Le dollar poursuit sa montée, cette semaine, sur le marché interbancaire des changes et s’apprécie davantage face au dinar, lit-on dans les cotations hebdomadaires des billets de banques communiquées, hier, par la Banque centrale.

Par Hakim Ould Mohamed
Le billet vert surfe ainsi sur un net mouvement haussier, entamé il y a plusieurs mois, caracolant, cette semaine, à 142,69 dinars contre 142,52 dinars la semaine dernière. Il est vrai qu’il s’agit de quelques centimes de plus grappillés en variation hebdomadaire, mais la montée du dollar par rapport à la monnaie algérienne semble s’inscrire dans la durée, puisque le dinar enchaîne la énième dépréciation face au billet vert. La valeur du dollar dépasse même le niveau de référence sur lequel est bâtie la loi de finances complémentaire de l’exercice actuel. En effet, dans sa loi de finances complémentaire 2021, le gouvernement table sur un taux de change moyen de 142,20 dinars pour un dollar. Force est de constater que le taux de change moyen du dinar par rapport au billet vert devrait dépasser les prévisions du gouvernement ; la monnaie nationale testant désormais de nouveaux records à la baisse. Ces cotations sont, bien évidemment, valables au change manuel au niveau des guichets de banques. Les cotations commerciales du dinar, valables au 21 septembre courant, lève le voile sur un taux de change de 136,5 dinars pour un dollar et de 160 dinars pour un euro. Ces cotations sont valables pour les opérations d’échange avec l’extérieur, à savoir, entre autres, le paiement des importations. La variation du dinar et ses dépréciations ininterrompues amorcées depuis fin 2014, assurément à des fins de paramétrage macroéconomique, semblent être, en partie, en rapport avec la remontée de l’inflation observée depuis quelques mois déjà.
La dépréciation de la monnaie nationale renchérit le coût des matières premières et de l’ensemble des produits importés, ce qui entraîne, en interne, une hausse des coûts de production et des prix à la consommation, notamment des produits alimentaires industriels. Il y a manifestement un mouvement de fond qui a eu pour conséquence l’effondrement du pouvoir d’achat des ménages et des entreprises face à une inflation galopante qui menace de s’inscrire dans la durée. De l’avis du Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, qui répondait, jeudi, aux questions des députés, la hausse des prix des produits alimentaires était «conjoncturelle» et induite par les retombées de la pandémie (Covid-19). Le Premier ministre a souligné, à la même occasion, que la pandémie du coronavirus a engendré une hausse des coûts de la production et du fret international, en sus de la hausse des prix de certains intrants, ce qui a provoqué une hausse des prix sur le marché national, en sus de certaines pratiques constatées sur les marchés, qualifiées d’immorales et illégales. Pour préserver le pouvoir d’achat du citoyen, le Gouvernement a pris une série de mesures «urgentes» pour assurer un approvisionnement régulier du marché en ces produits et a recouru à tous les mécanismes de régulation pour maîtriser la hausse des prix, en veillant à intensifier le contrôle, durcir les mesures coercitives contre les contrevenants et lutter contre le monopole et la spéculation. Le Premier ministre n’a soufflé mot sur la perte de valeur de la monnaie nationale et semble partager l’avis de la Banque centrale selon lequel l’inflation est due plutôt à une dérégulation des marchés internes.
Dans son rapport de présentation de la loi de finances complémentaire 2021, le gouvernement a estimé que la hausse de l’inflation observée en 2020 a été tirée, principalement, par l’augmentation des prix des produits manufacturés (+5,35%), alors que le niveau des prix des produits alimentaires a enregistré une quasi-stabilisation (+0,26% à fin décembre 2020). Quant aux prix des services, ils ont décéléré de 1,9 point de pourcentage, passant de +3,56% à fin décembre 2019 à +1,66% à fin décembre 2020. En juin 2021, le taux d’inflation en glissement annuel a atteint 4,1%, tiré essentiellement par les prix des produits alimentaires industriels, reflétant la forte progression des cours sur le marché mondial entre 2020 et 2021. <