L’eau commence à manquer cruellement et cela se voit ! Alors que le ciel se fait sec depuis plus de deux années, avec un déficit pluviométrique plus marqué cette année, jamais le niveau des barrages n’a été aussi bas ni l’approvisionnement des foyers aussi préoccupant. Afin de ne plus dépendre de l’aléa climatique, l’Exécutif se tourne vers la mer.

Par Khaled Remouche
La situation hydrique du pays préoccupe au plus haut point les ménages, inquiets aujourd’hui par la baisse importante des niveaux des barrages et donc des ressources en eau potable disponibles, dont les effets sont les coupures d’eau plus fréquentes constatées ces derniers jours dans de nombreuses localités du pays et particulièrement des rumeurs sur l’abandon du H24 à Alger.
La Seaal, société de distribution d’eau dans la capitale, a promis, faut-il le signaler, de le conserver. Le Conseil des ministres a abordé hier cette problématique à travers la présentation par le ministre des Ressources en eau de la stratégie nationale de développement des ressources non conventionnelles, c’est-à-dire à partir des usines de dessalement d’eau mer en vue de faire face à la situation de stress hydrique que vit le pays avec une plus grande acuité, ces deux dernières années et surtout l’année en cours, avec une possible aggravation de la situation au cours de cet été et un rationnement plus drastique, si rien ne bouge côté gouvernement et autorités du secteur en matière d’application de solutions à court terme en vue d’éviter le scénario du robinet à sec au cours de la saison estivale. La décision la plus importante de ce Conseil des ministres a été d’ériger le dessalement d’eau de mer comme priorité absolue pour régler de manière durable le phénomène de pénurie d’eau récurrent dans le pays, en un mot le phénomène de stress hydrique qu’enregistre l’Algérie eu égard au caractère semi-aride du pays accru aujourd’hui par les effets du changement climatique. A cet effet, le Président de la République, comme à l’accoutumée, a adressé une série d’instructions au gouvernement. Précisément, il a sommé l’exécutif de lancer la réalisation de nouvelles usines de dessalement d’eau de mer en tenant compte des impératifs de leur mise en service dans des délais rapides et du bon choix stratégique de leur emplacement, de créer une agence publique chargée de gérer ces nouvelles usines sous la tutelle du ministère de l’Energie, l’utilisation de toutes lignes des installations d’eau de mer en exploitation pour augmenter les ressources hydriques disponibles. Il a en matière de rationalisation de consommation d’eau, interdit la consommation des eaux souterraines de la plaine de la Mitidja au profit des ménages et des industriels. Ces eaux sont réservées uniquement à l’irrigation des terres agricoles.

Quid du plan d’urgence anti-pénurie ?
Le communiqué officiel rendu public, à l’issue du Conseil des ministres, laconique sur le sujet n’aborde pas le programme d’urgence destiné à éviter à la capitale un rationnement drastique de l’eau pendant la saison estivale et à renforcer l’approvisionnement en eau potable des grandes villes et des autres localités du pays au cours de l’été, le recours plus large au dessalement d’eau de mer ne pouvant intervenir qu’à moyen terme pour solutionner le problème d’eau dans les villes côtières et les grandes agglomérations au nord du pays. Le ministre des Ressources en eau avait assuré qu’avec l’application du plan d’urgence, la situation est maîtrisable jusqu’en septembre prochain. Ce plan pour Alger prévoit l’intensification des forages, l’utilisation des interconnexions à partir du barrage de Ghrib et celui de Gargar (afflux d’eau par dérivation) pour renforcer l’alimentation en eau potable de la capitale. La question qui se pose est de savoir si ce plan d’urgence sera efficace au point de sécuriser l’alimentation en eau potable au cours de l’été où la demande sera largement supérieure au niveau habituel de consommation pendant les autres périodes de l’année. Les fréquentes coupures actuelles d’eau dans différentes localités du pays et particulièrement à Alger ne rassurent pas les citoyens quant à la disponibilité régulière de l’eau d’ici la fin de l’été, voire jusqu’à l’arrivée des pluies en automne. Les spécialistes et les ménages s’attendaient au cours de ce Conseil des ministres à un renforcement de ce plan d’urgence, voire à des solutions adéquates à court terme pour assurer l’alimentation régulière de la population pendant cette période de forte demande. Le communiqué ne dit pas un mot, en outre, sur le programme en cours de réalisation des nouvelles usines de dessalement notamment celles situées dans la wilaya de Tipasa et qui doivent régler en bonne partie le problème de l’approvisionnement en eau dans la capitale. Silence également sur l’échéancier de mise en service de ces grandes stations de dessalement d’eau de mer. Il n’évoque pas la nécessité d’intensifier les campagnes de sensibilisation destinées à réduire le gaspillage de l’eau potable dans le pays, notamment par les ménages et l’agriculture. Ce secteur est le plus gros consommateur des ressources hydriques du pays et également le plus gros gaspilleur de cette ressource qui risque de devenir de plus en plus rare. Il est temps, outre le changement de mentalité du simple consommateur, de généraliser dans les exploitations agricoles le goutte-à-goutte et d’investir de plus gros moyens financiers dans la réduction des fuites d’eau dans les grandes villes qui reste un sport national.