Prévue de longue date, la visite à Alger d’Emmanuel Macron ne devrait pas déroger à celles de ses prédécesseurs. C’est qu’entre Alger et Paris, il est de coutume que chaque président français, une fois élu, fasse escale à Alger, ne serait-ce que pour respecter une vieille tradition.

Au regard du programme de la visite de ce mercredi, il s’agira d’une escale certes protocolaire, mais importante où il serait question de lancer quelques messages politiques, que ce soit sur la délicate question de la mémoire ou encore la situation en Libye, mais l’essentiel, les choses concrètes, devraient être débattues, le lendemain à Paris, entre les Premiers ministres des deux pays et leurs délégations respectives.
La visite en Algérie d’Emmanuel Macron sera ponctuée de rencontres avec les hauts responsables algériens et d’une virée pédestre au centre-ville, avant de reprendre l’avion pour le Qatar. Une conférence de presse est prévue dans l’après-midi. Même si le ton a été donné, bien avant son arrivée à Alger, concernant la lancinante question de la mémoire, il est fort probable que le président français saisira cette occasion pour clarifier sa position sur cette question et d’autres notamment internationales où les deux pays divergent. Paris n’a jamais fait mystère de son soutien au Maroc dans l’affaire du Sahara occidental et fait tout, au sein de l’ONU, pour défendre les thèses marocaines. Le dernier sommet Union africaine-Union européenne, tenu à Abidjan, en est la parfaite illustration.
Au Sahel, l’intervention armée de la France, notamment au nord du Mali, n’est pas du goût des autorités algériennes qui maintiennent leur refus de toute ingérence étrangère et continuent à privilégier les solutions politiques aux conflits internes. Pour Alger, cette intervention constitue un parasitage, pour ne pas dire un sabotage, des accords d’Alger, conclus après de longues et âpres rounds de négociations entre les belligérants maliens.
En Libye, le président Macron tente de se démarquer de l’attitude de ses prédécesseurs, en reconnaissant l’erreur commise par son pays dans ce conflit.
Reste le reste, c’est-à-dire l’économie et le commerce, mais aussi la question de la circulation des personnes et les accords de 1968 que les autorités françaises voudraient revoir. Ce sera le sujet de la réunion de jeudi à Paris, qui balisera le terrain aux travaux de la commission mixte.
Mais, dores et déjà, force est de constater que la France se montre inquiète de l’érosion de sa position commerciale avec l’Algérie, elle, qui a perdu beaucoup de terrain devant la Chine. D’ailleurs, hasard du calendrier ? Les Chinois viennent d’octroyer une aide de 30 millions de dollars. Cette inquiétude devrait aller grandissant, notamment en raison de la crise financière qui frappe l’Algérie et qui l’oblige à recourir à une réduction drastique de ses importations.
Les Français peuvent, certes, arguer de leur forte présence en matière d’investissements, mais cela reste insuffisant aux yeux d’Alger, qui voudrait voir les entreprises françaises plus impliquées dans l’effort de développement économique de l’Algérie.
Les deux pays entretiennent des relations, pour le moins, compliquées, en témoignent les hésitations dans la concrétisation des projets économiques, à l’image des usines Renault et Peugeot, mais aussi le projet de Total. La rencontre de ce jeudi à Paris devrait en débattre pour que les deux pays parviennent à dépasser les méfiances mutuelles et bâtir une relation durable, bénéfique aux deux parties, dans un climat apaisé.