Par Nadir Kadi
A peine quatre jours après que lesdits « redresseurs » du Parti des Travailleurs (PT) aient prononcé la destitution de la secrétaire générale du Parti Louisa Hanoune, cette dernière ainsi que le Bureau politique du parti ont « contre-attaqué », hier, en se soumettant au « vote révocatoire » du Comité central du PT réuni en urgence à Alger, physiquement ou par procuration. Le vote à main levée a abouti au renouvellement « à l’unanimité » de la confiance accordée par le Comité central au Bureau politique et à la secrétaire générale Louisa Hanoune. « Vote révocatoire » par ailleurs présenté comme une « action démocratique », une première du genre à être organisée « par le parti et en Algérie », la démarche peut toutefois apparaître comme disproportionnée face à une « tentative de putsch », qualifiée Mme Hanoune elle-même de « totalement externe » au parti et « sans danger » pour le PT.
Le mouvement dit des « redresseurs » avait, pour rappel, réuni, samedi dernier, une centaine de personnes dont des anciens militants du PT à l’hôtel Mazafran ; leur principale déclaration avait été la « révocation » de la secrétaire générale du PT et la nomination à ce poste et par « intérim » de l’ex-député du PT de Skikda Mounir Nasri.
« Renouvellement de confiance » qui vient ainsi conforter la position de Louisa Hanoune, qui déclarait, hier à l’issue du vote à l’unanimité et sans aucune abstention, « c’est un jour historique dans la vie du Parti et pour le processus démocratique en Algérie ». La responsable, dans un discours très politique, souligne par ailleurs que cela conforte les dernières décisions du PT et notamment, comprend-on, celle de ne « pas prendre part » à la prochaine élection législative du 12 juin. « C’est un nouveau départ vers le déploiement et la multiplication des actions du Parti dans le contexte du processus révolutionnaire (…) Je rappelle que sa principale revendication est le départ du système pour que le peuple algérien exerce sa souveraineté entière ». Mettant par ailleurs en garde les militants et membres du PT quant aux « prochains développements », Louisa Hanoune ajoute à propos du mouvement des « redresseurs » : « Les exécutants ne sont pas importants, le plus important est de savoir qui a commandité cette opération (…) S’il s’agit de forces centrifuges qui complotent de l’intérieur des institutions, cela voudrait dire que le pays est vraiment en danger. » La responsable du PT, qui avait implicitement lié l’émergence du mouvement des « redresseurs » à une volonté de vengeance, suite à son refus de participer aux législatives, conclut : « Que les organisateurs et les exécutants sachent qu’ils n’arriveront pas à affaiblir le PT, ils ne nous feront pas détourner les yeux des priorités du moment. Elles sont économiques, sociales et politiques. »
Plus tôt dans la journée, Mme Hanoune avait également lu une déclaration du Comité central (CC) du PT qui rappelait sa légitimité à organiser ce « vote révocatoire », en expliquant que le CC du PT est issu du « congrès du Parti tenu en décembre 2018, et dont les travaux ont reçu la conformité du ministère de l’Intérieur ». L’objectif de la démarche pour le Comité central du PT serait ainsi de clarifier la situation : « Le Comité central se prononce pour ou contre la continuation du mandat de la secrétaire générale et du mandat du Bureau politique, qui reste le seul habilité à mandater un secrétariat général permanent (…) Par ce vote, le Comité central réaffirme sa volonté de faire face et d’avorter toutes les tentatives qui, sur le terrain de la décomposition, visent à transformer le parti en un marchepied pour les opportunistes et arrivistes de tout bord en quête de privilèges et d’ascension sociale sur le terrain de la corruption politique et de la destruction du multipartisme ».
Quant aux suites juridiques, notamment contre l’utilisation par le mouvement dit des « redresseurs » du « nom et du slogan du PT », le comité central du PT a autorisé hier « les instances exécutives du parti à user de toutes les voies administratives légales, juridiques et politiques, dont le recours à la justice contre les organisateurs et les exécuteurs de cette tentative d’appropriation du parti », contre « ces personnes qui usurpent le titre de militants ou de dirigeant du PT alors qu’ils n’en font pas partie ».