La pression qui pèse sur les autorités sanitaires est grade. A une semaine, jour pour jour, de la fin janvier, l’anti-coronavirus n’est toujours pas arrivé au pays et la campagne de vaccination devant débuter durant le mois en cours se trouverait, de ce fait, fortement compromise.

Se peut-il que cette question devenue sujet à polémique soit réglée comme voulue en une semaine ? Rien n’est moins sûr au vu des inconnues qui persistent dans cette équation malgré les différentes assurances des membres du Comité scientifiques de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Ces derniers se sont, en effet, succédé durant des semaines sur différents canaux médiatiques pour tenter de rassurer, un tant soit peu, quant à l’échéance du lancement de la campagne vaccinale prévue initialement pour janvier.
Pas plus loin qu’hier, le professeur Lyès Rahal a abordé ce sujet mais, faut-il le souligner, avec nettement moins d’assurance dans les déclarations sur le début de la vaccination comparativement aux précédentes sorties médiatiques de ses collègues du Comité scientifique. «Le ministère de la Santé n’a pas donné une date précise pour le lancement de la campagne vaccinale», a-t-il dit, précisant que «le seul rendez-vous qui a été donné est celui de l’arrivée du vaccin prévue pour la fin de janvier». Cette déclaration s’inscrit, en quelque sorte, en porte-à-faux avec celles entendues depuis plusieurs semaines, soit depuis que le président de la République a donné instruction sur «le choix du vaccin pour un début de vaccination en janvier», jusqu’à ce que la réalité du terrain vienne s’imposer. Ainsi, l’assurance affichée au début a laissé place à une sorte d’hésitation et on ne parle plus de commencer la vaccination durant janvier, mais plutôt de la réception du vaccin à la fin du mois.
Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, qui montrait une certaine assurance au début, a, lui aussi, fini par nuancer ses propos une fois confronté à la réalité du terrain. Malgré la certitude première qu’il avait affichée pour un «lancement de la campagne de vaccination tel que demandé par le président de la République», il s’est abstenu, dans ses dernières déclarations, à avancer une date précise. «Je ne peux pas avancer un rendez-vous précis car tout est tributaire de l’arrivée du vaccin. Mais je peux assurer que la vaccination débutera dès sa réception car nous sommes prêts», a-t-il affirmé la semaine dernière.

Recul
Ce recul dans les déclarations sur le début du rendez-vous vaccinal est dû au fait que l’Algérie est restée «un peu trop longtemps dans la phase dite de démarche prudentielle pour choisir un vaccin», a estimé un médecin spécialiste. «Le retard pris dans le choix de l’anti-Covid-19 a eu pour conséquence le retard de la commande auprès des pays et laboratoires fournisseurs qui, à son tour, a pour conséquence le retard dans la réception du vaccin et, à la fin de la chaîne, un retard dans le lancement de la campagne vaccinale», a-t-il résumé pour expliquer comment les autorités sanitaires se sont retrouvées dans une situation difficile, même si elles «ont réussi, en un temps record, à effectuer toutes les procédures, dont l’enregistrement du vaccin Spoutnik V par l’Agence nationale des produits pharmaceutiques et le dégagement de l’enveloppe financière».
A propos de retard, le Pr Lyès Rahal, qui a animé, hier, une conférence de presse conjointe avec le Pr Ryad Mehyaoui, a estimé qu’il n’y a pas de retard dans le lancement de la campagne vaccinale. «Nous ne sommes pas en retard si l’on considère notre situation épidémiologique», a-t-il dit. Mais «ce n’est pas parce que nous sommes dans une situation épidémiologique confortable que nous allons vers le relâchement en matière de gestes barrières. Au contraire, il faut qu’ils continuent d’être respectés même après la vaccination», a ajouté, pour sa part, le Pr Mehyaoui, précisant que «le «vaccin ne tue pas le virus mais diminue sa dangerosité» et que les anti-Covid-19 prévus par l’Algérie sont «efficaces, sûr et répondent à notre environnement».
Pour l’heure, le vaccin russe Spoutnik V promis pour ce mois janvier (500.000 doses) n’est pas encore sur le sol algérien, ni le vaccin chinois Sinopharm annoncé par le ministre de la Santé pour «la fin de janvier».
Au vu des derniers développements, il se peut que même le vaccin britannique d’AstraZeneca-Oxford connaisse un retard de livraison, alors qu’il était prévu que l’Algérie commence à le réceptionner dès le mois prochain, selon les déclarations du Pr Benbouzid réitérées, hier, par le Pr Mehyaoui. Le groupe britannique a, en effet, indiqué que ses livraisons seront moins importantes que prévu, en raison d’une «baisse de rendement dans des installations de fabrication».
L’Algérie qui aspire à acquérir 40 millions de doses étalées sur une année devra, par ailleurs, s’approvisionner à hauteur de 20% de ses besoins (8 millions de doses) auprès de l’initiative Covax. Or, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tiré la sonnette d’alarme, il y a quelques jours, quant à une possible indisponibilité des vaccins en quantité suffisante, ces derniers étant quasiment «réquisitionnés» par les pays riches.
«Dans le cadre du mécanisme Covax, l’Afrique devrait recevoir un premier lot de 30 millions de doses d’ici mars prochain», la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dr Moeti Tshidi, qui a dénoncé «la politique de thésaurisation des vaccins adoptée par les pays riches, avant de conclure que «ce n’est que par la solidarité que nous vaincrons cette pandémie». A la lumière de ces nouveaux rebondissements, il est clair que l’acquisition par l’Algérie d’antidotes dans le cadre de Covax pourrait, à son tour, connaître quelques couacs. <