Dans la poursuite des efforts diplomatiques en vue de réunir les conditions favorables pour la tenue des élections en Libye déchirée, depuis 10 ans par une crise politico-sécuritaire, le représentant spécial du SG de l’ONU pour la Libye et chef de la MANUL poursuit sa tournée dans les pays de la région.

PAR NAZIM BRAHIMI
Après avoir été en Tunisie, début décembre dernier, en Libye récemment, Abdoulaye Bathily, a été reçu avant-hier, à Alger, par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avec qui il a abordé notamment l’organisation des élections en Libye maintes fois reportées et surmonter les obstacles qui se dressent sur la voie du retour à l’ordre institutionnel.
Les deux parties ont évoqué « les développements de la situation en Libye et les efforts consentis pour assurer les conditions nécessaires à l’organisation des prochaines échéances électorales », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
M. Lamamra a réitéré à cette occasion, le soutien de l’Algérie « aux efforts de l’ONU » et « sa disponibilité à mettre son expertise à la disposition » des Libyens, notamment en ce qui concerne « la concrétisation de la réconciliation nationale et l’organisation des élections », en Libye.
De son côté, M. Bathily a mis en avant l’intérêt particulier qu’il accordait à la coordination avec les pays voisins de la Libye « en vue d’accélérer le processus de règlement pacifique de la crise », selon la même source.
« L’Algérie s’est engagée depuis toujours pour mettre fin à la crise (en Libye) et aujourd’hui je suis venu pour demander ses avis et ses suggestions sur la manière dont on peut conjuguer les efforts avec les Nations unies et d’autres acteurs internationaux », a affirmé M. Bathily au sortir d’une audience avec M. Lamamra.
Soulignant que la situation en Libye « n’a pas connu d’évolution significative », M. Bathily a fait savoir qu’il était important que « tous ceux qui sont concernés par cette crise, à commencer par les Libyens, s’engagent pour y mettre fin ».
Il a également appelé, dans ce sens, les acteurs internationaux à « parler d’une même voix » et à « appuyer un processus qui ira vers la stabilisation de la Libye » de manière à ce que ce pays du Maghreb « puisse se doter d’institutions légitimes à travers un processus démocratique ».

Surmonter les divergences
Dimanche dernier, M. Lamamra était en Libye où il a eu des entretiens avec les hautes autorités libyennes et pris part à la réunion périodique de concertation des ministres arabes des Affaires étrangères tenue à Tripoli.
A l’issue de cette réunion, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Libye a appelé à un « soutien international accru pour aider la Libye à surmonter la crise qu’elle traverse ».
« J’appelle toutes les parties prenantes à travers le monde, dont les voisins de la Libye, à parler d’une seule voix et à intensifier leur soutien à ce pays pour l’aider à surmonter la crise durable qu’il traverse », a-t-il indiqué sur Twitter, exhortant « toutes les parties libyennes à se réunir et à trouver des moyens de surmonter leurs divergences, afin que la Libye puisse « à nouveau jouer un rôle de premier plan en tant que pays afro-arabe (…) et que membre actif des Nations Unies ».
Et si le représentant onusien semble mesurer la difficulté de sa mission, il ne compte pas moins sur le « désir » des Libyens d’aller vers des élections, synonyme du retour à l’ordre institutionnel puisque la Libye n’a pas organisé les élections générales prévues en décembre 2021 en raison de désaccords entre les parties libyennes au sujet des lois électorales.
« Il y a plus d’un an, 2,8 millions de Libyens se sont inscrits pour voter. Cela atteste du désir et de la détermination du peuple libyen à choisir ses représentants, restaurer la légitimité des institutions nationales et définir une voie vers la stabilité au moyen d’un processus politique démocratique », a-t-il affirmé.
L’envoyé de l’ONU a déclaré qu’il considérait la réunion consultative des ministres arabes des Affaires étrangères comme une « expression de leur solidarité et de leur soutien au peuple libyen dans sa recherche d’un avenir pacifique et prospère ».
A Syrte, où il était en mission le 17 janvier, M. Bathily a mis en avant « l’urgence » de convoquer des élections crédibles et inclusives pour « restaurer la légitimité des institutions libyennes et établir la stabilité nécessaire à la reconstruction de l’État, du tissu social et du pays ».
Il a exhorté également les membres de la Commission militaire mixte libyenne (5+5) à continuer d’œuvrer à l’application de « toutes les dispositions de l’accord de cessez-le-feu », soulignant « l’importance » du volet sécuritaire afin de créer « un environnement politique favorable ».
A noter qu’en plus de la position de l’Algérie constamment favorable à une solution politique, la Turquie a apporté son soutien à la perspective d’un agenda électoral en Libye.
En effet, lors d’une déclaration commune de l’Algérie et de la Turquie, signée par les ministres des Affaires étrangères Ramtane Lamamra et Mevlut Cavusoglu, à Alger, les deux pays ont réitéré leur soutien à des élections, et ce, dans l’espoir de voir les Nations unies et les parties internationales engagées pour le règlement de la crise libyenne réussir à fixer un calendrier électoral en 2023.
Un pari difficile de l’aveu même de M. Bathily qui a affirmé le 10 décembre dernier à Tunis, lors d’une réunion impliquant les parties issues du processus de la Conférence de Berlin et le comité militaro-sécuritaire libyen des « 5+5 », que le « statuquo en Libye est intenable ».
Rappelons que les deux camps rivaux de l’ouest et de l’est libyen s’accusent mutuellement d’être à l’origine de l’impasse actuelle et menacent à chaque fois de recourir à la force pour défendre leurs positions respectives. Il y a quelque temps, le chef du gouvernement parallèle dit de « stabilité » que dirige Fathi Bachagha a appelé son rival du gouvernement dit d’« union » Abdelhamid Dbeibah, reconnu par la communauté internationale, de présenter sa démission et de quitter ses fonctions.

Abdoulaye Bathily reçu par le président Tebboune
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, mercredi à Alger, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Libye, Abdoulaye Bathily.
L’audience s’est déroulée au siège de la présidence de la République en présence du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, M. Ramtane Lamamra, et du directeur de cabinet à la présidence de la République, M. Abdelaziz Khellaf.