La nouvelle a fait l’effet d’une bombe de l’autre côté de l’Atlantique. La MLS a annoncé le 5 mars l’ouverture d’une enquête officielle portant sur la validité du contrat de Blaise Matuidi avec l’Inter Miami, dans l’objectif de « vérifier si la signature du joueur entre en conformité avec les règles de salaire imposées par la MLS » précise le communiqué. Le milieu de terrain français de 33 ans avait rejoint le club de David Beckham en août 2020 après son départ de la Juventus. L’arrivée de Matuidi en MLS a surpris les observateurs puisque malgré son statut de star internationale, le Français a signé en Floride dans la peau d’un joueur TAM (Targeted Allocation Money), un statut généralement dédié aux jeunes joueurs à fort potentiel avec un salaire plafonné à 1,612 millions de dollars par an, soit près de trois fois moins que ce qu’il touchait en Italie. Ce contrat a également attiré l’œil de la ligue qui semble y avoir trouvé des irrégularités. L’objectif de l’investigation en cours est de déterminer si oui non le club a payé une partie du salaire de Blaise Matuidi sous la table, ou s’il lui a offert des avantages en nature pour compenser le plafonnement de son salaire. «Le drapeau rouge a probablement été brandi par un autre club, qui estime que Matuidi aurait dû bénéficier du statut de joueur désigné», explique Michelle Kaufman, journaliste pour le Miami Herald. La règle du «designated player» ou «joueur désigné» permet à un club de rémunérer trois joueurs de son effectif au-delà de tout plafond imposé par la ligue. Trois places déjà réservées pour d’autres joueurs de l’effectif de Miami à l’arrivée de Blaise Matuidi. Cette règle a été mise en place en 2007 pour attirer les meilleurs joueurs du monde aux États-Unis. David Beckham, Thierry Henry, Andrea Pirlo ou encore David Villa en ont profité. «À ma connaissance, l’enquête visant le contrat de Matuidi est un événement sans précédent dans la ligue» ajoute Vincent Destouches, qui couvre la MLS pour la chaîne de télévision canadienne TVA Sports. «Pourtant, plusieurs autres transferts ont déjà fait sourciller récemment, comme celui de Zlatan Ibrahimovic en 2018, qui était également un «joueur TAM» lors de sa première année, avant que son contrat ne soit requalifié en «joueur désigné» l’année suivante».

DES RÈGLES DE SALAIRE TROP STRICTES
Le modèle économique de la MLS est très différent de celui des grands championnats européens. Aux États-Unis, c’est la ligue qui est propriétaire des contrats des joueurs. Elle octroie ainsi chaque année un budget d’environ cinq millions de dollars par effectif dans l’idée de garantir une certaine équité sportive au sein du championnat. Ce cadre contraignant évolue régulièrement au fil des saisons et suit le développement de la MLS avec la mise en place de nombreuses règles d’exception comme celle du «joueur désigné», du «joueur TAM», ou encore celle du «homegrown player» qui offre des avantages économiques au club qui signent des jeunes issus de leur centre de formation. «La question de la complexité du cadre légal en MLS revient souvent. C’est vrai que tout ça est assez nébuleux pour le grand public», admet Vincent Destouches. «Mais l’objectif de la ligue est de maîtriser sa croissance, et ça marche. Elle offre aujourd’hui un potentiel de rentabilité énorme aux propriétaires des clubs, encore plus avec l’optique de la Coupe du monde aux États-Unis en 2026». Selon le journaliste canadien, l’enquête portant sur le contrat de Matuidi est «un peu la rançon de la gloire pour la MLS, car elle attire de plus en plus de très bons joueurs que les clubs arrivent de moins en moins à caser dans leur effectif.»

TAPER DU POING SUR LA TABLE
Difficile de savoir si la MLS a déjà enquêté sur des contrats de joueurs dans le passé, mais c’est bien la première fois qu’elle l’annonce publiquement. Vincent Destouches y voit une volonté de transparence. «Ça peut être bénéfique d’éclaircir la situation, et on va peut-être se rendre compte que l’Inter Miami n’a rien fait d’illégal». La volonté de la ligue est également de taper du poing sur la table et d’envoyer un message de fermeté aux autres équipes, vis-à-vis du respect de ses règles de fonctionnement.
Un assouplissement du cadre légal de la MLS paraît pourtant inéluctable pour une ligue qui se développe vite et souhaite à terme atteindre le niveau des cinq grands championnats européens. On ne peut pas non plus reprocher à l’Inter Miami son ambition. Le club, qui va débuter en avril sa deuxième saison dans la ligue, veut continuer à attirer des stars européennes et sud-américaines après avoir déjà recruté Gonzalo Higuain, Blaise Matuidi, le Mexicain Rodolfo Pizarro et le jeune argentin Matias Pellegrini.

QUELLES SANCTIONS ?
L’Inter Miami a répondu au communiqué de la ligue le jour même, indiquant «prendre acte de l’enquête» et «être impatient de participer pleinement au processus d’évaluation de la ligue». Le nouvel entraîneur de l’équipe Phil Neville a ajouté le 8 mars en conférence de ne pas être inquiet des pourparlers en cours entre la MLS et son club, et s’attendre à une résolution «dans 5 à 7 jours». L’Inter Miami s’expose pourtant à une sanction importante qui pourrait prendre la forme d’une amende et/ou d’un retrait de points si la tricherie est avérée.
«Je ne pense pas que la MLS ira jusque-là» estime Michelle Kaufman. «L’Inter Miami va surtout devoir présenter un budget conforme, ce qui va pousser vraisemblablement Blaise Matuidi à acquérir le statut de joueur désigné au détriment du jeune Matias Pellegrini». «Ils vont probablement devoir payer une amende et être obligés de régler leur situation administrative», approuve Vincent Destouches. «L’affaire Matuidi» ne devrait en tout cas pas remettre en question l’avenir du milieu de terrain français à Miami, lui qui s’est engagé pour deux ans avec le club l’été dernier et est devenu un joueur indispensable de l’effectif. De plus, le joueur et sa famille se plaisent énormément dans leur nouvelle vie à Miami et espèrent s’installer sur la durée en Floride.