Pour le conseiller du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Chérif Ould Hocine, l’affaire des importations de blé avarié découvert sur deux vraquiers en provenance d’Estonie et de Lituanie, en décembre et novembre derniers, n’a rien d’alarmant «dès lors où les analyses physicochimiques ont prouvé que les volumes de blé tendre infectés étaient destinés à la semence et non à la trituration», a-t-il précisé lors de son passage hier sur le plateau de la Chaîne de télévision privée Echourouk News.

Mais cet ex-président de la Chambre nationale de l’agriculture et président de la Commission agriculture auprès de l’APN, déplore que «cette affaire ait pris des proportions tout à fait exagérées, voire même à dessein». Non sans lâcher : «C’est à croire que l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), unique importateur du pays de céréales toutes variétés confondues, est victime d’un complot». Et de lancer dans ce sillage : «Ce qui est tout à fait regrettable, c’est qu’un si important office, compte tenu de sa mission des plus stratégiques, se retrouve depuis deux mois sans responsable.» Et de faire savoir que «l’Office accorde une très grande importance aux contrôles de toutes les céréales qu’il importe». Toujours dans ce même cadre, il ajoutera : «Le contrôle s’effectue en plusieurs étapes. C’est pour dire qu’il est très difficile, sinon presque impossible, qu’une cargaison avariée ne soit pas été détectée, car le sas en place fait barrière. Alors de là à dire que des volumes de blés empoisonnés ont été triturés est de la pure allégation.» Par contre, et pour prendre la défense de l’OAIC, il dira que «le but recherché à travers cette affaire créée de toutes pièces ne serait-il pas de privatiser l’OAIC ? Ce que nous rejetons». En revanche, le conseiller estime que l’OAIC a besoin d’une profonde restructuration du fait qu’il est devenu la vache à traire de nombreux patrons de minoterie. «Du coup une question s’impose : où va l’argent de l’OAIC ? Chez les minotiers car ces derniers en se fournissant chez l’OAIC bénéficient d’un rabais de 800 DA le quintal sur le blé tendre et 1 700 DA/q sur le blé dur, alors les Coopératives de céréales n’arrivent même à réaliser des bénéfices ou du moins assurer leur équilibre financier dans leur fonctionnement. Un paradoxe qu’il est devenu urgent d’annihiler. En commençant par lever la subvention accordée aux minotiers. Ceux-là même qui n’hésitent pas à vendre le résidu de leur trituration, le son, à 3 600 DA le quintal. Ce qui explique le nombre élevé de minoteries en activité chez nous tant ce créneau est devenu par le biais de la politique de la subvention des plus lucratifs pour les investisseurs».
Le système des subventions à l’origine de nombreux dysfonctionnements
Pour le conseiller, les subventions sont aussi la cause dans le dysfonctionnement dans la filière tant en amont qu’en aval. Indiquant que «nous sommes à la veille de prendre d’importantes décisions afin que la poudre de lait subventionnée ne fasse plus l’objet de dérives. Il faut constater dans ce sens que tout ce qui a été décidé auparavant n’a pas été suivi d’effet sur le terrain». Ajoutant : «On s’attend donc par le biais des mesures que nous allons mettre en place à ce que les volumes de poudre de lait importée connaissent une baisse sensible.»
Chérif Ould Hocine ne s’est pas empêché, par ailleurs, d’estimer que «le secteur de l’agriculture a besoin d’une dynamique nouvelle après des années de laisser-aller orchestrées par des ministres qui se sont succédé sans rapport avec le monde de l’agriculture». Et de confier dans la foulée : «Le ministre actuel et son équipe vont s’atteler à relancer le secteur en commençant par lever toutes les entraves. Et si il y a nécessité, révéler à l’opinion publique tous ceux qui se sont rendus responsables ou complices de dérives et dilapidations perpétrés dans le secteur de l’agriculture».
Le dernier volet abordé par Chérif Ould Hocine est la stratégie de production à mettre en place. Et là, encore, le conseiller n’ira pas par quatre chemins. «Nous allons tracer une feuille de route avec pour but de produire utile afin de réduire notre facture d’importation en produits alimentaires de base. En clair, aller vers une visibilité de la production tout en se focalisant sur l’agriculture saharienne car c’est seulement dans le Sud que nous pratiquons l’agriculture extensive en facilitant l’acte d’investir sur les grands espaces, où existent les conditions nécessaires». Ce dernier a enfin relevé en fin d’émission, que le secteur a connu une véritable désertion de ces cadres rendant les directions des services agricoles de nombreuses wilayas inopérantes sur le terrain. «Une carence qu’il faudra vite combler car nos agriculteurs ont de plus en plus besoin d’être accompagnés et orientés dans leurs activités», a-t-il enfin préconisé. <