A la veille du congrès du Mouvement de la société pour la paix (MSP), prévu les 10, 11 et 12 mai, la « guerre » des chefs, continue. Abderezak Makri, l’actuel président du Mouvement, et Boudjerra Soltani, son prédécesseur à ce poste, continuent de s’affronter en sourdine en vue de contrôler cette formation islamiste de l’opposition.

En effet, les deux ténors du parti ont des visions diamétralement opposées à tout point de vue de ce qu’est et de ce que devra être leur mouvement. Si, à ce propos, Abderezak Makri souhaite maintenir le MSP dans l’opposition, Boudjerra Soltani, quant à lui, est en faveur de la participation du Mouvement au gouvernement. « Il faut que la ligne politique du Mouvement soit clairement définie, en ce sens qu’il faut qu’on sache s’il est dans l’opposition ou dans la participation à l’opposition », a lancé Soltani dans une déclaration à Reporters.
Abderezak Makri, lui, réplique sans tergiverser : «Tout le monde sait que nous sommes dans l’opposition.» «Le parti est dans l’opposition, aujourd’hui, et le débat autour de sa ligne politique ne se fait pas au cours du congrès qui est uniquement apte à émettre les principes généraux régissant le Mouvement», tranche Abderezak Makri, dans une déclaration à Reporters. Aussi et face à un Makri qui jure que le congrès se déroule dans « la sérénité la plus totale » et que les textes inhérents à ce rendez-vous seront examinés et débattus le jour J, Boudjerra Soltani dit « non, les choses doivent être définies au préalable ».
En ce sens que, selon lui, « il est impératif au préalable de définir un programme. Il est primordial pour le président sortant du parti de rendre public son bilan». «Qu’il nous dise ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait», a-t-il expliqué à ce propos, avant de préciser qu’«il n’est pas normal de ne pas rendre de comptes après une gestion de 5 ans au parti». «Il faut que les choses changent et que les responsables aient une feuille de route et rendent public leur bilan de fin de règne ». Face à un Abderezak Makri qui continue à juger que « le congrès se prépare dans une ambiance bon enfant », Soltani persiste et signe : « Il faut que le parti change de cap et que les choses se déroulent dans la démocratie la plus totale. » Boudjerra Soltani, qui accuse M. Makri d’avoir fermé le congrès à travers le contrôle de la commission nationale de préparation du congrès, n’a pas manqué d’appeler les congressistes à choisir « le programme et la vision politiques et non les personnes ». Aussi, et en dépit de son retrait de la gestion du Mouvement, Soltani ne désespère pas de revenir par la grande porte à la faveur du congrès et ravir la place de Makri.
« Même si vous n’entendez pas ma voix, je suis présent physiquement et j’aurai mon mot à dire », nous a-t-il confié. Mais les soutiens de l’actuel président du MSP, très ancrés dans ses structures, ironisent sur l’ambition de Soltani : « Il ne fait pas le poids et ses sympathisants se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est Makri qui fait tout au parti et il bénéficie d’un large soutien. » En tout état de cause, demain, à l’ouverture du congrès, les choses devraient se clarifier davantage sur les aptitudes de mobilisation de l’un comme de l’autre.