Le communiqué rendu public à l’issue du Conseil des ministres traduit une importante avancée dans le mode de gouvernance du pays, à savoir la consécration du principe de redevabilité dans l’exercice des hautes fonctions de l’Etat. Il s’agira en premier lieu d’appliquer ce principe aux ministres du gouvernement Djerad. En effet, le Président de la République a averti le nouveau gouvernement en ce sens : « Dans l’exercice quotidien des obligations de votre charge, vous devez toujours garder à l’esprit l’impératif de leur concrétisation (ndlr, la réalisation des objectifs de l’Exécutif, notamment le redressement économique, social et culturel du pays). Je tiens également à souligner que désormais l’exercice des missions et attributions sera évalué et apprécié à l’aune de la responsabilité et de la redevabilité, en tenant compte essentiellement du niveau de prise en charge réelle des besoins et préoccupations exprimés par les citoyens, en général, et par les opérateurs économiques et sociaux, en particulier ». En un mot, cette instruction qui ne dit pas son nom veut dire, de façon générale, que les hauts responsables devront désormais rendre des comptes aux citoyens. Si ce principe est appliqué, ce changement dans le mode de gouvernance du pays constituera une rupture avec les pratiques du passé, à savoir que les gouvernants étaient beaucoup plus préoccupés par des intérêts claniques ou mercantiles que d’être au service de la population ou des contribuables. Comment va s’exercer ce principe de redevabilité ? Soufiane Djilali a relevé, lors de l’émission «l’invité de la Rédaction» de la Chaîne III, un pan de voile des intentions du Président de la République sur la question. Il a affirmé avoir interpellé le chef de l’Etat sur ce point lorsqu’il avait été reçu récemment par le premier magistrat du pays dans le cadre de la révision constitutionnelle. Soufiane Djilali a proposé en ce sens l’évaluation périodique des actions du gouvernement par le Parlement. Comment ? Par des séances périodiques d’audition des ministres et d’évaluation de leurs résultats sur le terrain au cours de l’année. Le Président de la République, selon Soufiane Djilali, s’est dit favorable à cette proposition. Il est allé plus loin : « Je voudrais que ces séances soient publiques », rapporte-t-il. Autrement dit, rapportées via les médias publics et privés.
Le communiqué du Conseil des ministres dans cette optique esquisse le mode de gouvernance Tebboune. En effet, le chef de l’Etat a donné ses orientations concernant le plan d’action du gouvernement. Il a appelé à accélérer l’élaboration du plan d’actions en veillant à assurer la cohérence d’ensemble. Abdelmadjid Tebboune a insisté, en outre, sur l’impératif de hiérarchiser les priorités en fonction de nos capacités financières et matérielles, en établissant un calendrier précis de mise en oeuvre, de veiller à la concrétisation de l’ensemble des engagements pris, afin de rétablir la confiance de notre peuple envers ses dirigeants, en privilégiant pour cela une démarche pragmatique, fondée sur la concertation, la franchise, la transparence et la rigueur et orientée exclusivement vers la réalisation de l’intérêt général. Ainsi, les maîtres mots de cette nouvelle gouvernance sont redevabilité, transparence, restauration de la confiance. Le chef de l’Etat a ajouté en ce sens : « C’est de la concrétisation de nos engagements que dépend le recouvrement de la confiance du citoyen dans ses institutions, son adhésion aux actions et sa contribution pleine et sincère à la réalisation de nos programmes de développement ».
Ainsi, si on suit un tel discours, le plan d’action du gouvernement comportera une hiérarchisation des priorités et surtout la fixation des échéances. Ce qui nous semble important, quand on sait que les plans d’action des gouvernements précédents se limitaient à des généralités et ne présentaient pas d’échéances précises. La question essentielle est de savoir si ces intentions positives seront traduites sur le terrain. Les citoyens habitués aux discours sans lendemain sur le terrain ne seront convaincus d’un changement dans le mode de gouvernance que s’ils voient ces intentions, ces engagements et ces promesses transformés en réalisations perceptibles par chaque Algérien. En un mot, quand ils verront les hauts responsables rendre réellement des comptes à la population.n