L’année 2022 a débuté avec une explosion des cas du nouveau coronavirus dans le monde, contraignant les pays à restreindre les festivités de passage au nouvel an. Le cap symbolique du million de cas quotidiens de Covid-19 à l’échelle planétaire a été franchi dans les dernières heures de l’année 2021, après l’émergence du variant Omicron, particulièrement contagieux. L’Algérie n’y a pas échappé et le nombre des contaminations a encore augmenté pour se rapprocher des 400 cas quotidiens (395 cas confirmés), selon le bilan de vendredi.

PAR INES DALI
La situation devient de plus en plus inquiétante d’autant que le nouveau variant Omicron continue de se propager parallèlement au variant Delta qui prédomine déjà dans la quatrième vague de Covid-19 que vit le pays. Il a été détecté sur de nouvelles personnes et l’Algérie compte, désormais, 16 cas d’infection par l’Omicron. L’Institut pasteur d’Algérie (IPA) a enregistré 12 nouveaux cas de ce variant après l’opération de séquençage du virus SARS-CoV-2 effectuée au niveau de son laboratoire de référence sur tests PCR positifs. Il s’agit de 6 citoyens algériens représentant des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés précédemment, de 2 ressortissants algériens de retour de France et de 4 étrangers, l’un venu du Royaume Uni et trois de Mauritanie. D’autres personnes contacts et d’autres cas entrant par les frontières viendront, sans aucun doute, grossir le rang des nouvelles infections par l’Omicron. Les professionnels de la santé sont formels à ce sujet. Ils estiment que lors des prochains jours ou semaines, le pays comptera plus de cas d’Omicron, en mettant en avant la très forte transmissibilité de ce variant.
Omicron, une contamination «70 fois» plus rapide
L’Omicron se distingue par «une transmission très très rapide», de l’ordre de «70 fois plus forte que les autres», a affirmé le Pr Abdelkrim Soukehal, épidémiologiste. Ce qui fait le plus craindre, c’est que «nous sommes en pleine période d’hiver», favorable à la transmission des virus. «Le manque d’aération, les fenêtres fermées feront en sorte que la transmission sera immédiate», a-t-il ajouté. Il a conclu en mettant en garde que «ce sera donc une contamination massive à laquelle viendra s’ajouter la grippe saisonnière».
L’inquiétude est mondiale et gagne tous les pays, aucun n’ayant été à l’abri de cette pandémie qui perdure, avec ses nombreux rebondissements. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit de prochains mois éprouvants. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré redouter qu’Omicron «plus transmissible, circulant en même temps que Delta, entraîne un tsunami de cas». L’impact peut être atténué cependant, de l’avis des spécialistes. «Nous devons appliquer des mesures de prévention strictes», a recommandé le Pr Soukehal rejoignant, ainsi, ses nombreux confrères qui n’ont eu de cesse d’appeler à la vigilance, en plaidant pour le respect au moins du port du masque et de la distanciation physique, sans omettre le rôle de la vaccination sur lequel ils mettent l’accent. «Il faut se vacciner pour avoir notre protection individuelle et avoir, grâce à cela, une protection collective», a-t-il souligné.

Vaccination, rattraper le temps perdu
L’instauration du pass vaccinal décidée la semaine dernière par le gouvernement entre dans le cadre de réaliser l’objectif de relever le taux de vaccination qui n’est que de l’ordre de 27% à la fin de l’année qui s’achève contre les 70% prévus. A travers cette mesure, il s’agit de rattraper le temps perdu en engageant une course contre la montre en ce début de la nouvelle année. Les spécialistes disent vouloir voir «une application effective sur le terrain» de ce pass vaccinal pouvant aider à booster la vaccination. Dans ce registre, il y a lieu de relever qu’une troisième campagne de vaccination débute aujourd’hui – jour coïncidant avec le retour des classes après les vacances d’hiver – dans les écoles pour le personnel du secteur de l’éducation nationale.

Retour aux sanctions et renforcement du contrôle
La situation épidémique qui se dégrade, au vu des indicateurs des derniers jours notamment, ouvre la voie au retour à des «sanctions rigoureuses» qui seront prises à l’encontre des contrevenants aux protocoles sanitaires mis en place. Le relâchement constaté dans leur application à tous les niveaux, selon le Premier ministre Aïmène Benabderrahmene, que ce soit dans «les activités économiques, commerciales, sociales, et même au sein des administrations publiques censées donner l’exemple aux citoyens» ont conduit à la prise de cette décision. C’est à ce titre, a-t-il fait savoir lors d’une conférence de presse vendredi, que «membres du gouvernement et walis ont été instruits de faire respecter les protocoles sanitaires afin de limiter la propagation de l’épidémie du Covid-19 et particulièrement du nouveau variant Omicron» qui se propage plus rapidement que le Delta.
L’autre mesure pouvant garantir un tant soit peu le respect des protocoles sanitaires est le renforcement du contrôle. Les membres du gouvernement, les walis ainsi que les responsables d’organes aux niveaux central et local sont invités à faire preuve de «mobilisation, comme ce fut le cas au début de la crise sanitaire, en œuvrant à l’établissement des procédures intersectorielles qui assurent un contrôle permanent du degré d’application et de respect des procédures sanitaires». En somme, il a donné instruction pour «la mise en place un système de gestion de la crise sanitaire, avec des sanctions administratives et pénales pour les contrevenants». Le contrôle interne au niveau de l’administration centrale et locale et des organismes publics sont d’autres mesures, placées sous le contrôle du responsable direct, pour tenter de freiner la propagation du Covid-19 et de ses variants. Benabderrahmene a instruit de le tenir «informé des mesures prises par chaque secteur ministériel, et de présenter les statistiques et les résultats enregistrés». Par ailleurs, la sensibilisation et la communication doivent être intensifiées, selon le Premier ministre, pour aiguiser «le sens de la responsabilité individuelle et collective face aux risques de la pandémie mondiale sur l’économie et la stabilité sociale».
La responsabilité collective devrait, par ailleurs, être utilisée dans un sens bien plus large, considérant qu’elle pourrait même être une responsabilité collective mondiale, «certains pays pauvres n’ayant toujours qu’un accès limité aux vaccins» et «une frange de la population y reste réticente». Le Covid-19 et ses variants ont quelque peu gâché les festivités de passage au nouvel an même dans les grandes villes du monde qui le fêtent habituellement avec grand faste. Pour la deuxième année consécutive, le monde n’a pas pu accueillir la nouvelle année en grandes pompes et de nombreuses festivités ont été, une nouvelle fois, annulées ou sévèrement encadrées.
La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et même l’Australie, longtemps restée à l’abri de la pandémie, battent des records de nouveaux cas. Et la France a annoncé à son tour, jeudi, qu’Omicron était désormais majoritaire sur son territoire.
Les experts espèrent que l’année 2022 marquera une nouvelle phase, moins meurtrière, de la pandémie, avec la distribution de vaccins à environ 60% de la population mondiale, tout en relevant l’inégalité de cette distribution.