L’évènement politique du jour a été sans conteste la sortie sur terrain, hier, effectuée par le chef de l’Etat au centre d’Alger. Serait-elle le prélude à un déploiement de campagne en perspective de la présidentielle d’avril 2019 ? Le FLN, le parti du président, le souhaite depuis la conférence de presse de son secrétaire général, Djamel Ould Abbès.

La vox populi, elle, en semble persuadée et les échos recueillis sur le passage du cortège présidentiel, au cœur de la capitale, ont tous transpiré du sentiment que M. Bouteflika ne tardera pas à annoncer son intention de rempiler pour un 5e mandat. A quel moment et en quelle circonstance ? Hier, en tout cas, l’intéressé n’a pas semblé avoir choisi sa sortie ni son programme de visite pour annoncer quoi que ce soit dans ce sens. Son itinéraire extrêmement cadré n’a pas permis aux journalistes d’avoir une appréciation convaincante, hormis le décor dans lequel il s’est déroulé. L’apparition du chef de l’Etat en public, hier, devait être lue, en effet, à deux niveaux. Le premier, inscrit depuis un temps déjà à son agenda, a consisté en l’inauguration de projets en relation avec le patrimoine religieux et architectural de la capitale ainsi qu’en rapport avec ses équipements infrastructurels liés notamment aux transports. C’est ainsi que M. Bouteflika a procédé à l’inauguration officielle de la vénérable mosquée de Ketchaoua, un joyau de la Basse-Casbah, datant de l’époque ottomane, qui a fait l’objet d’une longue, minutieuse et réussie restauration dans le cadre du partenariat entre l’Algérie et la Turquie.

Ketchaoua, lignes de métro…
Le site, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, rappelle-t-on, avait été fermé aux fidèles en 2008, après les effets dégradants du séisme de mai 2003. Durant près de cinq années, il a connu, en vertu d’un accord signé par Alger et Ankara en septembre 2013, des travaux de rénovation et de restauration effectués par l’Agence turque de la coordination et de la coopération (Tika) avec l’apport d’entreprises et d’archéologues algériens. Après son inauguration, le chef de l’Etat a ouvert officiellement la nouvelle station de métro de la place des Martyrs, avant de prendre la rame jusqu’à celle, nouvelle également, d’Aïn Naâdja. Par leur mise en service, ces deux nouvelles haltes renforcent le réseau du métropolitain algérien qui s’étend désormais sur 18 km avec la perspective d’atteindre les 40 km à l’horizon 2020. Le deuxième niveau de la sortie de terrain du chef de l’Etat, hier, est à prendre avec l’accueil que lui ont réservé les nombreux Algérois sortis le saluer sous un dispositif de surveillance particulièrement étoffé. Les scènes les plus saisissantes de cette bienvenue ont été celles observées dans la Basse-Casbah aux abords de la mosquée Ketchaoua, où le chef de l’Etat a eu droit également aux traditionnels youyous et salves de baroud, ainsi qu’à Aïn Naâdja, où une foule importante s’était amassée aux alentours de la nouvelle station de métro. Le programme de sortie du chef de l’Etat, avons-nous constaté, a débuté vers 11H30 à la place des Martyrs, lieu officiel d’inauguration de l’antique édifice religieux et de la nouvelle station de métro. Il s’est déroulé en présence d’officiels parmi lesquels des ministres, le wali d’Alger, d’anciens moudjahidine et des représentants de la société civile sous l’œil tantôt attentif tantôt amusé des habitants du quartier postés à leurs balcons, Smartphones à la main.

Une sortie ordinaire, mais pas tout fait
Sans exagération, les badauds et les curieux qui se sont déplacés pour assister à l’évènement devaient être des milliers. Cette foule a été massée derrière des barrières gardées, tous les deux mètres environ, par des policiers en tenue d’apparat. Au milieu, des supporters enthousiastes et cherchant à voir le Président de près et à prendre une photo souvenir, ce qui ne fut pas possible. En raison des mesures de sécurité, il n’y eut ni selfie ni photo amateur rapprochée. Les seuls à avoir pu fixer l’évènement étaient ceux qui étaient aux balcons. Les autres pouvaient photographier ou filmer à loisir la troupe de folklore et les « hommes de baroud » présents sur les lieux ainsi que les pancartes, banderoles et posters à l’effigie du chef de l’Etat qu’une forêt de mains et de bras ont agité le long de l’inauguration dans un vacarme et d’acclamations de campagne. C’est du moins ce à quoi on pouvait penser immédiatement, en particulier depuis l’appel du FLN, le parti du président, le 7 avril dernier, à ce qu’il se représente une nouvelle fois au suffrage suprême. Il est des déclarations politiques qui forcent parfois les lectures et les interprétations de scènes somme toute ordinaires pour un chef d’Etat en visite de terrain, mais c’est ainsi et on a les grilles qu’on peut. Ce qui a semblé brouiller cette réception, cependant, c’est qu’à moins de se tromper, il n’y a pas eu dans l’affluence de slogans ni d’appels à un nouveau mandat. Ce qui a davantage retenu l’attention, c’est le dispositif de sécurité déployé. Concernant cet aspect, il faut dire que les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens. L’accès au quartier Ketchaoua était filtré et les locaux avoisinant la mosquée ont été fermés pour l’occasion. On a pu constater à ce sujet qu’à chaque mouvement et chaque sortie du Président, hier, les « hommes en noir » de la garde rapprochée étaient constamment sur le qui-vive. Mais la scène la plus impressionnante était celle de tireurs d’élite postés sur les toits des bâtiments proches du site religieux inauguré. Ce n’est qu’une heure après, quand M. Bouteflika a inauguré la station de métro de la place des Martyrs, avant de prendre la navette pour Aïn Naâdja, que la tension a baissé, laissant l’impression que sa sortie d’hier, chargée de l’appel du FLN pour un nouveau mandat, était pour dire : « Je suis là ». Et qu’après, c’est l’histoire politique algérienne moderne qui le décidera. Immanquablement. Les amateurs de la précision auront noté qu’autour du président de la République, il y avait le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Abdelwahid Temmar, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, le ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zaâlane, le ministre de la Culture, Azeddine Mihoubi, et le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh.