Rien ne va plus au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Un conflit interne oppose, depuis quelque temps déjà, deux ailes au sein de cette formation. Ce conflit resté latent éclate et devient désormais public.
Un document publié par le président du parti Mohcine Belabbès a fait, subitement, sortir le différend entre les instances internes du parti pour qu’il devienne manifeste. Le document en question est rédigé par plusieurs militants du parti, dont des élus locaux, des députés et des responsables au sein du conseil national du RCD. Sauf que Mohcine Belabbès considère que les rédacteurs du pamphlet contre lui agissent pour le compte «des adversaires du parti». «Le document, que nous rendons public et dont vous pouvez deviner facilement ses rédacteurs, vise à déstabiliser le RCD en ces temps de révolution pour le compte du pouvoir de fait», a écrit M. Belabbès sur sa page Facebook, en rendant public le document, censé être interne. «Ses rédacteurs ne l’ont pas encore rendu public. Nous le faisons à leur place pour permettre un débat dans la transparence sur le RCD, son fonctionnement et son histoire.
Les militants du RCD et ses dirigeants n’ont jamais refusé le débat», a ajouté le président du RCD. A souligner que le chef du RCD n’a pas publié la liste des signataires du document. Du côté des rédacteurs du document, qui ont vite fait de publier la liste des signataires, ils estiment que le fait que le président du RCD rende public un document interne «n’est qu’une manière de prendre de court ses adversaires en fuyant le débat». «Cette lettre, qui a été partagée sur le réseau avec désinvolture par Mohcine Belabbès, était censée rester un courrier interne qui lui était adressé. Quoi qu’on en pense, ces questionnements ont été posés par une liste de militants. Nous aurions dû avoir des réponses, à la place de cela on nous a accusés de rouler pour l’état-major de l’armée, d’être en définitive des agents», ont répliqué les rédacteurs du communiqué. Ajoutant que «nulle réponse, nul appel à débat, seule réaction : violer la déontologie partisane, violer les statuts et violer le règlement intérieur en diffusant une lettre frappée du sceau du secret sur les réseaux virtuellement sociaux».
«Maintenant que le président a décidé de la mettre au vu et au su de tous et même des services, les militants auront le loisir de se faire leur propre idée. Cependant, cela ne change rien, ces questions posées légitimement méritent réponses. Ce ne sera possible que si la réaction épidermique soit la suspension en visant une éventuelle exclusion, mais en définitive, ce ne sera que de mettre la poussière sous le tapis», ajoute l’un des signataires du document.

Graves accusations
Ce conflit, qui promet d’être un feuilleton, n’a pas livré, finalement, tous ses secrets. Contacté, hier, Atmane Mazouz, député et proche de Mohcine Belabbès, a souligné que ce document envoyé au président «est anonyme». «Il s’en prend aux responsables et aux symboles du parti», dénonce-t-il, ajoutant que le RCD «n’a jamais refusé le débat, pour peu qu’il respecte les formes». M. Mazouz a également accusé ceux qui ont publié et le document et la liste des signataires «d’avoir expurgé le document de certains passages». Le document en question s’en prend directement à Mohcine Belabbès et à son équipe au sein du parti. «Notre parti traverse la période la plus difficile depuis sa création. Il est touché dans son organisation, son fonctionnement et ses principes. Il est atteint dans son âme», estiment les rédacteurs, ajoutant que sur le plan organisationnel, «le RCD est pris en otage par deux personnes.
Vous et votre homme de main, Ouamar Saoudi. Les structures sont verrouillées et les promotions se font sur la base d’allégeances et même de soumissions. A vous deux, vous vous êtes érigés en instance suprême du parti, en total mépris de celles légitimes, prévues par les statuts et… des autres cadres du parti. Pour rester dans l’air du temps, vous êtes férus de caporalisation». «L’atmosphère qui règne dans le parti est étouffante. A Alger, pour exemple, la délation est de mise. Un individu, Ahmed Oubenali Alias Boussouf, sans fonction officielle, bien que rémunéré par le parti, depuis le dernier congrès. Ses rapports exclusivement à charge vous servent de base pour les nominations et les mises à l’écart des cadres de la capitale. Des schémas de fonctionnement analogues ou se rapprochant sont mis en place dans les autres structures régionales du parti. Une vraie structure parallèle non statutaire jouxte celle officielle plongeant les régions dans le désarroi et la méfiance», accusent-ils. «Les secrétaires nationaux sont obligés de vous donner leur mot de passe Facebook », informent-ils, estimant que «cette violation de la vie privée dépasse toutes les bornes. Le RCD, sous votre présidence, s’est doté d’une véritable police politique». «Vous avez accusé Samira Messouci d’avoir mérité son sort. Selon vous, c’est une agitée qui cherchait à être interpellée. Il ne vous reste plus qu’à énoncer le verdict de sa condamnation», lit-on dans le document, avec plusieurs autres graves accusations portées contre Mohcine Belabbès, qui accuse, quant à lui, Saïd Sadi d’être l’instigateur de ces attaques contre lui.