La question de la fraude sera incontestablement le plus grand challenge auquel sera confrontée la prochaine élection présidentielle. Intervenant dans un contexte de crise aigüe et une impasse politique dure, cette élection est condamnée à se dérouler impérieusement dans des conditions de transparence. Le contraire ne ferait qu’exacerber une crise déjà arrivée au seuil du tolérable. L’autorité indépendante de surveillance des élections, dont le premier responsable dit assumer, devant l’histoire, la responsabilité de protéger la voix du peuple et son choix, aura inéluctablement une mission délicate dans les prochaines semaines.
Celle déjà de convaincre les récalcitrants à aller vers un scrutin crucial pour l’avenir du pays. De prouver aux contradicteurs et éventuels boycotteurs qu’ils ont tort. Et surtout, celle de surveiller comme le lait sur le feu un processus qui ne sera pas de tout repos. Contrôler des bureaux de vote disséminés à travers le territoire du plus vaste pays d’Afrique est loin d’être une partie de plaisir.
L’autre mission délicate de l’Instance de Charfi sera justement de mettre en place, et l’activer, le mécanisme qui se substituera à l’administration, regardée particulièrement avec suspicion par les électeurs. La question de la crédibilité du scrutin n’est pas une mince affaire dans un pays dont la population n’est plus dupe.
Les Algériens savent que les élections présidentielles antérieures dans le pays ont souvent été entachées d’irrégularités. Il y eut même une élection qualifiée par un certain chef du gouvernement de «propre et honnête» et dont la finalité aura été toute autre. L’importance du prochain scrutin fait en sorte qu’aucun risque de fraude n’est permis. Le moindre soupçon pourrait même mettre en péril l’opération dans son intégralité. Et fragiliser le processus engagé, celui de dépasser une crise qui semble sans issue. L’instance indépendante de surveillance du scrutin est plus que jamais face à un défi historique.