Le mois d’octobre coïncidant chaque année avec «Octobre rose» des Nations unies pour la prévention du cancer du sein est l’occasion pour les associations d’aides aux cancéreux et aux oncologues de tirer, encore une fois, la sonnette d’alarme sur l’importance du dépistage et du diagnostic précoce dès 40 ans pour sauver la vie des patientes dès les premiers stades de la maladie.

Par Sihem Bounabi
Un appel à la sensibilisation, qui se fait plus pressant suite aux derniers chiffres donnés par le Fichier national du cancer. Le cancer du sein arrive en tête de liste des types de cancer prévalant en Algérie, avec plus de 14 000 nouveaux cas enregistrés chaque année, dont un taux important apparaît avant l’âge de 40 ans.
Selon les spécialistes en cancérologie et conformément aux recommandations du Plan national de lutte contre le cancer (2015-2020), cette situation épidémiologique exige «une attention particulière et des enquêtes nationales approfondies» pour identifier les principaux facteurs d’atteinte des Algériennes de ce type de cancer à un âge précoce par rapport aux femmes occidentales, où le cancer du sein apparaît après l’âge de 60 ans et plus.
Dr Amina Abdelwahab, sénologue, spécialiste dans le diagnostic du cancer du sein du Centre Pierre-et-Marie-Curie, a déclaré, hier, qu’«il est vital pour toutes les femmes à partir de 40 ans de s’auto-examiner pour savoir si elle a une boule quelque part et consulter un médecin pour une mammographie et une échographie». Ajoutant que «s’il y a un risque, faire une microbiopsie. C’est le seul moyen d’avoir un diagnostic précoce».
S’exprimant dans une émission spéciale dédiée à la prévention du cancer du sein, diffusée hier sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, Dr Amina Abdelwahab, qui a une expérience de trente ans dans le diagnostic du cancer du sein, martèle ainsi à plusieurs reprises qu’ «il faut que les femmes prennent conscience que c’est leur vie qui est en jeu et qu’il est important de faire une mammographie tous les deux ans. Cela permet une prise en charge rapide dès le premier stade de la maladie avant que la tumeur ne prenne de l’ampleur ou que les cellules cancéreuses métastases se propagent au reste des organes avec des conséquences fatales». Elle affirme également que dans la majorité des cas pris en charge dès les prémisses de la maladie, il a été constaté un taux de guérison de 100%.
Tout en saluant l’important rôle des associations, des médias et des réseaux sociaux dans les campagnes de sensibilisation en prévention contre le cancer du sein, la sénologue a toutefois tiré la sonnette d’alarme sur un phénomène qui apparaît sur les réseaux sociaux, qui encouragent les malades atteintes de cancer à délaisser les traitements médicaux au profit de médecine alternative.
Elle cite à ce sujet le cas d’une de ses patientes qui avait été diagnostiquée à un stade précoce de la maladie et où la tumeur était opérable, tout en préservant le sein. Mais la patiente a préféré suivre les orientations d’un groupe sur les réseaux sociaux qui préconisent un traitement à base de plantes et de régimes alimentaires spéciaux.
Dr Amina Abdelwahab se désole que six mois après le premier diagnostic, le cas de cette malade s’est aggravé et les cellules cancéreuses se sont propagées à d’autres organes, ce qui a nécessité un traitement plus lourd avec de faibles chances de réussite. Avec ce témoignage, la spécialiste met ainsi le doigt sur la nécessité pour les malades d’être très vigilants quant aux solutions miracles proposées par les réseaux sociaux.
Elle lance également un appel aux médias tous supports confondus pour soutenir les efforts des associations d’aide aux malades atteints de cancer, qui œuvrent sans relâche tout au long de l’année dans le domaine de la prévention et de la prise en charge des cancéreux.
L’association El Amel se mobilise pour
la campagne de dépistage
Afin de faire reculer le taux de mortalité des personnes atteintes du cancer du sein, l’association El Amel a tracé un large programme visant à sensibiliser les femmes à l’importance de se protéger contre cette maladie. Dans une déclaration à l’APS, la présidente de l’association, Hamida Kitab a affirmé que l’association menait des campagnes de sensibilisation depuis 13 ans, en sus du dépistage précoce du cancer du sein par des examens de mammographie au niveau de la clinique mobile dédiée à cet effet et qui a sillonné plusieurs wilayas.
Elle annonce à ce sujet qu’une clinique mobile se rendra du 8 au 15 octobre prochain à Béchar, où les citoyens notamment les femmes, bénéficieront d’une vaste campagne de sensibilisation qui comprend des explications en illustrations sur les gestes d’autopalpation ou d’auto-examen des seins dans les zones où les tumeurs peuvent apparaître, en plus de la réalisation de mammographies, afin que les porteuses de la maladie soient orientées, par la suite, vers les établissements hospitaliers de proximité pour être prises en charge.
L’association El Amel organisera également une formation spéciale au profit des associations activant dans la lutte contre le cancer dans cinq wilayas, en plus de la signature d’une charte avec plusieurs institutions nationales afin de les sensibiliser, dans le cadre de la médecine du travail, à l’importance du dépistage du cancer du sein chez leurs employées âgées de 40 ans et plus.
Outre l’organisation du concours annuel du meilleur article pour encourager les médias nationaux à soutenir les campagnes de sensibilisation et fournir les informations et données nécessaires aux journalistes pour lutter efficacement contre cette maladie. Comme chaque année, un concours sera organisé au stade 5-Juillet avec la participation de plusieurs femmes de différentes tranches d’âges sous le slogan «Tous contre le cancer du sein», outre l’éclairage rose de Maqam Echahid (Sanctuaire du martyr) à Riadh El Feth tout au long d’octobre, en célébration de ce mois. L’Association prendra part les 25 et 26 octobre prochain, au Sommet mondial des pionniers de la lutte contre le cancer du sein qui se tiendra par visioconférence et qui sera abrité à Boston aux Etats-Unis d’Amérique, et ce en tant que membre depuis 6 ans de l’Alliance arabe contre le cancer et l’Union internationale organisatrice de ce sommet,
Par ailleurs, «Octobre rose» est aussi l’occasion de revenir sur l’impact de la pandémie sur la prise en charge des malades atteints de cancer, en général, et en particulier, de celles atteintes de cancer du sein qui ont subi de plein fouet la pénurie de médicaments et les reports des séances de radiothérapie, sachant que plus un cas est pris rapidement, plus il y a des chances de survie. Un autre sujet est également pointé par les spécialistes, celui de l’accès aux innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer.
En effet, selon un spécialiste de l’économie de la santé «seules 42% des thérapies ciblées et immunothérapies sont disponibles en Algérie», en précisant que parmi les 16 innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer du sein, seules 8 sont enregistrées en Algérie dont 4 seulement sont disponibles.
Pour assurer une meilleure prise en charge du cancer en Algérie, ce chercheur a plaidé pour l’optimisation de l’utilisation du fonds de lutte contre le cancer en facilitant ses conditions d’exploitation, regrettant que les ressources de ce fonds ne sont utilisées qu’à hauteur de 4% annuellement. n