Les robes noires reprennent aujourd’hui les audiences dans les juridictions de la capitale. Le Barreau d’Alger a décidé de ne pas reconduire le mouvement de grève qui a paralysé depuis le 27 septembre les juridictions de la capitale, ce qui a induit le report des procès programmés à des dates ultérieures.

Le Barreau d’Alger a cependant gardé envisageable l’option de reprendre le chemin de la protesta, dans quinze jours, si les autorités judiciaires ne prennent pas en charge leurs préoccupations exprimées par la corporation depuis l’incident Sellini qui a déclenché un mouvement de contestation des Avocats exerçant à Alger rejoints ensuite par ceux de l’ensemble des wilayas.
Le Barreau d’Alger a décidé cependant de maintenir le boycott du président de la 5e chambre correctionnelle et celui de la 1re chambre pénale près la Cour d‘Alger, ainsi que les assesseurs, et ce, jusqu’à nouvel ordre. La première relève du pôle pénal qui a jugé en appel l’affaire de Karim Tabbou, alors que la seconde chambre a été le théâtre de l’incident entre le président du Tribunal et le Bâtonnier d’Alger.
Il s’agit ainsi pour le bureau du Conseil de l’Ordre des avocats d’Alger, qui s’est réuni jeudi avec le président de la Cour d’Alger, le Procureur général et les chefs des juridictions, de reprendre le travail des avocats tout en maintenant la pression notamment à l’égard des «coupables» de ce qui s’est passé lors du procès de l’accusé Mourad Oulmi, patron du groupe Sovac.
Les actions retenues à cette occasion ont été accompagnées d’un appel à l’adresse du président de la Cour et du Procureur général à l’effet d’accéder «aux requêtes des collectifs de défense dans les salles d’audience, au niveau du greffe, des services de présentation, des chambres d’accusation…».
La réunion tenue jeudi intervient, faut-il le rappeler, après la tournure prise par le conflit notamment à travers l’échange de reproches et d’accusations entre les avocats et le Syndicat des magistrats. Et s’il a décidé d’enterrer la hache de guerre, du moins momentanément, l’Ordre des avocats a signifié qu’il ne compte pas abandonner la partie relevant qu’il est en droit de réclamer et d’attendre une prise en charge des préoccupations soulevées par les avocats.
«Le Président de la Cour et le Procureur général sont tenus de répondre aux préoccupations et problèmes rencontrés durant l’instruction des dossiers et les autres étapes qui suivent», est-il mentionné dans le communiqué de l’Ordre des avocats.

Echange d’accusations !
Il faut noter qu’avant que les deux parties puissent parvenir à cette trêve, le conflit a été alimenté par un échange d’accusations notamment après la déclaration de la section syndicale des magistrats de la Cour d’Alger sur les faits déclencheurs de la crise et qui pointe la responsabilité de Sellini dans ce qui s’est passé. Se déclarant regretter les «incidents survenus le 24 septembre dernier lors du procès de certains prévenus impliqués dans des affaires de corruption», la section syndicale des magistrats de la Cour d’Alger a mis en évidence, dans un communiqué, la nécessité de «corriger la version qui a trompé» l’opinion publique.
Elle a souligné, dans ce sens, que le Bâtonnier d’Alger a demandé le report de l’audience, ce qui a été refusé, mais Me Sellini s’est livré à des comportements qui ont été notifiés par le greffier», lui reprochant ainsi d’avoir «perturbé la séance, d’avoir tenu des propos inappropriés au Président du Tribunal et d’avoir donné un coup de pied à la porte de la chambre d’audience». «Pour toutes ces raisons, le syndicat, qui affirme être soutenu par un groupe d’autres magistrats, proclame sa solidarité totale aux instances de la première chambre pénale, condamne les agissements qui ont engendré cette situation, appelle les autorités à protéger les magistrats durant l’exercice de leur fonction, et décide enfin de transmettre le dossier contenant toutes les informations relatives à ces événements au bureau exécutif du Syndicat national des magistrats pour prendre les décisions qu’ils jugeront nécessaires», lit-on dans le même communiqué de la section syndicale.
Or, l’Ordre des avocats, désapprouvant le contenu et la version de la section syndicale des magistrats, insiste plutôt sur les entraves aux droits de la défense auxquelles les avocats font face. Sur l’incident Sellini, l’Ordre des avocats a pointé le refus du juge de reporter la séance à la demande de tous les avocats, reprochant également l’appel du magistrat à l’intervention de l’ordre public à l’encontre de Me Sellini.