Le déconfinement à Constantine a provoqué un rush sur tous les commerces, les moyens de transport balbutiant et aussi malheureusement sur les structures de santé. «Ce n’est pas encore la catastrophe, nous dira le médecin urgentiste, mais si rien n’est fait, on s’y dirige à grande vitesse».

«Que celui qui a décrété le déconfinement assume ses actes.» Des paroles lancées hier par un médecin urgentiste au CHU de Constantine devant l’afflux des malades sur les structures dédiées aux malades contaminés à la
Covid-19.
«Nous n’arrivons plus à prodiguer les soins nécessaires à tous les malades. Avec toute la bonne volonté du monde et les moyens dont nous disposons, nous sommes dépassés», nous dira encore notre interlocuteur. Le pire, nous révèlera aussi un médecin de la polyclinique Filali, est que «des dizaines de malades sont positifs au test de la Covid-19, mais ils ne passent pas par le circuit officiel. Ils s’en vont chez eux, sans aucun contrôle médical, espérant une baraka qui n’est pas toujours au rendez-vous». Sur place, ses dires se concrétiseront quand il recevra un appel d’un de ses amis qu’il avait ausculté cinq jours auparavant. Ce dernier lui apprendra qu’après des tests PCR, il a été déclaré positif, ainsi que sa mère et son père. Son jeune frère leur aurait transmis le virus. «Mais pour le moment, ça va. Nous sommes tous à la maison, et nous n’avons pour le moment aucun signe alerteur». Encore une poignée de contaminés qui échappera au décompte officiel, et qui viendra rejoindre la cohorte de malades non répertoriés, et les plus dangereux du fait de leur statut «d’incognito».
Nous reviendrons au CHU ce samedi matin pour aller aux nouvelles. Le chargé de communication Aziz Kabouche, d’habitude souriant quelles que soient les circonstances, commence à perdre de sa bonhomie habituelle.
«Nous sommes à 102 malades au niveau du CHU. La réanimation ? Franchement, je ne sais pas, je ne sais plus. Ils en rentrent et ressortent plusieurs fois par jour. Au niveau de l’hôpital El Bir, il y a 70 malades hospitalisés et pour Didouche-Mourad, il y en a 72. Nous sommes, comme dirait un réceptionniste dans un hôtel, ‘’complet’’, et la tendance n’est pas à la baisse malheureusement».
Nous apprendrons, sur place, que le wali de Constantine, répondant aux doléances du corps sanitaire de la wilaya, a décidé de consacrer l’école paramédicale de Zarzara comme un centre de transit. «Nous y accueillerons des malades qui ne sont pas dans un état nécessitant une hospitalisation d’urgence. Ils y resteront, sous contrôle médical, bien sûr, en attendant que des lits se libèrent au CHU, à El Bir ou à Didouche-Mourad».

Poste, Sadeg, APC : La Covid-19 s’invite au boulot
Au centre-ville, la foule immense qui caractérise la poste centrale est toujours là, mais cette fois, les portes sont closes. Une feuille apposée sur la porte d’entrée spécifiait en substance que la poste a été contrainte de fermer pour cause de contamination de son personnel et ce jusqu’à nouvel ordre. La consternation se lisait sur les visages des clients d’Algérie Poste qui croyaient tous avoir approché il y a quelques jours un employé des lieux. Plus bas, l’agence Cirta, une agence de la Sadeg, filiale de distribution de la Sonelgaz, a rouvert ses portes après quelques jours de fermeture. La cause en est également une contamination de son personnel. Mais la panique la plus perceptible se ressent au niveau des antennes des différentes APC de la ville. Là, c’est une fermeture-ouverture que personne ne comprend. Les portes sont closes pendant quelques heures, puis sont rouvertes, sans aucune explication, et avec un personnel réduit à sa portion congrue.

Un centre de transit sanitaire
Finalement, l’antenne d’El Gammas fermera ses portes officiellement. Un cas positif à la Covid-19 a été confirmé chez «le P/APC». Qu’à cela ne tienne. L’antenne de la cité des frères Abbas baissera aussi pavillon quelques heures plus tard. Une contamination ? «On n’en sait rien, c’est juste par précaution, on verra dimanche», nous dira au téléphone un travailleur sur place. C’était jeudi dernier.
La violation de la Covid-19 des administrations et secteurs économiques ne s’arrêtera pas à ce niveau, mais il nous a été impossible de confirmer la fermeture de quelques bureaux, et encore moins la cause. Mais officiellement, plusieurs membres de l’APW et de l’APC de Constantine ont été contaminés au nouveau coronavirus. «Nous avons reçu un premier membre, hospitalisé puis ressorti très vite. Puis un second qui est passé par la réanimation en compagnie de son épouse. Son cas n’inspire plus d’inquiétude. Nous avons aussi reçu deux membres de l’APC», nous révèlera une autre source hospitalière, avec noms et prénoms et dates d’admission et de sorties. Des détails que nous nous garderons de donner pour des raisons évidentes.
«L’aventure» des membres de l’APW ne s’arrêtera pas à ce niveau, puisqu’un des élus dénoncera «la dictature» des élus FLN. «Nous avons assisté à une réunion de la commission des finances. Nous avons appris que l’un de ses membres était malade, mais plus de dix jours après. Les élus FLN ont écarté tous les membres présents et ont ramené mardi, au sein même de l’assemblée, des agents sanitaires pour nous faire passer de force, mais pas à eux, des tests PCR. Puis jeudi, au téléphone, un des leurs nous a appelés au téléphone pour nous signifier notre positivité au test. Nous avons demandé les résultats officiels des tests, mais il n’y en avait pas apparemment. On se retrouve de fait confinés chez nous, par mesure de précaution, plus de douze jours après avoir été en contact avec un cas confirmé, sans aucun signe révélateur de la maladie, mais avec beaucoup de suspicion».
Nous apprendrons aussi, par le biais des réseaux sociaux, que le professeur Kitouni, responsable de la structure dédiée aux contaminés à la Covid-19, a été réintégré dans ses fonctions. Il avait été suspendu provisoirement suite à une vidéo scandale qui avait fait le buzz il y a quelques jours, révélant «une prise en charge défaillante» des malades. Le retour du Pr Kitouni «était nécessaire pour la santé au CHU. Il a toujours travaillé honnêtement et avec abnégation, et il n’est en rien responsable des défaillances d’un système de santé claudiquant», nous dira un médecin urgentiste du même service.
En tout cas, le déconfinement à Constantine a provoqué un rush sur tous les commerces, les moyens de transport balbutiant et aussi malheureusement sur les structures de santé. «Ce n’est pas encore la catastrophe, nous dira le médecin urgentiste, mais si rien n’est fait, on s’y dirige à grande vitesse». n