A l’occasion de la 41e édition du Festival international de Timgad, une conférence de presse avec le célèbre rappeur franco-algérien Rim’k a été organisée à la salle des conférences de l’hôtel Chelia de Batna. La star du rap a ouvert, hier, la manifestation dans la ville antique de Timgad en offrant au public une soirée pleine de surprises, en chantant notamment pour la victoire de l’équipe nationale à la CAN 2019.

Le tonton du rap affirmera ainsi que cette soirée sera dédiée à la victoire des Fennecs de la CAN 2019, en ajoutant qu’«en 20 ans de carrière, je prends toujours plaisir à venir en Algérie. Nous sommes venus plus d’une trentaine de fois pour des concerts dans tout le pays, c’est toujours un honneur et une fierté». Il ajoute qu’«à chaque spectacle, c’est comme si c’était la première fois que je chante pour le public algérien, reflétant l’excellent accueil qu’il me réserve à chaque fois. Le public algérien est magnifique, quand on vient ici, nous savons à l’avance que nous passerons un bon moment sur scène». Rim’k souligne, dans ce même contexte, que «nous sommes très contents de la victoire des Fennecs, c’est d’ailleurs, pour cela que nous avons concocté des surprises pour le public de Timgad». Il explique à ce propos que «nous avons préparé notre tournée algérienne spécialement pour cette victoire. Nous avons remanié le programme de cette tournée pour que cela soit vraiment un moment de fête et qu’on puisse célébrer avec nos frères algériens cette victoire». Il relèvera toutefois qu’en France, ce n’est pas pareil, car dès qu’on s’exprime ou qu’on s’amuse un peu trop c’est mal perçu. Le fait de venir en Algérie est une occasion de fêter correctement la victoire». Le chanteur confiera également que «ce soir, cela ne va pas être un spectacle habituel. J’ai enlevé quelques morceaux pour pouvoir parler de cette victoire et justement chanter quelques titres liés à l’équipe d’Algérie. Il y aura quelque chose d’inédit, je garderai la surprise pour ce soir». Il affirme qu’«il faut savoir que nous avons très peu accès au monde du travail à cause de nos origines étrangères. C’est difficile d’avoir une bonne situation en France quand on vient d’ailleurs. On est considéré en dessous des autres et nous ne sommes pas des Français normaux. Nous avons connu beaucoup de personnes avec lesquelles nous avons grandi et qui ont mal fini. On aurait pu être de ces gens-là, mais la musique nous a sauvés».

La musique pour redorer l’image de la banlieue
«Dès qu’on fait quelque chose de travers, tout de suite les médias la grossissent. Médiatiquement, nous essayons de nous battre mais cela reste dur», a révélé la star du rap. «Comme par exemple lors la CAN 2019, nous avons essayé de tenir les nôtres pour éviter qu’ils cassent et ainsi pour éviter les problèmes. Car si une ou deux personnes font cela c’est comme si nous l’avons fait tous et cela ce n’est bon pour personne. Cela donne une mauvaise image et nous n’avons pas le droit à l’erreur en France».
Le rappeur franco-algérien citera, pour illustrer ses propos, le cas de la famille Le Pen, déclarant qu’«on dirait que les chaînes de télévision leur appartiennent. Ils parlent quand bon leur semble. Même pour nous les stars c’est difficile d’accéder aux médias français, il faut vraiment une actualité». Selon lui, «faut dire la vérité, il y a vraiment une haine envers les Algériens en France, même si cela reste une frange marginale, ils mettent tous les Algériens dans le même sac».
En France les grands rappeurs sont tous d’origine étrangère, car selon Rim’k, «les Français ne font pas beaucoup de rap». L’autres raison est que «dans nos quartiers, nous n’avons pas mille solutions pour s’en sortir, soit on s’exprime par la musique, soit par le sport et surtout le foot, car nous n’avons pas accès aux grandes études et de gros diplômes. Nous, nous faisons les écoles de banlieue et souvent les professeurs sont des débutants qui n’ont pas assez d’expérience pour nous offrir un enseignement de qualité». Tout en avouant que «le rap nous a sauvé, car nous avons grandi dans des quartiers de France, où on est enfermé dans nos communautés et on ne s’ouvre pas assez aux autres ».
D’autre part, le rappeur confie sur sa longévité en tant que rappeur : «Si après 20 ans nous sommes toujours là, c’est que l’on s’adapte. La musique change avec le temps, on ne se contente pas de faire de la musique comme on le fait d’habitude, on évolue avec l’évolution du rap. Ceci petit à petit et sans trop la dénaturer et bien sûr en gardant nos principes et nos valeurs.» Ajoutant : «Le rap américain a beaucoup joué dans ma carrière, car l’origine du rap vient de là-bas. On écoute beaucoup et on s’inspire du rap américain.» Il indique également : «Nous avons beaucoup de difficultés à produire des albums et cela revient à la grande concurrence que nous rencontrons en France. Il y a une émergence d’artistes. Il faut donc se détacher et être meilleurs que les autres et même financièrement cela coûte cher. Il faut des résultats immédiats sinon, on met notre carrière en péril».

