L’initiative prise par le chef de l’Etat de recevoir des responsables de médias nationaux et de répondre à leurs questions, mercredi dernier, traduit sa volonté de créer un lien permanent avec l’opinion nationale et de l’informer des grands dossiers qui occupent son gouvernement. Pour un début, ce fut avant tout un test politique riche en réactions et commentaires des Algériens. L’essai de communication, lui, est à performer !

Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a rencontré, mercredi dernier, des représentants des médias publics et privés, avec lesquels il a abordé plusieurs sujets de l’actualité du pays et les derniers rebondissements dans la région, notamment la situation en Libye.
Première du genre, et qui marque une rupture avec le traitement qu’avait son prédécesseur Bouteflika avec les médias, la rencontre a permis à M. Tebboune de revenir sur des thèmes sensibles de la vie du pays et de livrer des messages de nature à rassurer le citoyen quant à l’horizon du pays. Démarche d’autant plus louable qu’elle ouvre une nouvelle page dans les rapports entre le premier magistrat du pays et les médias, mais qui gagnerait vraisemblablement à bénéficier de l’attelage adéquat avec une telle tribune de communication politique.
Dans le registre politique, c’est l’agenda des réformes, articulé autour de la révision constitutionnelle, qui a été le plus expliqué par le président Tebboune, qui a nié toute ambition de sa part de se tailler «une Constitution sur mesure». «Personnellement, je n’ai pas de Constitution. L’actuelle Constitution a montré ses limites avec la crise en étant incapable d’apporter des solutions aux problèmes de l’Algérie. Il y a des lacunes, mais aussi des clauses incomplètes», a-t-il affirmé, soutenant que «la révision de la Constitution est impérative pour éloigner le spectre des crises à l’avenir».
Pour M. Tebboune, «plus la Constitution est claire, plus elle saura préserver le pays en cas de crise ou de perturbations et empêcher les dirigeants, y compris le président de la République, d’exercer le pouvoir individuellement, et qui a toujours été rejeté depuis l’indépendance». Le président a annoncé, par la même occasion, que les consultations qu’il a engagées avec des personnalités nationales, partis politiques et acteurs associatifs dans le cadre de la révision constitutionnelle «se poursuivront», relevant que «la date de leur clôture n’est pas fixée». Sur le profil de ses interlocuteurs, cette question, qui n’a pas cessé de susciter des appréciations contrastées, il a indiqué que ces concertations «sont menées avec des personnes expérimentées et des personnalités auparavant exclues et ce pour prendre leurs avis». «Il était de mon devoir de rencontrer ces personnalités, de briser la glace entre les Algériens et de prêter écoute aux personnes ayant une expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, désormais de simples citoyens», a souligné M. Tebboune.
Relevant avoir défini «les cadres sous-tendant ce changement, revendiqué par l’ensemble des Algériens qu’ils soient du Hirak ou non», le Président a indiqué que «lorsque la première mouture de la Constitution révisée sera prête, elle sera distribuée à toutes les catégories de la société pour être enrichie». Le comité d’experts peut, selon le chef de l’Etat, «introduire 10, 15, voire 20, clauses, comme elle peut reformuler un article donné en réponse à des revendications de citoyens souhaitant voir le pays immunisé contre certains comportements». Expliquant qu’une fois la mouture finale prête, elle sera présentée aux deux chambres du Parlement pour débat et adoption avant de la soumettre au référendum populaire. Signe de l’importance qu’il accorde à ce chantier, M. Tebboune a estimé que cette «Constitution marquera le début de l’étape fondamentale».
Concernant la loi électorale qui interviendra ensuite, M. Tebboune a annoncé qu’elle «sera une loi rigoureuse qui criminalisera l’utilisation de moyens illégaux, qui empêchera les citoyens d’être sur un pied d’égalité devant les urnes et qui criminalisera également l’utilisation de l’argent sale et d’autres formes de luttes d’influence».
Toujours sur la finalité de réviser la loi électorale, le chef de l’Etat a indiqué qu’il s’agira de donner l’opportunité «aux compétences pour postuler aux Assemblées locales et à l’APN, notamment à la jeune génération, les 25, 30 et jusqu’à 40 ans, une génération intègre qui a un sens élevé du patriotisme et qui nous permettra d’entrer confiants dans l’ère de l’Algérie nouvelle».

Quid des revendications du Hirak ?
Interrogé si les consultations politiques s’inscrivent dans le cadre des revendications du Hirak populaire, le chef de l’Etat a réitéré ses engagements électoraux tout en éludant les mesures d’apaisement de nature à faire baisser la tension dans l’espace public, notamment à l’occasion des manifestations populaires ainsi que la question relative à la libération des détenus d’opinion. Une question qui pèse lourdement sur la gestion des libertés publiques. «Je m’étais engagé, notamment durant la campagne électorale, à poursuivre la satisfaction des revendications du Hirak que j’ai qualifié de béni», a-t-il souligné, déclarant qu’«il y a des revendications qui ont été satisfaites, certaines peuvent trouver des réponses immédiates, mais d’autres ont des horizons politiques». Dans le même registre, il a ajouté s’être «engagé à satisfaire toutes les revendications du Hirak béni, y compris l’amendement de la Constitution et des lois, outre le changement radical des fondements de notre démocratie et l’édification d’une démocratie réelle, la lutte contre l’exclusion, sous toutes ses formes, la lutte contre la corruption et la moralisation de la société».
Sur la situation des médias et l’exercice du métier de journaliste, le chef de l’Etat «a promis la liberté absolue de la presse à la condition du respect des lois de la République et l’éthique professionnelle», s’engageant à combattre «fermement le mensonge et la diffamation».
Evoquant la nécessité de prendre en charge la situation sociale des journalistes, Tebboune a parlé de l’existence dans les médias privés de journalistes qui «perçoivent de maigres salaires et ne bénéficient d’aucune couverture sociale», faisant part de sa détermination «à lutter contre ce phénomène, qu’il soit dans le privé ou le public». Il a aussi désigné du doigt «des journaux à faible tirage ainsi que des chaînes privées, qui ont des biens alors que leurs employés sont dans des situations critiques». S’engageant à «ne pas faire de distinction entre journalistes du public et du privé, tout en leur offrant des cycles de formation», le chef de l’Etat s’est dit prêt à «aider cette corporation autant que possible et encourager la création de clubs de journalistes dans toutes les wilayas du pays».
Par ailleurs, et concernant les institutions du secteur, M. Tebboune a annoncé la relance du rôle de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav), avant la fin de l’année au moment où cet organe peine à faire entendre sa voix et à peser sur le paysage audiovisuel.
Sur cette rencontre avec les responsables de médias, il a affirmé qu’il y aura d’autres de façon «à consacrer cette tradition», estimant que «les médias sont un partenaire essentiel». «En sus de ces rencontres, le porte-parole officiel de la présidence est là pour répondre à vos questions quotidiennement, et même si l’information officielle n’est pas communiquée par le biais de l’APS, elle le sera par le biais du porte-parole et ce, dans le but de barrer la route à toute tentative malveillante», conclut le chef de l’Etat.n