A trop s’enivrer, on risque la gueule de bois ! C’est en résumé et en image l’appel lancé hier par le président du Conseil national économique et social pour alerter les Algériens sur les dangers du gaspillage énergétique. Pour Reda Tir, qui participait hier avec le P-DG de Sonelgaz à une rencontre sur l’économie d’énergie, il est nécessaire d’aller vers la sobriété et d’adopter un nouveau mode de consommation pour bannir cette dérive qui pèse sur les finances de l’Etat et alourdit les dépenses et la facture du consommateur.

C’est de plus en plus évident. Si la consommation nationale d’électricité produite à partir de l’énergie fossile poursuit sa progression d’ici 2030, le pays sera confronté à un sérieux dilemme, cesser toute exportation de gaz avec toutes les conséquences que cela induit pour le pays pour pouvoir répondre aux besoins locaux. Est-il possible d’éviter ce scénario ? «C’est possible pour peu que nous changions notre mode de production et de consommation», soutiennent conjointement Réda Tir et Chahed Boulekhras, respectivement président du Conseil national économique et social (Cnes) et PDG du groupe public Sonelgaz. Ces derniers, qui s’exprimaient lors d’une journée d’étude sur l’économie d’énergie, qu’a abritée hier le Centre de formation dudit groupe, ont tour à tour mis en exergue, lors de leur allocution à l’ouverture de la journée, l’intérêt de passer sans plus tarder vers un mode de consommation rationnelle. En effet, pour le patron du Cnes, «un nouveau mode de consommation énergétique est nécessaire si l’on veut pour le moins et dans un premier temps diminuer le gaspillage.
Et sur ce point, le citoyen a un rôle à jouer.» Et de rappeler dans la foulée : «Le gaspillage a un impact sur les finances de l’Etat et sur le consommateur, obligé d’honorer des factures élevées d’électricité et de gaz.» Tir a, par ailleurs, tenu à souligner : «Ce n’est pas parce que l’électricité est subventionnée à hauteur de70, 80% qu’on doit gaspiller cette richesse.» Rapportant enfin dans ce même ordre d’idées : «Le but du Conseil est d’éliminer ce comportement négatif.» Toujours à propos du gaspillage, il fera remarquer que «la solution à cette problématique n’est pas du seul ressort de l’Etat, elle concerne aussi le citoyen et toutes les parties prenantes. Et nous en sommes une.
De ce fait, le Cnes a jugé utile de s’impliquer dans la lutte contre le gaspillage et aussi de contribuer à l’effort d’une transition énergétique». Rebondissant sur ce dernier point, le PDG de Sonelgaz rejoint l’approche du Conseil non sans ajouter : «Le Cnes est effectivement très bien placé pour soulever les sujets du gaspillage et de la transition énergétique dès lors où cela concerne autant le volet social qu’économique.» Ce dernier a par ailleurs expliqué que «le but recherché à travers le changement de notre mode de consommation de l’énergie électrique, c’est de la rendre rationnelle». Et de lancer : «Il y va de la sécurité énergétique du pays.» A propos de la transition énergétique, Boulakhras a indiqué qu’«elle n’est pas uniquement basée sur le renouvelable (ENR) et les hydrocarbures, mais aussi sur l’énergie non consommée, «que certains pays dénomment la quatrième énergie».

Des secteurs énergivores
Révélant dans ce même registre que «la Sonelgaz a intégré une nouvelle stratégie intégrant la question centrale de l’économie d’énergie». Le PDG a enfin tenu à relever que son groupe n’a cessé de poursuivre ses efforts afin de réduire le taux de perte énergétique. «Pour preuve, il est passé de 17-18% à 12-13 % actuellement», a-t-il dévoilé. Non sans avouer : «Nous sommes encore loin des standards de tolérance de pertes.» Signalant à titre indicatif «dans d’autres pays, grâce aux modes de consommation rationnelle le taux de perte se situe entre 6 et 7% dû essentiellement à des pertes techniques justifiées.» Notons que lors du panel organisé de cette journée, c’est Ratiba Chibani, experte et ex-Directrice générale de l’Institut algérien de la normalisation (Ianor), qui a débuté le programme des interventions soulignant en substance dans son exposé : «Les normes aident les citoyens à réduire leur consommation d’énergie.» Rappelant que l’arrêté du 21 février 2009 relatif à l’étiquetage énergétique de l’ensemble des appareils domestiques fixe leur efficacité énergétique en matière de consommation. «Mais jusqu’ici, cet arrêté est souvent ignoré. C’est pourquoi, l’Ianor suggère la création d’un organisme qui aura pour autre mission de faire appliquer sur le terrain cet arrêté», a-t-elle avancé aux participants de la journée d’étude.
Deuxième intervention, en visioconférence depuis les USA, celle de l’universitaire et Professeur en ENR, Nouar Tabet, qui a fait découvrir à l’assistance les avancées dans son domaine. «L’ère du pétrole tire à sa fin. L’énergie fossile va dans peu d’années être remplacée par l’énergie thermique qui, elle-même, commence à faire de l’ombre au photovoltaïque de par son coût de production du kilowattheure/heure qui revient à 7 cents alors que celui du photovoltaïque reste au-dessus du dollar.» Ce dernier a enfin insisté à développer cette technologie et que «le pays jouit d’un niveau d’ensoleillement qui l’encourage dans cette optique».
Autre intervention et non des moindres, puisque son auteur Kamel Dali, Directeur de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (Aprue) a mis en exergue des indices forts révélateurs en ce qui concerne l’intérêt de basculer vers les ENR. Selon ce dernier, le secteur résidentiel consomme à lui seul 36% de la production annuelle suivi des transports avec 32 %, le BTP (22%), le tertiaire (10%) et en dernier, l’agriculture avec un taux de 1%. «A travers ces taux, on déduit vite qu’il est urgent que trouver des solutions en commençant par les secteurs énergivores, à savoir le transport, les ménages et les tertiaires, dont la consommation d’énergie représente 80% du bilan énergétique national. En adoptant un nouveau modèle de consommation», a-t-il conclu. <