Un titre avec Soolking pour l’Algérie
Rim’k parlera ensuite de sa rencontre avec Soolking. «J’ai rencontré Soolking dans une association de handicapés en France. Le courant est tout de suite passé, car on est des frères. Nous avons suite à cela prévu de chanter un morceau ensemble. Ce dernier sera lié à la situation algérienne et au pays». Déclarant ensuite : «Ce qui me plait dans le rap algérien, c’est qu’il est authentique avec sa propre identité. Au Maroc et en Tunisie, il ressemble au rap américain et français». Rim’k a également annoncé lors de cette rencontre la sortie prochaine de son nouvel album : «J’ai un nouvel album qui se prépare. Il sortira avant la fin de l’année, je n’ai pas encore le titre, nous sommes en train de travailler dessus. Nous allons revenir l’été prochain pour le présenter au public algérien». Il aborde également ses autres projets en dehors du domaine musical en confiant : «Je suis sur d’autres projets humanitaires, car les gens nous ont beaucoup donné durant toute notre carrière et, aujourd’hui, nous avons la chance de pouvoir rendre la pareille. Nous partirons en Afrique et au Maghreb et aussi au Moyen-Orient, comme le Yémen et le Soudan. Nous préparons des gros projets pour 2020, pour aider ceux qui sont dans le besoin, avec les grandes associations les plus sérieuses. D’ailleurs nous sommes en train de voir avec des associations algériennes pour lesquelles nous donnerons les moyens de réussir leurs missions».

L’avenir de l’Algérie, c’est les jeunes
En ce qui concerne les marches et les manifestations de contestations pour le changement du système en Algérie, l’artiste estime qu’«en Algérie, il y a une jeunesse avec d’énormes potentiels, malheureusement elle n’est pas représentée au niveau de l’Etat. Nous avons de grands ingénieurs, médecins et des jeunes politiciens, mais on ne les voit pas. Pour un vrai changement en Algérie, il faut donner le relais à la jeunesse algérienne et lui faire confiance. Voir tous ces gens dehors, marcher et manifester d’une manière pacifique c’est une chose magnifique, cela donne beaucoup d’espoir». De son côté, le rappeur AP, de son vrai nom Yohann Dubaye, membre du groupe 113, déclare aux médias présents : «Je suis d’origine des Antilles, je me suis rendu plus en Algérie que dans mon pays d’origine. Je rejoins mon ami pour affirmer que j’ai aussi un grand plaisir d’être ici. Nous recevons à chaque fois un accueil très chaleureux et être au Festival de Timgad est un honneur». Il confie ensuite que «nous venons d’un quartier difficile, mais c’est une question de volonté. Les jeunes ont peu d’occupations pour se distraire et nous avons choisi la musique. C’est grâce à elle que nous sommes arrivés ici». D’autre part, AP déclarera qu’«en France, ce qui marche le plus, c’est plutôt les morceaux dansants, ils sont plus faciles à écouter. Quand on écrit un morceau nous essayons toujours de faire passer un message». Il reconnaît toutefois que «le rap a beaucoup changé parce que les rappeurs d’aujourd’hui sont plus dans l’amusement. Il y a vraiment une orientation de l’industrie du spectacle. Mais nous, nous avons une ligne de conduite que nous voulons préserver et cela est difficile pour les maisons de disques. Mais on reste fermes sur notre position et on continuera à faire passer notre message. On ne peut pas dire que tout va bien alors que ce n’est pas le cas».