britanniques en décembre 2013, «conformément aux procédures légales et aux dispositions de la convention judiciaire» entre l’Algérie et le Royaume-Uni, suite à l’épuisement de tous les recours introduits auprès de la justice du Royaume-Uni et de la justice européenne. L’Algérie, faut-il le préciser, avait signé avec la Grande-Bretagne une convention d’extradition, entrée en vigueur en 2007 grâce à laquelle Abdelmoumène Khalifa était remis aux autorités algériennes.