Alors que le gouvernement semble boucler les arbitrages budgétaires au titre de l’exercice 2022, en attendant les dernières retouches du Conseil des ministres et leur examen par les deux chambres du Parlement, les cours du brut retrouvent des sommets en sept ans, sur fond d’inquiétude sur l’offre.

Par Hakim Ould Mohamed
Le gouvernement a pris option en faveur d’une politique d’extension budgétaire, relevant fortement le niveau des dépenses au titre du prochain exercice ; le budget de fonctionnement se hissant à 6 311 milliards de dinars, tandis que le budget d’équipement grimpant à 3 546 milliards de dinars. Les dépenses globales caracolent ainsi à près de 10 000 milliards de dinars, du jamais vu depuis la fin des années du pétrole cher. Cette hausse des dépenses refait surface, alors que les prix pétroliers mondiaux retrouvent des couleurs, grimpant à des niveaux inégalés depuis la crise pétrolière de 2014. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) a atteint en séance 82,49 dollars pour la première fois depuis le 29 octobre 2014. Le Brent, lui, a touché 85,10 dollars, une hauteur qu’il n’avait plus fréquentée depuis le 10 octobre 2018. Le WTI s’est ensuite un peu replié, mais a fini la semaine en hausse de 1,19% ou 97 cents, à 82,28 dollars le baril pour livraison en novembre. Il a signé une huitième semaine de hausse consécutive. Quant au Brent, le baril pour livraison en décembre a terminé en progression de 1,02% ou 86 cents par rapport à la clôture de jeudi, à 84,86 dollars.
L’envolée des prix du pétrole aura indéniablement des répercussions concrètes pour les caisses de l’Etat. Le Président de la République prévoit le retour à l’équilibre de la balance des paiements dès cette année, en raison, essentiellement de la hausse des prix du pétrole, lesquels pèsent pour deux-tiers dans le budget de l’Etat. Pour mémoire, les caisses de l’Etat affichaient d’importants excédents jusqu’à 2014, date d’un retournement de situation spectaculaire sur le marché pétrolier ; le solde du Fonds de régulation des recettes était supérieur à 5 000 milliards de dinars, alors que les réserves de change caracolaient à près de 194 milliards de dollars. L’augmentation des recettes pétrolières et gazières cette année, sous l’effet de l’envolée des prix aussi bien du pétrole que du gaz, devrait se traduire mathématiquement par une atténuation du déficit budgétaire qui, initialement, était attendu à près de 3 000 milliards de dinars. Celui de la balance des paiements devrait se résorber et enrayer la fonte des réserves de change. L’avant-projet de loi de finances 2022 a été élaboré dans des conditions meilleures que celles prévalant l’année dernière, à l’heure de l’élaboration du budget 2021. Les cours du brut devraient donner un répit au budget de l’Etat. Ce pourquoi, le gouvernement a décidé d’augmenter les dépenses, pariant sur une meilleure rentabilité du baril de Brent. Grâce à cette plus-value que rapporterait l’envolée des cours pétroliers, le gouvernement semble vouloir panser les plaies du Covid et tenter de faire repartir la croissance par l’investissement budgétaire, lequel s’est nettement rétréci durant les années du pétrole bon marché.
Cela n’empêche pas de mener les réformes budgétaires à bon port, tout comme les opérations d’assainissement des finances publiques suspendues en 2017. Il faut toutefois noter que la hausse des cours du brut est conjoncturelle et le retour aux tendances baissières n’est pas à exclure si la tension sur l’offre venait à se calmer. Le retour de la demande mondiale de pétrole (après la pandémie de coronavirus) s’est révélé plus rapide que celui de l’offre, déséquilibrant ainsi l’un des fondamentaux du marché. La même situation semble caractériser les marchés du gaz, où l’offre ne suit pas la demande, entraînant une forte hausse des prix. Cependant, cette tension pourrait s’estomper à la fin de l’hier, voire au printemps 2022, et les prix pourraient retrouver les niveaux attendus par les analystes, soient entre 65 et 70 dollars le baril avant la fin du premier semestre 2022. Cela pourrait amener le gouvernement à élaborer une loi de finances complémentaire pour réajuster le budget de 2022. n