Par Hamid Bellagha
A peine nommé à la tête du ministère de l’Industrie pharmaceutique que Ali Aoun a repris l’exercice qu’il appréciait le plus du temps où il était le boss de Saidal : le terrain.
Sur place, et à travers plusieurs tournées déjà, il a dressé le constat redouté, celui d’une machine de production de médicaments performante mais totalement putréfiée. Aussi bien à Constantine qu’à Médéa, Aoun a dressé un tableau sombre des performances de son «bébé», Saidal. Celle qui fut le fleuron de l’industrie pharmaceutique n’est plus, apparemment, que l’ombre d’elle-même.
L’unité de Constantine, qui devait produire de l’insuline en quantités suffisantes pour la consommation interne et aussi l’exportation, fait du sur place et a même reculé.
Connu pour ne pas avoir sa langue dans sa besace, Aoun a de suite qualifié les investissements dans l’insuline comme étant du «pipeau».
Il n’a pas non plus hésité à traiter un laboratoire étranger, sans le nommer, celui-là même qui devait investir dans la production locale d’insuline, et qui détient pratiquement à lui seul l’exclusivité du marché algérien, de «cannibale».
Ce laboratoire connu de tous n’étant pas le seul à squatter le marché algérien par un monopole qui ne dit pas son nom, n’est malheureusement pas le seul à opérer en barbouze à Alger. Ces mêmes laboratoires sont aussi les bloquants du développement réel de l’industrie pharmaceutique algérienne et n’hésitent pas à recourir à des méthodes peu orthodoxes pour protéger leurs acquis. Et Aoun en sait quelque chose du temps où il était le PDG de Saidal.
C’est pourquoi, fort de son expérience et de ses connaissances des lieux, le ministre de l’Industrie pharmaceutique table sur Saidal pour reprendre possession des médicaments contre le diabète.
A Constantine, le message n’a pas été sibyllin, mais plutôt clair et sans équivoque. Saidal, malgré les coups de frein imposés depuis des années, a toujours les moyens et le savoir-faire pour produire de l’insuline sous toutes ses formes, et même celle du stylo injectable.
Il suffirait de quelques ajustements et la machine Saidal reprendra ses droits et pourra faire économiser à l’Etat des millions de Dollars sur un médicament que l’on peut produire à souhait localement.
«C’est possible» et «dans les meilleurs délais» auront été les maîtres- mots d’un Ali Aoun intransigeant, qui, en fin de compte, ne fait que revenir à la maison.