«Il faut que nous soyons prêts quand le variant Omicron arrivera en Algérie. Il n’y a aucune échappatoire». C’est dans ces termes que le Pr Fawzi Derrar, directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), s’est exprimé, hier, insistant sur «la vaccination» car dans le cas contraire, c’est «l’exposition au virus avec toutes ses conséquences».

PAR INES DALI
Cela au moment où le nouveau variant poursuit sa propagation à travers le monde en imposant encore de nouvelles restrictions, notamment en Europe, continent redevenu depuis plusieurs semaines «l’épicentre de la pandémie» et qui semble, actuellement, «le plus touché par Omicron».
Si jusqu’à présent c’est la souche Delta du coronavirus qui prédomine en Algérie, il n’est pas du tout exclu que celle d’Omicron fasse son entrée. «En tant qu’expert dans le domaine des virus depuis plusieurs années, je peux dire que dès qu’un virus commence à se propager dans des pays à travers le monde, il n’y a aucune échappatoire pour les autres. Comme le Alpha et le Delta sont entrés en Algérie, ce sera la même chose pour le Omicron», a affirmé le Pr Derrar sur les ondes de la Radio nationale. Mais le plus important, selon lui, «c’est que nous soyons prêts et capitalisons l’expérience acquise, notamment en tirant les leçons de ce qui s’est passé durant la 3e vague avec le variant Delta et le problème d’oxygène», a-t-il tenu à rappeler.
«C’est pour cela que je répète que la vaccination est la seule arme qui nous permettra d’éviter d’être exposé à la situation vécue en juillet dernier», a encore souligné le DG de l’IPA, regrettant que malgré tous efforts déployés en termes de moyens humains et matériels assurés pour la réussite de la vaccination ainsi que pour la disponibilité des vaccins en quantités suffisantes, il y en ait encore qui doutent de la vaccination. «Le citoyen a deux solutions : rester exposé au virus Covid-19 et ses conséquences ou se faire vacciner pour s’en prémunir. Il n’y a pas d’autre alternative, a-t-il dit.
Le spécialiste dans le domaine des virus explique que le variant Omicron contient plus de 30 mutations et rassemble les mutations du variant Alpha, du Delta, ainsi que celles se trouvant dans d’autres variants de la souche-mère. «C’est ce qui a créé une sorte de psychose dans la communauté scientifique. Actuellement, Omicron est sous la loupe des scientifiques pour voir quelles sont les mutations géniques. Ces dernières, en général, n’ont pas une grande influence dans la courbe épidémiologique, mais ce qui est constaté en Afrique du Sud, là où est apparu Omicron, la courbe est montée très vite. Et c’est ce qui inquiète les pays face à ce nouveau variant qui pourrait, éventuellement, créer de nombreux problèmes vu sa rapide transmissibilité nettement supérieure à celle du Delta qui, lui, se propageait déjà assez rapidement. Cela va, donc, engendrer un nombre de contaminations très élevé, une hausse exponentielle», a mis en garde le Pr Derrar.
L’alerte ainsi lancée ne s’arrête pas là, puisqu’il évoque la courbe ascendante des contaminations en Algérie, indiquant que les hospitalisations ont augmenté et totalisent près de 2000 depuis la fin d’octobre. Pour lui, l’Algérie est dans une «course contre la montre» avant que le nouveau variant ne soit détecté dans le pays et la seule solution reste la vaccination.
«Quand il y a une faible vaccination, le virus se transmet bien plus, et c’est la grande transmissibilité qui induit la création d’une multitude de nouveaux variants. L’exemple vivant nous vient de l’Afrique du Sud qui a un faible taux de vaccination de 40%, c’est ce qui a donné lieu à l’apparition d’Omicron. Le taux de vaccination a, donc, un rôle important dans la vitesse de propagation du virus et, par conséquent, sur les cas graves de la maladie», a-t-il précisé. C’est la raison qui pousse les professionnels de la santé «à lancer des appels et à les renouveler en disant que le taux de vaccination doit augmenter en Algérie pour notre sécurité sanitaire, car c’est sûr que nous aurons des cas, mais c’est grâce à la vaccination que nous pourrons diminuer de l’intensité de la vague» du variant Omicron «si elle avait lieu».

De l’efficacité des vaccins
Pour le moment, il reste à déterminer quelle est l’efficacité des vaccins anti-Covid-19 face au variant Omicron, selon ce spécialiste, qui était à la tête du laboratoire de référence des virus respiratoires à l’IPA (avant de devenir DG) et chercheur dans l’impact des antiviraux. Des études sont «en cours dans des pays qui l’ont identifié» et les résultats devraient être connus dans «environ deux semaines».
Le patron du laboratoire pharmaceutique Moderna a déclaré qu’il y aurait une «baisse significative» de l’efficacité des vaccins actuels face à Omicron. «Il faudra plusieurs mois pour en élaborer un nouveau», a estimé Stéphane Bancel, dirigeant de Moderna, dans un entretien au Financial Times. D’autres fabricants, à l’exemple d’AstraZeneca, Pfizer/BioNTech et Novavax se sont, néanmoins, dits confiants dans leur capacité à combattre Omicron en créant un nouveau vaccin. La Russie a, elle, annoncé travailler sur une version de l’anticoronavirus Spoutnik V ciblant spécifiquement Omicron, dans le «cas improbable» où le sérum actuel ne suffirait pas.
Le directeur général de l’IPA explique que «lorsque les scientifiques disent que les vaccins actuels ne sont pas efficaces contre le nouveau variant, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont aucun effet, mais ça traduit que le taux d’efficacité attendu par rapport au nouveau variant pourrait être inférieur à celui acceptable et qui est de l’ordre de 70%. Comme nous l’avons vu avec le variant Delta, une légère diminution de l’efficacité, il se peut qu’avec le variant Omicron l’efficacité soit encore bien moindre que le taux de 70%». Mais, a-t-il enchainé, «j’insiste à dire que la vaccination protège contre les formes graves de la maladie de Covid-19 et qu’une personne non-vaccinée n’a aucune résistance contre ce virus».
C’est un avis que partage le Pr Mohamed Belhocine, responsable de la cellule des investigations et enquêtes épidémiologiques, selon lequel, «ce qui est certain, c’est que l’inégale répartition de la vaccination dans le monde a joué un rôle très important» dans la mutation actuelle Omicron». Il n’hésite pas à parler d’«égoïsmes internationaux» pointant les inégalités vaccinales, notamment dans le continent africain. Nombreux sont les Etats qui, après avoir détecté le variant Omicron chez eux ont décidé de suspendre le trafic aérien avec les pays de l’Afrique australe. Le Centre de contrôle et de suivi des maladies (CDC) de l’Union africaine a «déconseillé la fermeture des voies aériennes de et vers les pays touchés. Si on avait vacciné plus largement partout dans le monde on aurait protégé toutes les populations de la même manière», a soutenu le Pr Belhocine, ajoutant que les mesures de santé publique, gestes barrières et vaccination, sont valables quel que soit le variant.