Par Hakim Ould Mohamed
Après une certaine hésitation, la banque centrale a compris que l’inflation était là pour durer, étant donné les facteurs structurels qui y sont à l’origine, et qu’il fallait desserrer l’étau autour du dinar pour contribuer à enrayer la pression inflationniste. D’autant plus que les fondamentaux de l’économie sont repasser dans le vert, ce qui permettait une réévaluation du dinar sans qu’il y ait un effet retour de manivelle. Preuve en est qu’un dollar s’échange cette semaine, à l’ouverture hebdomadaire du marché interbancaire, contre 135 dinars, alors qu’un euro vaut 147 dinars. De semaine en semaine, la monnaie nationale enchaine les gains et réduit les pertes cumulées durant ces dernières années, en raison des dépréciations successives entamées depuis la mi-2014, date d’un retournement de situation spectaculaire sur le marché pétrolier. La forte dégringolade des prix s’est traduite par un retour fracassant aux déficits budgétaire et courant et la consommation de l’ensemble des avoirs en dinar stockés dans le FRR. Les réserves en devises ont fondu comme neige au soleil.
La baisse des fondamentaux et la détérioration des indicateurs macroéconomiques du pays ont incité la Banque d’Algérie à faire de la baisse du dinar un amortisseur face à l’impact du choc externe de grande ampleur sur la situation macroéconomique de l’Algérie. La faible inflation de ces années a aidé cette tendance vers la dépréciation du dinar. Cependant, depuis juillet 2022, la Banque d’Algérie a changé de cap en faveur d’une appréciation du dinar, alors que l’inflation augmentait sous l’effet de la conjugaison de plusieurs facteurs, dont la guerre en Ukraine et la hausse des prix des produits de base sur les marchés mondiaux. Après avoir atteint près de 150 dinars/dollar, la parité a entamé un mouvement baissier pour s’établir, aujourd’hui, à 165 dinars/dollar, alors que l’euro s’était échangé à 167 dinars il y a de cela une année, avant que la monnaie nationale ait un sursaut d’orgueil grappillant d’importants gains. Jamais le dinar ne s’est aussi vite apprécié face aux deux principales devises que depuis juillets dernier. La tendance est bien orientée, profitant de la bonne santé macroéconomique du pays et de l’engagement de l’Exécutif à soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Car la lutte contre l’inflation passera nécessairement par une appréciation du dinar, tant il est vrai que cette fièvre est, en partie, d’origine importée, ce qui fait qu’un dinar réévalué rend les importations moins chères pour les opérateurs économique. Revenir à la stabilité des prix passe ainsi par la réduction des coûts de l’importation et de la production. C’est mathématique. Même si d’autres mesures de régulation des marchés et de lutte contre l’inflation sont nécessaires pour enrayer l’inflation. Sur ça, l’Exécutif affiche une ferme détermination à neutraliser les poches de l’informel et de la spéculation qui sont, en partie, à l’origine de la hausse des prix.

L’inflation en mouvement baissier
Au mois de novembre 2022 et par rapport au même mois de l’année 2021, l’évolution des prix à la consommation était de +8,2%. Le rythme d’inflation annuel (décembre 2021 à novembre 2022/décembre 2020 à novembre 2021) était en revanche de +9,2%, à en croire les dernières données publiées par l’Office national des statistiques. Grâce aux mesures monétaires et les actions menées contre la spéculation et l’informel, le taux d’inflation devrait reculer substantiellement. Même les marchés internationaux semblent renouer avec l’accalmie ; l’Indice FAO des prix des produits alimentaires annonçant un retour aux tendances baissières ces derniers mois. En effet, l’Indice FAO des prix des produits alimentaires a enregistré une valeur moyenne de 132,4 points en décembre 2022, soit 2,6 points (1,9%) de moins qu’en novembre. Il s’agit de la neuvième baisse mensuelle consécutive de l’indice, dont la valeur est inférieure de 1,3 point (1,0%) à celle de l’année dernière. Le recul de l’index enregistré en décembre est dû à la forte baisse des prix mondiaux des huiles végétales ainsi qu’à la diminution des prix des céréales et de la viande. Cependant, sur l’ensemble de l’année 2022, l’Indice FAO des prix des produits alimentaires s’est établi en moyenne à 143,7 points, soit pas moins de 18 points (14,3%) de plus qu’en 2021. L’appréciation du dinar, la baisse des prix sur les marchés mondiaux et la lutte contre la spéculation et l’inflation sont ainsi autant de facteurs annonciateurs d’une décrue des prix cette année. n