C’est à un véritable plaidoyer en faveur de la pérennisation de l’action sociale de l’Etat auquel s’adonne, depuis maintenant quelques jours, le nouveau Premier ministre Aïmene Benabderrahmane. Ce dernier, qui pilotait une grande opération de distribution de logements, insistait sans cesse sur le caractère «social» et «solidaire» de l’Etat.

Par Hakim Ould Mohamed
S’exprimant, en effet, à l’issue d’une opération de distribution de logements, qui s’est déroulée mardi à Alger, le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a déclaré que «l’Etat continuera à soutenir le secteur de l’habitat».
«Notre sortie aujourd’hui vient démontrer le caractère social de l’Etat algérien et aussi l’importance qu’accorde le président de la République à l’ensemble des programmes dédiés à la population, en général, et aux couches sociales les plus défavorisées», a indiqué l’ex-ministre des Finances lors de sa première sortie officielle depuis sa nomination le 30 juin dernier en tant que Premier ministre. Il a insisté, à la même occasion, sur l’engagement de l’Etat à poursuivre son soutien au secteur du logement, assurant que cette politique reflète «le caractère social et solidaire de l’Etat algérien». Il s’agit d’un plaidoyer on ne peut plus clair en faveur de la pérennisation de l’action sociale de l’Etat qui se manifeste, faut-il le souligner, à travers une multitude de transferts sociaux et de subventions dont bénéficient plusieurs secteurs et catégories sociales, dont l’habitat, la santé et les familles.
Les transferts sociaux accaparent une part non négligeable de la dépense publique annuellement, se chiffrant à plus de 1 927 milliards de dinars, cette année, correspondant à une part de 9,4% du Produit intérieur brut (PIB). Les sommes affectées aux transferts sociaux bondissent de 4,3% cette année comparativement au précédent exercice, marquant une hausse de 79,98 milliards de dinars, injectées essentiellement dans le soutien aux familles, l’habitat et la santé.

Consolidation de la politique sociale
Le soutien aux familles mobilise ainsi une somme de 468,99 milliards de dinars, alors que les subventions au secteur du logement totalisent 420,95 milliards de dinars cette année, en hausse de 9,5% par rapport aux ressources qui lui ont été allouées au titre du précédent exercice. En revanche, le secteur de la santé accapare 340,7 milliards de dinars du total des sommes affectées aux transferts sociaux au titre de l’exercice actuel.
Ainsi, les nouvelles hausses des dépenses sociales prévues cette année sont un indicateur clair de la volonté de l’Etat de perpétuer sa politique sociale malgré les critiques de certains économistes, invoquant une politique budgétivore et mal répartie. Certains économistes ont appelé également à une révision de l’action sociale de l’Etat de sorte à ce qu’elle soit canalisée aux plus vulnérables parmi les couches sociales, d’autant plus que la conjoncture de crise exige une amélioration de la gestion et de l’efficience de la dépense publique.
Les dépenses sociales qu’on a tendance à appeler structurelles, c’est-à-dire celles qui ne sont pas conjoncturelles, liées à des faits de la conjoncture, s’inscrivent en hausse depuis maintenant plusieurs années, en raison de facteurs conjoncturels en relation avec l’érosion du pouvoir d’achat des familles et les conséquences de la crise sanitaire.
L’Etat ne semble pas prêt à raboter ses dépenses sociales dans l’actuelle conjoncture, même si le désormais Premier ministre Aïmene Abderrahmane a fait état, il y a quelques mois, de la volonté du gouvernement à réformer la politique des subventions. Cette refonte toucherait les produits de base et les carburants qui accaparent l’essentiel des dépenses sociales avec, comme perspective, la mise en place d’un salaire complémentaire au profit des ménages défavorisés. A entendre les propos de l’ex-ministre des Finances, qui plaidait il y a quelques mois, en faveur de la réforme de la politique des subventions, force est de constater que le volet social occupe désormais une part substantielle dans les politiques publiques de développement.

Dégradation du service public
Cette approche a été renforcée par une crise économique endémique dont les répercussions sociales ont aggravé le coût de la crise. Il va sans dire que la crise financière que traverse le pays, née de la dégringolade des prix du pétrole sur le marché mondial, combinée depuis l’année dernière à un choc pandémique d’une violence inouïe, a exacerbé les tensions sociales et précipité de nombreuses couches sociales dans la crise et l’érosion du pouvoir d’achat. Ce pourquoi le volet social a été élevé au rang de priorité nationale par le nouveau Premier ministre qui martelait sans cesse «le caractère social et solidaire de l’Etat algérien». Cette préoccupation est née, faut-il le souligner, de la dégradation du service public à plusieurs niveaux, en témoignent les tensions sur les liquidités au niveau des bureaux de poste, les pénuries d’eau, la hausse des prix de plusieurs produits de base… etc. La question qui se pose est celle de savoir si l’Etat a les moyens lui permettant de perpétuer une politique sociale qui grève son budget, alors que le contexte exige une refonte de fond en comble de la structure des dépenses publiques. Lorsqu’il était en charge du ministère des Finances, Aïmene Benabderrahmane avait indiqué que le déficit budgétaire de cette année, en hausse, en partie à cause de la part prépondérante des dépenses sociales, sera financé par les éléments de la politique monétaire. En revanche, pour les dépenses d’investissement et les besoins de financement de la croissance, la Banque centrale a dévoilé, la semaine dernière, un programme spécial de refinancement d’une durée d’une année, à compter du 1er juillet 2021. Ce programme consiste en des opérations de cession temporaire d’apport de liquidités effectuées à l’initiative de la Banque d’Algérie. Il s’agit de mettre à la disposition des banques d’un cash-flow de 2 100 milliards de dinars afin de financer l’investissement et la croissance.