Le débat sur la crise politique et institutionnelle que traverse le pays et les initiatives entreprises pour en sortir révèlent le manque de confiance qu’inspirent, aujourd’hui, les autorités en place et la difficulté qu’elles ont à convaincre de la sincérité de leur appel au dialogue.

Par Halim Midouni et Meriem Kaci
Et si le président de l’Etat, dans son intervention de mercredi 3 juillet, a semblé susciter de l’intérêt chez un nombre appréciable d’acteurs politiques d’opposition, en ce qu’elle contient comme traces d’ouverture et d’assurance sur la régularité et l’indépendance d’organisation du scrutin présidentiel, auquel il appelle, sa déclaration est vite comparée par ces mêmes acteurs à ce qui se passe sur le terrain des libertés et aux arrestations en série de manifestants durant les marches populaires.
Plus qu’une comparaison, il s’agit de confrontation entre le discours de Abdelkader Bensalah, exhortant la classe politique à un « dialogue national inclusif » pour une élection présidentielle libre, et le nombre de personnes placées en détention préventive pour port d’étendard amazigh ou pour avoir exprimé une opinion de refus ou de critique du pouvoir. Les quelques relatifs bons comptes qui en résultent, selon des membres des « Forces du changement», par exemple, c’est-à-dire par ceux qui se montrent jusqu’ici comme les plus réceptifs à une solution à la crise par le recours aux urnes après un délai de négociation et de préparation, se perdent dramatiquement sous le choc et l’indignation provoqués par la gestion sécuritaire des manifestations publiques ; en particulier depuis le vendredi 21 juin dernier, durant lequel dix-neuf manifestants pacifiques – selon un recensement fait par des groupes associatifs, dont le « réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinions et pour les libertés démocratiques », sans compter les scènes de passage à tabac d’un manifestant filmées à Alger, le 5 Juillet (lire article de Selma Allane).
Preuve en a été donnée lors des travaux du « Forum du dialogue national », organisé par les «Forces du changement», samedi 6 juillet, sous la coordination de l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi. Des dirigeants politiques conviés à ce forum ont exprimé leur inquiétude et appelé à la « libération des détenus d’opinion » et de l’ancien moudjahid Lakhdar Bouregaâ, dont la mise sous mandat de dépôt a provoqué un déchaînement d’incompréhension et d’écœurement.

Le cas Bouregaâ…
De l’avis général, l’homme a dit des choses sévères sur l’institution militaire, mais qui ne pouvaient pas lui faire mériter la prison. Le nom de « Si Lakhdar » a résonné au forum comme un mot d’ordre de rappel, d’avertissement et de précision aux autorités qu’on ne peut pas appeler au dialogue inclusif et à la négociation – pour trouver une issue à la situation d’exception politique et institutionnelle dans laquelle se trouve l’Algérie – et faire «dans la distribution industrielle des billets d’écrou», selon l’image utilisée par un chef politique bien connu de l’opposition. Son nom a été évoqué d’une voix outragée et sincère par le chef de Ahd 54, Ali Fawzi Rebaine, tandis que le leader de Jil Jadid, Djilali Soufiane, en a fait le motif d’une déclaration plus générale et remarquée sur l’état inquiétant des libertés. A la marche de vendredi 5 Juillet, la libération de Lakhdar Bouregaâ ainsi que des personnes arrêtées lors des manifestations a été scandée partout en Algérie. Ce jour de fête nationale a été, pour l’ancien maquisard, un jour de gloire amère. En détention préventive depuis le 30 juin dernier, il a été acclamé et ovationné par tous les Algériens qui se sont mobilisés durant les vendredis
qui ont suivi son emprisonnement.