Tout semblait bien se dérouler. Un club qui jouait sur trois fronts, de bons résultats puis… le crash. En football, les choses peuvent aller très vite. Surtout quand l’équipe est gérée par un fantasque président comme Chérif Mellal. Pour la deuxième fois après la collaboration réussie avec l’entraîneur Franck Dumas, le premier dirigeant de la JS Kabylie gâche tout avec Denis Levagne. Ce dernier a été contraint de quitter le navire d’une manière brusque. Un départ sur lequel ce dernier est revenu dans un long communiqué expliquant les raisons qui ont précipité ce scénario.

Par Mohamed Touileb
Il avait préféré observer le silence compte tenu du drame que Tizi-Ouzou traversait après les incendies ayant ravagé la région. D’ailleurs, pour amorcer son communiqué, Denis Lavagne a assuré avoir « une pensée émue pour toutes les victimes et présenter mes plus sincères condoléances à leurs familles. Je souhaite beaucoup de courage à toutes les personnes qui ont souffert de ces incendies.»
Beaucoup de choses ont été dites en marge de la finale de la Coupe de la Ligue que les « Canaris » ont remporté au forceps contre le NC Magra après la série des tirs au but signant le 28e titre du club dans un contexte « infernal ». Les braises du feu de désamour entre Mellal, les joueurs et l’entraîneur étaient là depuis des mois.
La genèse du problème
C’est, en tout cas, ce qu’a noté Lavagne en révélant qu’« il faut revenir à la genèse du problème et donc au mois de janvier 2021. En effet, une semaine après mon arrivée au club, les joueurs souhaitaient déjà effectuer une grève pour réclamer les salaires impayés, entre 4 et 10 mois de retard en fonction qu’ils étaient anciens ou nouveaux arrivés aux clubs. Cette grève n’a pas lieu car j’ai su trouver les mots et par respect pour moi, les joueurs se sont entrainés normalement et ils ont gagné le match du Week-end à Tlemcen, victoire qui a lancé notre saison.»
Après cet épisode, les « Lions du Djurdjura » donnaient l’air de bien se porter. Sur le plan sportif, les résultats étaient bons. Les coéquipiers du portier Oussama Benbout jouaient sur trois fronts : championnat, coupe de la Ligue et coupe de la confédération CAF. Malgré des « tensions au mois d’avril » entre la direction et les joueurs, la suite s’est passée « sans grande anicroche car les joueurs et le staff étaient très motivé par la perspective de jouer 2 finales (coupe de la CAF et de la ligue).»
Toutefois, le coach français a relevé qu’ « une fois la finale de la CAF jouée, les joueurs constatant que rien ne s’arrangeait au niveau financier, les retards de salaires et de primes perduraient, les joueurs et l’ensemble du staff (entraîneurs adjoints compris) ont souhaité que la direction du club signe un protocole d’accord s’engageant à régulariser les primes non-payées des matchs avant la fin de la saison soit le 24 août 2021.» Et c’était une demande légitime. Sachant que les primes requièrent une reconnaissance de dettes n’étant pas prises en compte sur le plan contractuel.
C’est pour cela que Lavagne a tenu à démentir les fausses informations évoquant un chantage des joueurs et du staff : « demander des garanties de paiement des primes gagnées sur le terrain pour redorer l’image de la JSK ne peut être considéré comme du chantage, la CRL et FIFA confirmera que les joueurs et entraîneurs sont dans leur bon droit », précise-t-il en réponse aux relais médiatiques de Mellal qui avait essayé de salir la réputation du driver et de ses protégé dans certains médias et sur les réseaux sociaux.
Agression verbale de Mellal
En réaction à cette « révolte juridique » au sein du groupe, Mellal avait décidé de sanctionner Lavagne. « Après avoir reçu ma lettre de mise à pied le mercredi 11 août 2021, je me suis rendu le lendemain au stade du 1er Novembre pour récupérer mes affaires personnelles dans le vestiaire du staff technique. Le début de l’entraînement étant programmé à 18h30, je me suis rendu au stade à 19h pour éviter de croiser qui que ce soit, malheureusement arrivé sur place les joueurs ayant refusé de s’entraîner, des personnes dont le président Mellal se trouvaient devant l’entrée du vestiaire », raconte le désormais ex-premier responsable de la barre technique de la JSK.
Il ajoutera qu’«après avoir salué l’entraîneur des gardiens Omar Hamdane, lui aussi mis à pied par le club, Mellal m’a signifié que je ne pouvais pas rentrer dans le vestiaire. J’ai alors pris mon téléphone pour appeler mon agent pour lui faire part de la situation. A ce moment-là le président Mellal a commencé à m’insulter, me traitant de ‘’fils de …. ‘’. Pensant que j’enregistrais ses propos, il m’a carrément arraché le téléphone des mains. Dans cette situation deux options s’offraient à moi : soit tomber dans la violence verbale et physique, mais ce n’est pas mon éducation, soit alerter les joueurs de ce qui se passait, ce que j’ai fait. Les joueurs sont alors sortis du vestiaire, j’ai pu alors récupérer mon téléphone et je suis parti après avoir remercié les joueurs pour tous les efforts qu’ils avaient fait pour la JSK et les supporters.»
Une prolongation qui s’est faite attendre
In fine, depuis jeudi, Lavagne est devenu le nouvel entraîneur de l’USM Alger pour une durée de 3 ans. A ce sujet, il a tenu à souligner qu’il n’avait pas prémédité son départ. Il avait même donné la priorité à la JSK dont le « peu d’empressement » lui a « fait comprendre que certains dirigeants n’étaient plus si pressés de renouveler mon contrat. A partir de ce constat j’ai décidé de ne pas renouveler mon contrat avec la direction actuelle de la JSK et j’ai commencé à étudier les sollicitations des autres clubs. A partir du moment j’ai compris que la stabilité de l’effectif que je demandais n’allait pas être réalisé et que les problèmes financiers seraient les mêmes la saison prochaine, je ne voyais pas l’intérêt de continuer dans de telles conditions.»
En outre, celui qui est aussi passé sur le banc du CS Constantine a certifié que « le jour de la finale du 10 août je n’avais signé pour aucun autre club même si le règlement de la FIFA m’en donne le droit». Et pour ce qui est de son aventure avec la formation kabylie, il a assuré qu’il gardera « un souvenir impérissable de mon passage dans ce grand club qu’est la JSK, avec un groupe de joueurs extraordinaire, aux qualités mentales et humaines impressionnantes et qui m’ont permis de vivre une aventure humaine inoubliable, et des supporters extraordinaires.»
En 44 rencontres, Lavagne a compilé 28 victoires, 8 nuls et 11 défaites. Un bilan remarquable puisqu’il a pu emmener Walid Bencherifa en finale de la Coupe de la Confédération CAF, vers la victoire en Coupe de la Ligue en plus de les laisser à la 6e place dans le classement de Ligue 1. Clairement, Mellal a détruit une équipe performante et qui vivait bien malgré tous les problèmes. Cet épisode pourrait lui coûtera sa tête en tant que président du club. Pas certain qu’il survivra à cette autodestruction. n