A travers le temps, le football a souvent tourné autour des chiffres. Des records qui tombent, des comparaisons qui sont établies avec divers avis. C’est ce qui arrive avec Islam Slimani et Abdelhafid Tasfaout, au moment où le premier nommé se retrouve très proche d’égaler la marque historique de 36 buts établies par le second. Une référence qui a résisté pendant 10 ans.

Par Mohamed Touileb
On pensait que le record allait résister longtemps. Mais Islam Slimani est venu tout chambouler. Auteur d’un quadruplé, jeudi soir, contre le Djibouti (succès 8-0), l’avant-centre est revenu à une longueur du record d’Abdelhafid Tasfaout (36 pions). Toutefois, ces stat’ sont liées à des paramètres divers avec deux footballeurs qui ont évolué à des époques et -surtout- postes différents.
Avant tout, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’enlever le mérite de l’un ou de l’autre tant l’exploit reste remarquable dans tous les cas de figures. Mais il y a certains détails importants qui font pencher la balance d’un côté ou de l’autre selon le critère en question.

Milieu offensif VS attaquant
Contrairement à Slimani, qui est un avant-centre de métier, Tasfaout était plus un milieu offensif qui joue derrière les attaquants. Naturellement, c’est le premier nommé qui se retrouve plus proche du but avec une éventualité plus élevée de scorer lors des matchs qu’un joueur qui évolue, la plupart du temps, en dehors de la surface avec un gabarit (1m71) nettement moins favorable que celui de « SuperSlim » et son 1m88.
Un avantage pour le jeu aérien qui a permis au Gone de marquer 11 fois de la tête (18 du droit et 7 du gauche). Toutefois, même s’il est plus dans le registre de finition, on peut noter que le Lyonnais compte 20 passes décisives (2e meilleur passeur de l’histoire derrière Mahrez avec 27 offrandes) à son actif contre 11 unités pour l’Oranais.

Tasfaout a évolué dans un environnement « hostile »
Cette dernière stat’ nous pousse inévitablement à parler du contexte sportif dans lequel les deux Fennecs ont évolué. Il faut savoir que Slimani est tombé dans une période faste comparé à Tasfaout. Il est plus évident de performer dans une équipe qui se retrouve dans une bonne dynamique et quand on est entouré par des joueurs de la trempe de Mahrez, Belaïli et autres.
Depuis 2013-14, l’EN a été prolifique sur le plan offensif. Et Slimani a pu tirer profit de cette courbe positive en augmentant son « capital buts ». Quant à Tasfaout, il a été international entre 1991 et 2002. Une ère durant laquelle « El-Khadra » avait grandement perdu de sa verdure avec des contre performances à la pelle. Il y avait aussi cette décennie noire avec tout ce qu’elle renfermait comme craintes, crise économique et la trésorerie quasi-vide de la FAF. Les internationaux payaient même de leurs proches les billets pour venir en stage à Alger. Pour ceux qui prenaient la peine de répondre à l’appel bien évidemment. Malgré cela, le meneur de jeu a pu faire mouche à 36 reprises. Ce qui rend son accomplissement moins évident avec un coefficient de difficulté plus élevé compte tenu de l’environnement.

, légère avance dans le ratio
Par ailleurs, pour départager les deux Verts de manière équitable, on peut penser au rapport buts marqués/matchs joués. Et niveau ratio, c’est Slimani qui a une légère avance avec ses 0,47 but/match contre 0,45 but/match pour Tasfaout. Un seul international Dz fait mieux que le tandem. Il s’agit de Baghdad Bounedjah qui tourne à 0,49 but/match.
En outre, pour atteindre ses chiffres, l’ex-pensionnaire de Leicester City a eu besoin de 9 ans d’activité avec l’équipe nationale alors que Tasfaout a réalisé son total sur 11 ans. Il avait aussi débuté plus jeune au niveau international (22 ans et 4 jours) et Slimani (23 ans, 11 mois et 8 jours). La précocité est à mettre à l’actif du plus ancien qui a honoré 85 apparitions avec la tunique algérienne contre 75 pour son jeune « rival » dans le classement.

Des buts cruciaux et mémorables pour « Super Slim »
Au-delà de l’aspect numérique, on peut aussi évoquer l’importance des réalisations. Et il faut dire qu’à ce niveau, Slimani a marqué les esprits en qualifiant -notamment- l’Algérie au second tour de la Coupe du monde pour la première fois de son histoire. Qui ne se rappelle pas de ce coup de tête rageur contre la Russie au Brésil en 2014 ?
Il y a aussi ses 2 buts en Tanzanie, en novembre 2015, qui ont grandement évité à la troupe de Christian Gourcuff, sélectionneur de l’époque, de revenir à Alger avec un nul (2-2) après avoir vu l’adversaire breaker. Même si lui et ses coéquipiers se sont imposés 7 buts à 0 au match retour, dans le dernier tour préliminaire, avant les éliminatoires du Mondial 2018, il faut dire que la rencontre aurait pu être différente si les Tanzaniens étaient venus en Algérie avec un avantage de 2 buts.

Tasfaout marque le pas à la CAN
En outre, on peut comparer les réalisations des deux joueurs en matchs officiels. Tasfaout en compte 28 contre 29 pour Slimani qui a fait trembler les filets 4 fois en 4 Coupes d’Afrique des nations jouées, alors qu’Abdelhafid a trouvé la faille à deux reprises seulement en autant d’éditions. On mentionne aussi que ce dernier n’a jamais disputé de Coupe du monde alors que celui qui joue à l’Olympique lyonnais, pour la seconde année de suite, a même marqué lors de la messe planétaire par 2 occasions en plus d’avoir gagné une CAN. Quand on rassemble tous ces éléments pour faire la somme, on peut conclure que le fait qu’Islam soit près de détrôner Tasfaout est un véritable exploit devenu possible grâce à l’abnégation et l’omniprésence du natif d’Aïn Benian dans certains moments clés et historiques. Slimani est peut-être moins esthétique, mais ses impacts et apports sont à ranger dans la case du fantastique. Cependant, nombreux seraient ceux qui pensent que Tasfaout aurait fait mieux s’il avait exercé dans une atmosphère moins pesante qu’à son époque. Ce qui serait parfaitement compréhensible. Même si cela relève de l’achronie. n