Il y a bel et bien, dans le gouvernement Ouyahia, un retour de l’appétit pour la régulation du commerce extérieur même avec le redressement des cours pétroliers mondiaux, le Brent se négociant à près de 75 dollars le baril. Le contenu de l’avant-projet de loi de finances 2018 en est un exemple édifiant.

C’est assez cohérent par rapport à la situation financière externe, nécessitant une reprise sans délai des ajustements monétaires et des réformes économiques en profondeur. Alors que le texte de la LFC 2018, en attente d’être débattu au prochain conseil des ministres, prévoit une taxe douanière destinée à dissuader les importateurs de produits finis pour la revente en l’état, la Banque centrale poursuit, elle, son offensive sur le front monétaire en maintenant sa politique de change orientée vers la dépréciation du dinar, considérée comme une arme de dissuasion à l’encontre des importateurs. Signe de cette dépréciation qui ne faiblit pas, les principales devises se négocient au prix fort sur le marché interbancaire de change, dont les cotations de la semaine ont été communiquées, hier, par la Banque d’Algérie. La valeur du dollar est fixée à 113,68 DA à l`achat et à 120,62 DA à la vente, tandis que la valeur de l`euro est de 136,08 DA à l`achat et de 144,42 DA à la vente.
Il y a une semaine (du 29 avril au 5 mai 2018), la valeur du billet vert était fixée à 113,25 DA à l`achat et à 120,16 DA à la vente, tandis que la valeur de la monnaie unique européenne était de 136,78 DA à l`achat et de 145,16 DA à la vente. En variations mensuelles (cotation hebdomadaire du 8 au 14 avril 2018), la valeur de la monnaie américaine était fixée à 112,67 DA à l`achat et à 119,55 DA à la vente. La valeur de l`euro était quant à elle de 137,73 DA à l`achat et de 146,16 DA à la vente. Sur une année, cependant, la dépréciation est beaucoup plus visible, la valeur du dollar était fixée à 107,49 DA à l`achat et à 114,06 DA à la vente du 7 mai au 13 mai 2017. La valeur de l’euro était, quant à elle, de 117,98 DA à l’achat et de 125,20 DA à la vente à la même période. Sans l’ombre d’un doute, la valeur de la monnaie nationale par rapport aux devises des principaux partenaires commerciaux évolue en fonction de la conjoncture. La dépréciation du dinar, amorcée essentiellement depuis la fin de 2014, année durant laquelle le marché pétrolier allait connaître un retournement sans précédent, participait d’une action de régulation monétaire des flux d’importations de biens et services. Elle devait aider à renchérir les importations et à augmenter la valeur des recettes libellées en dinar de la fiscalité pétrolière.
En termes plus simples, dans son action appelée «encadrement des importations», le gouvernement jouait sans répit sur la corde monétaire ; la dépréciation de la monnaie nationale servait à dissuader les importateurs et à encourager la production nationale. La Banque d’Algérie n’a cessé d’expliquer dans ses différentes notes de conjoncture qu’afin «de prévenir toute appréciation du taux effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme, la relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d’absorber, en partie, l’effet de la chute des prix du pétrole». Plus explicite, l’institution de Mohamed Loukal n’a pas cessé de réitérer que ses interventions sur le marché des changes «s’inscrivent dans cet objectif stratégique». Pour ainsi dire, la dépréciation du dinar participait clairement à ces tentatives de réduire les importations pour ramener la facture à des niveaux soutenables pour le budget de l’Etat. Mais cette dépréciation n’est qu’un outil parmi d’autres. L’un d’eux figure dans le texte de l’avant-projet de loi de finances 2018, qui institue une taxe douanière supplémentaire provisoire sur les importations des marchandises finies, dont l’application est prévue dès le 1er juillet. Certains consommables importés seront ainsi fortement taxés, de 60% à 200%. L’Exécutif est soucieux d’avancer plus concrètement et plus efficacement sur son projet d’encadrement des importations et de lutte contre le déficit des comptes extérieurs.