Le général de corps d’Armée a «armé» hier le discours des autorités du pays contre la monarchie marocaine qu’il a accusé de fomenter des cabales contre la sécurité et la stabilité de l’Algérie. Le chef d’état-major de l’ANP, qui s’est exprimé sur le lourd contentieux qui oppose Alger à Rabat au siège de la 2e région militaire, quelques heures après la visite du chef de l’Africom dans notre pays, semble avoir accompagné sa mise en garde par un message d’intransigeance en direction des partenaires internationaux, notamment ceux supposés en quête de médiation entre les deux capitales maghrébines.

Par Lyes Sakhi
Le chef de l’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Saïd Chanegriha, a désigné hier le régime marocain comme la source d’«actes hostiles» et de «provocations» visant à porter atteinte à la stabilité de l’Algérie. Il a tenu vis-à-vis du «Makhzen» un discours tantôt accusateur tantôt d’avertissement contre ses «conspirations» et ses «campagnes de propagande subversives». Ses mots ne sont pas nouveaux, mais ils sont prononcés cette fois au siège de la 2e région militaire à Oran dont dépend la sécurisation d’une partie importance du tracé frontalier avec le Maroc. Ils sont prononcés quelques heures après la visite du chef de l’Africom, le général d’Armée US Stephen Towsend ; signe probable d’un message en direction des Etats-Unis et d’autres partenaires internationaux concernés par la sécurité dans la région Afrique du Nord-Sahel ou en quête de médiation entre Alger et Rabat. Ils sont surtout couverts d’un «habit» et d’un langage militaire sans détour et dont le sens est à interpréter en fonction de la détérioration grave de ce qui subsistait il n’y a pas longtemps du bilatéral Alger-Rabat.
Evoquant l’«homme algérien vaillant» qui sait faire face aux «défis redoutables» du passé et du présent, «en faisant preuve de la même détermination à préserver son indépendance et sa décision souveraine», Saïd Chanegriha a accusé le Maroc d’être un «régime expansionniste», allusion sans doute à sa domination du Sahara occidental, un dossier inscrit par les Nations unies au registre des territoires non autonomes et éligibles au processus d’autodétermination, et d’être «allé trop loin dans les campagnes de propagande subversives».
«Parce que l’attachement de l’Algérie à ses principes et sa détermination à ne guère en dévier dérangent le régime du Makhzen et entravent la concrétisation de ses plans douteux dans la région, ce régime expansionniste est allé trop loin dans les conspirations et les campagnes de propagande subversives, visant à réduire le rôle de l’Algérie dans la région», a chargé le chef d’état-major de l’armée. Saïd Chanegriha a incriminé la monarchie marocaine de vouloir affaiblir l’Algérie en «épuisant ses capacités, entraver son processus de développement» et en tentant de «porter atteinte à l’unité de son peuple, en semant la discorde et la division en son sein». Son intervention, hier au siège de la 2e région militaire, représente selon les observateurs le point d’orgue du regain de tension observé avec le Maroc.

«Plans douteux dans la région»
L’acte 1 de cette contention a été la rupture par l’Algérie de ses relations diplomatiques avec le Maroc, le 24 août 2021, en raison «d’actions hostiles» du royaume à l’égard du pays, avait expliqué le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra, «l’histoire avait montré que le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de mener des actions hostiles à l’encontre de l’Algérie», avait déclaré le ministre des Affaires étrangères. Au cœur de l’argumentaire qu’il avait développé, le soutien du Palais aux séparatistes du MAK en Kabylie et la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. «La provocation marocaine a atteint son paroxysme lorsqu’un délégué du Maroc aux Nations unies a appelé à l’indépendance du peuple de la région de Kabylie», avait constaté Ramtane Lamamra, une démarche qu’il a qualifiée de «dangereuse et irresponsable». Alger avait également fustigé des propos du chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, qui avait exprimé, lors d’une visite officielle le 12 août à Casablanca, ses «inquiétudes au sujet du rôle joué par l’Algérie dans la région, son rapprochement avec l’Iran et la campagne qu’elle a menée contre l’admission d’Israël en tant que membre observateur de l’Union africaine (UA)». «Des accusations insensées et des menaces à peine voilées», avait jugé le ministre des Affaires étrangères algérien. L’acte 2 a été la décision de l’Algérie de fermer, le 24 septembre 2021, un mois jour pour jour après la rupture des relations diplomatiques, son ciel aux aéronefs marocains. Dans un communiqué, la présidence algérienne avait décrété la fermeture «immédiate» de l’espace aérien algérien «à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu’aux aéronefs qui portent un numéro d’immatriculation marocain». La décision avait été prise lors d’une réunion du Haut Conseil de sécurité (HCS) «au regard de la poursuite des provocations et pratiques hostiles du côté marocain». Allusion à la collusion Rabat-MAK, «les ennemis ont (…) trouvé en certains faibles d’esprits et traitres à la Nation, instrumentalisés et recrutés comme agents, le moyen de parvenir à leurs fins, à savoir affaiblir l’Algérie de l’intérieur et lui faire pression pour qu’elle renonce à ses principes immuables, à ses nobles valeurs et aux justes causes de la Nation», a attaqué le général de corps d’armée Saïd Chanegriha. «Leurs actes seront voués à l’échec et ils seront humiliés et acculés, car l’Algérie, qui est entrée dans une ère nouvelle, forte de son armée et de son peuple, est déterminée, plus que jamais (…), à défendre sa souveraineté, son unité nationale et sa décision souveraine», a-t-il mis en garde. L’Algérie est «prête à faire face, avec rigueur et fermeté, à tous les plans sinistres, qui se trament secrètement et ouvertement, visant l’État-Nation et ses symboles», a-t-il averti.