Le Burkina Faso a annoncé avoir rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan pour se retourner vers la Chine et s’ouvrir des relations qui s’annoncent prometteuses. Cette rupture est un nouveau coup dur sur la scène internationale pour l’île qui apportait une aide importante au Burkina Faso en échange de son soutien diplomatique.

La Chine semble ainsi avoir remporté la bataille de l’influence diplomatique dans un pays de l’Afrique occidentale qui lui échappait jusque-là.
Taïwan de plus en plus contraint par Pékin ne conserve plus qu’un seul allié dans sa rivalité avec Pékin en Afrique, l’ile ne semble plus résister à la déferlante chinoise.  Cette annonce du gouvernement burkinabè a par ailleurs amené le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph Wu, à présenter publiquement sa démission. « En ma qualité de responsable gouvernemental, je dois porter la responsabilité des politiques et j’ai finalement présenté ma démission », a-t-il déclaré en conférence de presse. Le Burkina Faso entretenait des relations de coopération avec Taïwan depuis 1994 mais « l’évolution du monde, des défis socio-économiques actuels de notre pays et de notre région recommande que nous reconsidérions notre position », a souligné Alpha Barry le ministre burkinabè des Affaires étrangères. « Cette décision est guidée par la ferme volonté de défendre les intérêts du Burkina et de son peuple dans le concert des nations et de nouer de meilleurs partenariats afin de consolider le développement socio-économique de notre pays et faciliter les projets régionaux et sous-régionaux », a-t-il poursuivi. La Chine accentue de la sorte son influence dans le continent en investissant un pays de l’Afrique de l’ouest qui échappait à sa prépondérance. Les dispositions nécessaires pour la fermeture de l’ambassade du Burkina à Taipei et de celle de Taïwan à Ouagadougou ont déjà été prises. Ce basculement du Burkina Faso semble s’inscrire dans la politique chinoise en Afrique dans l’objectif de contrôler les ressources naturelles pour les besoins de plus en plus grandissant du géant asiatique.  

Coopération attractive
Pékin semble en effet s’inscrire dans une politique offensive dite de « gagnant-gagnant » souvent affichée dans son discours vers les pays africains.  « La Chine salue cette décision », s’est félicité le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « Nous espérons que le Burkina Faso (…) rejoigne la grande famille de l’amitié et de la coopération sino-africaine au plus vite », a-t-il souligné. Pékin utilise sa force de frappe économique pour entretenir des relations de coopération avec les pays africains traditionnellement sous influence d’autres puissances européennes. Depuis 2000, plusieurs pays africains dont le Tchad et le Sénégal, qui recevaient des aides de Taïwan, ont rompu leurs relations avec l’île. La coopération avec la Chine devenant de plus en plus attractive et passait donc par la rupture avec Taïwan. Ainsi le Swaziland reste le seul pays africain à entretenir des relations avec Taïwan. La Chine conditionne l’entretien de relation diplomatique et économique à se déterminer face au statut de l’ile considérée comme faisant partie du territoire chinois. Aujourd’hui, seuls 18 Etats dans le monde, parmi lesquels le Vatican et des nations du Pacifique et d’Amérique latine (Honduras, Guatemala ou Kiribati), reconnaîssent l’île séparée de fait de la Chine communiste depuis 1949. Avant le Burkina, la République dominicaine avait elle aussi annoncé sa rupture avec Taïwan, le 1er mars. Face à l’offensive diplomatique et aux nombreux investissements de la République populaire de Chine sur le continent, Taïwan voit ses alliés africains lui glisser entre les doigts les uns après les autres ces dernières années. Avant le Burkina Faso, le Malawi (2008), la Gambie (2013) et Sao Tomé et Principe (2016) avaient rompu leurs relations diplomatiques avec le rival de Pékin.