Frappé de plein fouet par la crise sanitaire due au Covid-19 jumelée à une baisse des prix du pétrole «l’Algérie est menacée par l’avènement d’une crise économique», tranche le Cread dans sa Policy Brief de juillet.

Dans une analyse faite par Asma Ghania Benameur, Yacine Belarbi et Rachid Toumache, respectivement doctorante à l’ENSSEA, directeur du Cread et professeur à l’ENSSEA, le Cread alerte sur une chute des cours du brut qui pourrait rappeler sous peu à l’économie algérienne ses vieux démons. «Comme le secteur des hydrocarbures représente près de 20 % de la valeur ajoutée du PIB en Algérie et plus de 80 % de ses exportations en 2019, la chute des prix du pétrole devrait exacerber les vulnérabilités structurelles de l’économie algérienne», lit-on dans la dernière Policy Brief du Cread, postée hier. Le travail de recherche et d’analyse de l’évolution des cours du brut et son impact sur l’économie algérienne a abouti au résultat selon lequel des corrélations croisées indiquent que les prix du pétrole brut sont pro-cycliques par rapport au PIB, au secteur des hydrocarbures et aux exportations d’hydrocarbures. «Les corrélations contemporaines entre la composante cyclique des prix du pétrole brut et ces trois secteurs (les services, l’agriculture et le BTPH) sont très fortes ; les coefficients de corrélation varient entre 0,84 et 0,93. On peut donc dire que les prix du pétrole brut déterminent de manière significative le cycle du PIB, du secteur des hydrocarbures et des exportations», indiquent les chercheurs du Centre de recherche en économie appliquée. «Nous considérons dans ce cas que les avoirs étrangers nets remplissent le rôle d’un mécanisme de lissage qui amortit les chocs étrangers, en particulier ceux des prix du pétrole sur les importations», estiment les chercheurs du Cread. Ces derniers font constater qu’une augmentation imprévue des prix du pétrole a un impact positif sur le taux de croissance du PIB, mais l’effet est de courte durée et s’estompe en près de 3 trimestres. Les chercheurs du Cread disent avoir constaté une forte corrélation entre les fluctuations des cycles des prix du pétrole et ceux du secteur des hydrocarbures (1% de croissance). Tout comme le secteur du BTPH qui réagit positivement à une augmentation inattendue du prix du pétrole. Et dans une moindre mesure le secteur des services commerciaux qui réagit également de manière positive à une augmentation des prix du pétrole. Seul, cependant, le secteur agricole réagit négativement à une augmentation des prix du pétrole. Outre les trois grands secteurs analysés par le Cread, ses chercheurs font remarquer également que la consommation des administrations et des ménages ainsi que la courbe des importations évoluent positivement sous l’effet d’une hausse des prix du pétrole, ce qui est une conséquence normale dans un pays dont l’économie est bâtie sur la redistribution de la rente. Le centre de recherche en économie appliquée conclut que des preuves sont formelles que les fluctuations de l’activité économique algérienne sont étroitement liées aux fluctuations du prix du pétrole. «Ce lien est principalement dû à la part importante de la valeur ajoutée du secteur des hydrocarbures dans le PIB», lit-on dans ladite étude. Les résultats auxquels sont parvenus les chercheurs du Cread montrent qu’un choc positif des prix du pétrole a un impact très faible sur le secteur commercial et un impact négatif sur le secteur agricole. Ce dernier résultat reste le moins concluant et doit faire l’objet d’études plus approfondies dans le futur. En outre, il a été constaté que les chocs réels des prix du pétrole ont un impact sur la demande intérieure globale. La consommation finale de l’administration affiche la réponse la plus importante aux chocs des prix du pétrole ; cela peut s’expliquer par un effet de politique budgétaire expansionniste. «Enfin, les importations réagissent elles aussi positivement aux impulsions des prix du pétrole, mais dans une proportion moindre, car nous soupçonnons les avoirs étrangers nets de jouer le rôle d’un mécanisme de lissage qui amortit les chocs étrangers, notamment ceux des prix du pétrole. Ce résultat sera examiné plus en détail dans de futures études, ainsi que le secteur industriel que nous avons choisi d’étudier dans la présente étude», concluent les chercheurs du Cread. <