Le voile se lève de plus en plus sur la motivation réelle de la position de rejet, exprimée par les partis islamistes, sur la mouture de la future Constitution qui sera soumise à référendum le 1er novembre et dont la campagne sera lancée le 7 octobre prochain.

En effet, si l’annonce par le Mouvement de la société pour la paix (MSP), samedi dernier, de l’option de voter «non», que son conseil consultatif a retenue pour cette échéance référendaire, invitait les observateurs de la scène politique à s’interroger sur les véritables raisons d’une telle position, la dernière sortie de son président a apporté des indications qui ne trompent pas.
«Nous avons décidé de participer à ce référendum pour marquer notre opposition à ce courant laïc dominant qui décide contre la majorité écrasante du peuple», a déclaré lundi, Abderezak Makri, dans un point de presse programmé spécialement pour expliciter la position du MSP sur la mouture de la future Constitution.
Visiblement obsédé par ce qu’il désigne de courant laïc et abordant la loi fondamentale comme s’il s’agissait d’un programme partisan, le chef du MSP a fini, dans son oral, par lâcher ce qui semble l’agacer le plus, à savoir la sanctuarisation de la langue amazighe énoncée par la mouture du comité Laraba approuvée par le Parlement.
M. Makri a fait part, par la même occasion, de son désappointement de «l’immuabilité» de l’article portant sur le caractère national et officiel de la langue amazighe. Sur sa lancée, il a soutenu que sa formation politique n’est pas contre la promotion de la langue amazighe, mais à la condition, dira-t-il, de la véhiculer dans la transcription arabe. Dans son argumentaire, Makri a cité aussi l’article 51 de la Constitution qui «consacre la liberté de culte, mais qui interdit à la mosquée d’accomplir ses missions de sensibilisation». Il a cité également les articles 40 et 71 qui révèlent, reprochera-t-il, «la vision idéologique laïque» des concepteurs du texte, raison pour laquelle, il a appelé à «se dresser contre ce projet» qui accorde «la part belle au courant laïc qui n’a aucune chance dans la démocratie ou encore dans une quelconque compétition électorale». On l’aura ainsi compris, Makri, qui prend ses émotions pour des réalités politiques, attribue à la mouture de la Constitution une couleur qu’elle n’a pas. Pire, il prend le texte comme un lieu d’affrontement entre idéologies et dans lequel le courant islamiste serait perdant, alors que les enjeux ne peuvent être réduits à ces luttes que d’aucuns qualifient d’arrière-gardes.
D’ailleurs, c’est cette obsession à ramener le débat politique sur le terrain dogmatique qui semble pousser Makri à ne plus mettre en avant sa revendication portant l’obligation que le Premier ministre émane de la majorité parlementaire. Même l’option retenue par les constitutionalistes, à savoir un Premier ministre choisi par le Président quand il y a une majorité présidentielle et un chef de gouvernement quand il y a une majorité parlementaire, n’est plus une revendication prioritaire chez le MSP.
A la présentation, mi-juillet, des propositions qu’il avait formulées à l’adresse de la Présidence, Makri a indiqué que «ce projet écarte la majorité de la gouvernance, estimant que le fait que le chef de gouvernement ne soit pas issu de la majorité contredit le sens de la démocratie représentative et d’ajouter que sa désignation devait incarner les deux légitimités, parlementaire et présidentielle».
Pour l’heure, le MSP s’accorde une autre priorité, celle de «combattre» le courant laïc dans la Constitution que les prétendus représentants de ce courant n’approuvent pas.