Le président du Conseil de la concurrence Amara Zitouni persiste et signe : « La loi actuelle de la concurrence est dépassée. » Et d’estimer qu’« une loi qui reste figée devient forcément inappropriée ». Abondant dans ce sens, ce responsable, qui s’exprimait lors d’un point presse hier à Alger, pour présenter le bilan d’activités de son institution durant l’année 2018, précisera que « 50 articles sur les 70 que compte la loi de la concurrence sont à revoir ».

Comme il tenu à souligner qu’« au fil de l’exercice de notre mission, nous constatons de plus en plus que l’Etat ne respecte pas les règles qu’il a édictées ». Donnant notamment en exemple le code des marchés publics très souvent bafoué. « Il suffit pour s’en convaincre de se référer au nombre de mandats de dépôt décidés ces derniers mois par la justice avec pour motif des passations de marchés publics contraires au règlement en vigueur. C’est pour dire que la concurrence dans ce domaine a fait tâche d’huile. » Toujours à propos du code des marchés publics très souvent violé, « on n’en est arrivé à cette évidence : la corruption dans la passation des marchés a fini par devenir une règle en lieu et place d’un outil d’arbitrage, à savoir la concurrence entre tous les soumissionnaires sans aucun privilège ou passe-droit », a lâché le président du Conseil de la concurrence. Faisant savoir dans ce sillage que « la concurrence est un moyen efficace pour prévenir et lutter contre la corruption. Et pour preuve, des experts ont démontré suite à une étude de terrain que lorsque la concurrence est appliquée dans un pays, la corruption recule. Par contre, quand la concurrence est absente, la corruption reprend vigueur ».
A partir de cette étude, le responsable regrette que chez nous « la culture de la concurrence reste insuffisamment ancrée, pis, encore, elle est dans un environnement hostile et du coup elle laisse grand ouvert les portes de la concurrence ». Déplorant également que tous les rapports élaborés par son institution et transmis à la chefferie du gouvernement restent sans retour d’écoute.
Concernant le bilan d’activités 2018 du Conseil de la concurrence, il révélera en substance que le nombre de plaintes est en augmentation constante. Pour le détail du bilan chiffré, il a instruit les représentants des médias de consulter le rapport qui leur a été remis. On lit que le CC a reçu 4 demandes d’avis et 7 plaintes introduites par des entreprises, des institutions et des associations. Concernant les plaintes déposées, elles portent notamment sur les pratiques anticoncurrentielles (dépendance économique, discrimination pour l’octroi de marchés publics). On citera entre autres le cas de plainte introduite par l’Association des distributeurs privés de lubrifiants contre la Société Sonatrach, à laquelle il a été reproché « la résiliation des contrats signés avec eux, sans préavis et la conclusion de nouveaux contrats avec d’autres distributeurs ». Au registre des demandes d’avis, on lit que l’une a été formulée par une entreprise spécialisée dans la distribution des médicaments portant sur la conformité d’un article de la convention signée par les associés de l’entreprise avec les règles de la concurrence. On lit également que le Conseil de la concurrence s’est également autosaisi d’office à l’encontre de trois entreprises, suite à la révélation d’indices d’offres concertées en matière de marchés publics lors de l’instruction d’une plainte introduite par une entreprise contre une commune pour des pratiques restrictives à la concurrence. Le Conseil de la Concurrence a été aussi destinataire d’une demande d’avis de l’entreprise, l’Algérienne des Autoroutes. Cette demande vise en fait à faire confirmer la situation de monopole de l’Entreprise nationale de tubes et transformation de produits plats de glissière de sécurité métallique posée sur le bord des routes afin d’empêcher la sortie de la route des véhicules en cas d’accidents et ce, pour justifier la passation d’un marché de gré à gré pour l’acquisition de ces glissières.
Il est enfin mentionné dans le rapport que le CC n’a enregistré depuis sa réactivation en janvier 2013, que quelques demandes d’avis de la part des départements ministériels sur des projets de textes législatifs et réglementaires ayant un lien avec la concurrence.