Le Secrétaire d’Etat américain chargé de la Défense est attendu, aujourd’hui, à Tunis pour une tournée maghrébine qu’il achèvera vendredi prochain après une halte dans notre pays, demain jeudi. L’arrivée de Mark Esper dans la région, et en Algérie en particulier, intervient quelques jours aaprès la visite remarquée à Alger du chef des Forces armées américaines en Afrique, Africom, le général d’armée Stephen J. Towsend, le 23 septembre dernier.

Les deux déplacements sont donc fortement liés, le premier semble avoir été programmé en préparation du second, et sont ensemble annonciateurs de développements nouveaux quant à la vision du Pentagone sur la stratégie à suivre en ce qui concerne les questions de défense et de sécurité. L’Algérie est un «partenaire fiable et très fort», elle peut jouer «un rôle très important pour assurer la sécurité et la paix dans toute la région», a déclaré le chef d’Africom.
Cela signifierait qu’il pourrait y avoir de la part des Etats-Unis une demande d’une plus grande coopération, déjà considérée comme «bonne», dans le domaine de l’antiterrorisme et l’échange d’informations sur les activités des groupes armés qui opèrent dans la bande sahélo-sahélienne, et jusqu’en Afrique de l’Ouest. Cela voudrait dire aussi qu’il peut y avoir de la part de la Maison-Blanche et de ses stratèges d’Arlington d’autres sollicitations que le chef du Pentagone pourrait évoquer demain à Alger à propos de la Libye, où Washington dit observer une «présence russe» dérangeante depuis mai dernier, au moins avec l’accusation de déploiement d’avions de chasse au profit du camp de Khalifa Haftar ; ou même en ce qui concerne, à moyen et long termes, la décision algérienne d’inscrire dans la prochaine révision constitutionnelle la possibilité pour nos forces armées de se projeter en Opex (opérations extérieures) et derrière nos murs pour des missions d’interposition et de maintien de la paix.
Si cette perspective intéresse de nombreux pays partenaires, ou intéressés par l’Algérie, notamment en Europe, il est fort évident qu’elle concerne aussi les Etats-Unis, partenaire clé pour les questions de défense et de sécurité depuis plusieurs décennies déjà et avec lequel les relations se sont raffermies au tournant de la décennie 2000 et des développements au Sahel. Le choix de Mark Esper de faire sa tournée maintenant est en tout cas un signe de nouvel engagement de son pays en Afrique, continent où il se rend pour la première fois avec cette tournée nord-africaine après s’être illustré durant tout son mandat pour son intérêt pour l’Europe de l’Est et l’Asie et la mer méridionale de Chine, au Maghreb d’une manière générale, et pour renforcer sa coopération avec l’Algérie de manière particulière.
Depuis quinze ans, et la visite de Donald Rumsfeld (administration de George W. Bush) en février 2006, M. Esper est le premier ministre américain de la Défense à se rendre en Algérie, qualifiée d’allié «majeur». Mark Esper, qui sera reçu par le Président de la République et chef des Armées, Abdelmadjid Tebboune, entend «approfondir la coopération avec l’Algérie sur des questions clés de sécurité régionale, comme la menace posée par les groupes extrémistes», a indiqué une source militaire américaine à l’AFP.
Pour certains observateurs, une telle déclaration signale une continuité et peut-être un «saut qualitatif» dans la relation de défense et de sécurité entre Alger et Washington. La visite nord-africaine et algérienne de Mark Esper permettra peut-être de voir plus clair, notamment sur la position des Etats-Unis vis-à-vis de sa présence militaire en Afrique et au Sahel en particulier. Début 2020, en perspective de mieux concurrencer la Chine et la Russie, selon un rapport récent de ses services, le Pentagone a annoncé un ajustement de ses forces en Afrique avec le rapatriement d’une unité de combat remplacée par des «instructeurs» chargés de la formation. Quelque 6 000 militaires américains sont actuellement déployés en Afrique dont plus d’un millier dans la zone du Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie.<