La hausse fulgurante des prix du gaz sur le marché européen et la volonté des pays consommateurs de sécuriser leurs approvisionnements sont au cœur des conciliabules, réunissant, ces derniers jours, des responsables des pays du Vieux Continent et ceux de leurs principaux fournisseurs en gaz. Cette problématique est également au menu de la visite, à Alger, demain, du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Emmanuel Albares.

par Hakim Ould Mohamed
Etant donné la position de l’Algérie de premier fournisseur du Royaume ibérique en gaz, les discussions du ministre espagnol et des autorités algériennes porteront essentiellement sur l’acheminement du gaz naturel vers l’Espagne, même si la question migratoire sera certainement abordée, notamment après l’arrivée importantes de harragas sur les côtes espagnoles. Cette visite a pour objectif de sécuriser l’alimentation de l’Espagne en gaz algérien, quelques semaines avant la fin du contrat de distribution en gaz naturel via les gazoducs Maghreb-Europe qui passent par le Maroc. Alger a pris la décision, voici quelques jours, de suspendre les approvisionnements transitant par le Maroc. La visite du ministre espagnol intervient également dans un contexte mondial marqué par une importante hausse des prix du gaz, à la fois sur le marché européen, asiatique et américain. Les prix de référence du gaz naturel en Europe ont bondi de 10% supplémentaires cette semaine pour atteindre de nouveaux records, alors que les stocks de gaz en Europe sont au plus bas depuis plusieurs années, à quelques semaines de la saison hivernale. Le TTF, référence européenne des prix du gaz, a bondi, mardi, à 85 euros/MWh, contre 76,877 euros/MWh lundi après-midi. La baisse des températures au Royaume-Uni et dans certaines parties du reste de l’Europe, ainsi que le déclin de l’approvisionnement en provenance de Russie ont fait grimper les prix. Depuis quelques jours déjà, les pays européens se sont livrés à une activité diplomatique soutenue auprès des fournisseurs pour tenter de trouver une réponse à la crise. C’est dans cette conjoncture qu’intervient la visite du chef de la diplomatie espagnole. L’Espagne figure comme deuxième client de Sonatrach sur le marché européen. La première destination du gaz algérien reste le marché européen, essentiellement l’Italie (35%), l’Espagne (31%), la Turquie (8,4%) et la France (7,8%). Dans un contexte de baisse des approvisionnements russe, l’Algérie pourrait mettre à profit cette situation pour pomper davantage à destination de ses clients européens.

Gazoduc Nigeria-Algérie, une carte à jouer
En 2020, la production commerciale des complexes GNL du pays s’est établie à 24 millions m3. Le volume global des exportations algériennes de gaz durant la même période a atteint 40 milliards m3, ce qui équivaut à 7 milliards de dollars de recettes durant l’année écoulée. Les approvisionnements du Vieux continent en gaz en provenance de l’Algérie devraient se renforcer dans les années à venir à la faveur de la construction, en cours, du gazoduc Nigeria-Algérie. Il y a quelques jours, le ministre du pétrole du Nigeria, Timipre Sylva, a annoncé que son pays allait entamer la construction d’un gazoduc pour transporter le gaz nigérian vers l’Algérie qui, à son tour, l’exportera vers d’autres pays. De son côté, l’Algérie a dépêché, mardi, ses ministres de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, et de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, au Niger, pays par lequel transitera le gazoduc en question, afin de discuter, probablement, de l’entame des travaux de construction concernant le tracé nigérien. Dans un communiqué conjoint rendu public par les deux ministères, il est indiqué que «des questions liées au domaine de l’énergie et des mines à l’instar des projets communs dans les hydrocarbures et les services énergétiques ainsi que la coopération en matière d’approvisionnement en énergie électrique seront également à l’ordre du jour de cette visite». L’Algérie et son partenaire nigérian jouent une carte importante sur l’échiquier gazier mondial en accordant leurs violons afin de gagner davantage de parts de marché en Europe.
La concurrence est rude et seule une coopération des deux fournisseurs pourrait faire face à l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché européen, dont les Etats-Unis, l’Azerbaïdjan et le Qatar. Il s’agit aussi d’une carte et non des moindres qui permettra à l’Algérie et au Nigeria de négocier en force leurs futurs contrats gaziers avec leurs clients européens. Les objectifs de transition énergétique, qui favorisent le gaz plutôt que le pétrole sur le marché européen, est une aubaine pour l’Algérie, un pays à vocation gazière, non seulement pour augmenter ses approvisionnements, mais aussi pour convaincre les investisseurs à s’implanter davantage en Algérie. Il va sans dire que les inquiétudes plus générales concernant le resserrement des marchés de l’énergie, en particulier pour le gaz naturel, se répercutent sur le marché du pétrole. Ces prix plus élevés du gaz entraîneront une transition temporaire du gaz vers le pétrole, ce qui soutiendrait la demande de pétrole et des prix sur le marché mondial.