L’ambassade d’Argentine et la Cinémathèque d’Alger ont été, mardi dernier dans la soirée, à l’origine d’une double surprise cinématographique et historique.

Par Farid Aïnouche
La première est la rencontre à Alger avec le documentariste et cinéaste argentin Ricardo Preve, actuellement en tournée mondiale pour présenter son dernier ouvrage filmique, un documentaire sorti cette année et intitulé «Du Soudan à l’Argentine».
Son dernier passage, avant l’escale algérienne, a été aux Etats-Unis où il a présenté en avant-première à Charlottesville ce documentaire qui, a-t-on appris, est actuellement programmé dans les salles en Argentine. C’est dire que le public de la soirée de mardi, malheureusement clairsemé, a eu droit en temps réel à un événement cinématographique et culturel mondial.
Par ailleurs, M. Preve, grand découvreur du monde depuis le milieu des années 1970, connaisseur de l’Afrique aussi, fait aujourd’hui partie des figures importantes du cinéma en Argentine. Il a été primé à plusieurs reprises et les rares survivants de la cinéphilie en Algérie connaissent de lui aux moins les deux excellents courts métrages qu’il a réalisés au milieu des années 2000, «La noche antes» en 2006, sur l’ultime nuit de la vie de Martin Miguel de Güemes, héros de la guerre d’indépendance de l’Argentine, et «La notte prima» en 2007 sur d’Anita Garibaldi, épouse du révolutionnaire italien du même nom, ayant donc une relation forte avec la période du Risorgimento, née au Brésil et morte en Italie.
La deuxième surprise réside dans le contenu même du documentaire. «Du Soudan à l’Argentine» jette d’abord, pour nous Algériens, une très belle lumière sur l’Egyptologie en Argentine et sur l’histoire de cette discipline dans ce pays d’Amérique Latine. Un sujet dont on a peu de connaissances, ici en Algérie, alors que le film nous fait justement découvrir, outre l’aile réservée à l’Egypte ancienne au grand musée des Buenos Aires, des chercheurs qui parlent de leur travail, aujourd’hui remis au goût du jour en ce mois de novembre 2022, où l’on célèbre le 100e anniversaire de la découverte par l’archéologue Howard Carter de la tombe du roi Toutankhamon.
Des spécialistes qui se reconnaissent tous dans l’héritage laissé par celui qui est considéré comme l’un des pères de l’égyptologie en Argentine, Abraham Rossenvasser, descendant d’immigrants juifs ukrainiens qui a voué sa vie à la connaissance de l’Egypte pharaonique et qui – fait décisif pour l’histoire – a été, avec le Français Jean Vercoutter, l’une des figures centrales de la mission franco-argentine de sauvetage des sites qui étaient menacés par les eaux du grand barrage d’Assouan, alors en construction au tout début des années 1960.
Pour raconter l’itinéraire fabuleux de Rossenvasser, qui connaissait le tout-Buenos Aires et recevait chez lui à dîner des gens comme Jorge-Luis Borges, Ricardo Preve s’est déplacé au Soudan dans la région d’Akasha entre autres où il y a eu des fouilles. Il a également demandé à la fille de l’égyptologue, Elsa Rossenvasser Feher, disparue avant d’avoir vu le documentaire, qui vivait à La Jolla en Californie et qui a fait, elle aussi, une carrière de scientifique, de raconter son père, ses parents qu’elle accompagnait dans les années 1960 au Soudan.
Son témoignage, d’une précision inouïe, retrace le parcours d’un scientifique de grande rigueur, qui s’est fait tout seul, et dont la passion pour l’Egypte pharaonique la conduit à sauver des trésors de cette période (d’autres ont été perdus sous les eaux) en travaillant le plus souvent dans des conditions très difficiles comme de courir contre le temps et contre l’avancée du projet du barrage d’Assouan et comme ne pas avoir suffisamment d’argent pour payer les travailleurs soudanais présents dans les sites des fouilles.
«Du Soudan à l’Argentine», qui a fait l’objet d’un débat en présence de l’ambassadeur d’Argentine, Mariano Simon-Padros, et de diplomates accrédités à Alger, a été présenté en espagnol et en arabe avec des sous-titres en français.
Dans une brève déclaration à Reporters, le cinéaste Ricardo Preve a expliqué avoir fait ce film pour montrer combien les Soudanais sont fiers de leur héritage ancestral et combien la science, la culture et l’histoire peuvent rassembler des peuples et des gens différents pour le bien de l’humanité. «C’est un message à dire et à répéter souvent», a-t-il dit. n