Le Conseil de la monnaie et du Crédit (CMC) semble faire bouger les lignes dans le système bancaire, en essayant d’y donner plus de crédits. Réuni récemment, en session ordinaire, le CMC a revu le mode d’indemnisation des épargnants ainsi que les modalités de fonctionnement du fonds d’indemnisation.

Ainsi, l’indemnisation, par déposant, initialement fixée à 600 000 DA, est portée à 2 millions de dinars. Le fonds d’indemnisation des épargnants remet en fait en mémoire des souvenirs relativement lointains en lien avec l’affaire Khalifa Bank. A l’époque, les épargnants, qui s’étaient fait flouer et qui avaient perdu leur argent, n’avaient eu droit qu’à 600 000 DA d’indemnisation par épargnant. L’affaire Kalifa Bank, ajoutée à celle de l’Union Bank, a sérieusement entamé l’élan de création de banques privées ainsi que la crédibilité des banques de manière générale.
Les bourrasques qui avaient bouleversé la banque privée avaient ainsi rendu peu crédible tout projet, fut-il clean, de création d’une enseigne financière privée. Il s’agit là d’une tare dans le système d’ouverture économique algérien mise en exergue d’ailleurs dans les différents rapports établis par les institutions financières internationales, qui soulignaient, à l’époque, la nécessité de permettre l’émergence de banques privées modernes au service du financement de l’économie nationale. La réalité aujourd’hui est qu’il y a un groupe de banques privées mais à capitaux étrangers, au réseau d’agences limitées et qui financent le commerce extérieur. Ces banques-là opèrent dans un marché qui leur est acquis, sans avoir à gérer une éventuelle concurrence qu’aura créé la banque privée à capitaux locaux. L’empire Khalifa monté en 1998, à la faveur de la libéralisation du système bancaire, comprenant une banque, une compagnie aérienne, des chaînes de télévision, avec au total de 22 000 salariés, dont plus de 400 en France seulement, avait fait parler du secteur bancaire algérien.
Non pas pour le glorifier mais pour l’entamer réellement. Cela est d’autant plus vrai que le scandale Khalifa a provoqué sept milliards de dollars de dommages causés à l’économie nationale. Khalifa Bank gérait les intérêts de petits actionnaires privés et d’institutionnels. Le tout sous la coupe d’un jeune boulimique qui découvrait le monde des affaires. Khalifa Bank illustre parfaitement la débâcle du capital privé dans le domaine bancaire. Depuis, le système bancaire est sorti de l’impasse. Mais, il a encore du mal à mobiliser l’épargne, enlisé dans la méfiance et les préjugés.
Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque centrale, le déplore souvent, ne souhaitant pas que les banques se laissent aller à une fausse orthodoxie financière, la frontière entre la collecte des ressources et le blanchiment étant établie. En effet, la Banque d’Algérie a mis, à travers une récente instruction adressée aux banques de la place, une frontière « imperméable » entre la collecte des ressources, qui devrait être l’objectif essentiel des banques, et le renseignement financier qui doit être du ressort exclusif des instances concernées et non pas une prérogative des banques. Ainsi, la Banque centrale s’est récemment concertée avec les P-DG des banques et a promulgué une instruction qui devrait libérer les banques de cette contrainte. Cette instruction invite les banques, qui sont même passées à interroger leurs clients sur l’origine des fonds et l’objet de leurs opérations, à se focaliser sur la collecte de l’épargne.