La nouvelle sortie sur le terrain du général de corps d’armée Gaïd Salah, à partir d’aujourd’hui, en visite de travail et d’inspection dans la 5e Région militaire, à Constantine, sera particulièrement scrutée. Les Algériens sont plus que jamais en attente de nouvelles décisions qui feront débloquer une situation qui a tendance à s’éterniser.

Les manifestations de vendredi dernier auront vu une poursuite des exigences répétées des Algériens pour un changement profond du système politique. Il y a eu même des slogans reprochant à Gaïd Salah de ne pas écouter assez la volonté du peuple et d’autres exprimant quasiment leur déception envers le premier responsable de l’Armée. Pour le 10e vendredi consécutif, les Algériens sont sortis dans la rue à Alger et dans les grandes villes pour exprimer, encore une fois, la volonté de voir le départ de certains responsables toujours en poste. Il est toujours attendu de l’Armée d’accompagner le mouvement populaire massif, afin de pousser à la sortie certaines personnalités assimilées à « l’ancien système ». Et dans une seconde phase, garantir une élection présidentielle dans des conditions de transparence et de régularité. La convocation depuis des semaines des différentes affaires de justice, mettant en cause des personnalités bien en vue durant le règne de Bouteflika, occupent pour l’heure l’opinion, étonnée de voir des pontes du système déférés devant les tribunaux. Le déferlement des affaires avec des noms qui ne laissent guère indifférents semble aller plus vite qu’une solution rapide à la crise politique, espérée par la majorité des Algériens. La question de l’intérim de Abdelkader Bensalah semble toujours posée avec acuité et l’élection présidentielle annoncée pour le 4 juillet demeure toujours pour l’heure de l’ordre de l’irréalisable. Le mouvement de contestation, enclenché depuis un certain 22 février, est toujours en vigueur et les partis politiques dits de l’opposition toujours dans l’incapacité d’introduire un plan d’action effectif, probablement par peur de se voir exclure par un mouvement emporté par le « dégagisme ».

Rituel politique
Les discours du chef d’état-major sont désormais devenus de véritables serments politiques, dans lesquels les Algériens cherchent les décisions engageant l’avenir de leur pays. Depuis, notamment la démission de Abdelaziz Bouteflika, la Présidence de toute évidence, ainsi que les autres institutions du pays, le Parlement, le Sénat et le Conseil constitutionnel, ont été comme désactivées. Les Algériens n’écoutent avec sérieux que ce qui émane des Tagarins, convaincus que c’est de là que viendraient les décisions décisives qui pourraient les intéresser pour l’avenir d’une crise qui engage toute la nation. Les sorties sur le terrain de Gaïd Salah sont devenues de véritables rituels politiques, durant lesquels les phrases consacrées à la crise politique sont attendues. Et font désormais les unes des journaux suscitant débats et controverses. Pour rappel, mardi dernier, Gaïd Salah avait fait un discours qui a été considéré comme dur puisque fermant totalement le jeu à une possibilité de sortie en dehors de l’article 102. Le lendemain, probablement face à la réaction de mécontentement suscitée, un autre texte, moins tranché, et laissant de nouveau des portes d’ouverture est prononcé. Un réajustement politique évident qui confirme, si besoin était, la sensibilité de la crise qui agrippe désormais l’Algérie. L’Armée semble décidément vouloir garder un fil avec un mouvement populaire certes, pacifique, mais résolu. L’institution militaire au cœur, plus que jamais, du jeu politique, notamment dans cette crise déterminante pour l’avenir du pays, est appelée à jouer un rôle crucial à l’avenir. Les Algériens semblent conscients que seule cette institution est capable d’imposer un véritable changement pour une Algérie nouvelle. A travers le canal de l’actuelle Constitution ou par le biais d’une transition négociée.