Le retour de l’Iran

Le Brent et le WTI ont subi leur pire semaine depuis le mois de mars dans le sillage de l’avancée des pourparlers sur le nucléaire iranien. Pour les investisseurs, cette avancée dans les négociations pourrait déboucher sur une levée des sanctions et le retour du pétrole iranien sur le marché, à l’heure où l’Opep+ s’investit pleinement pour le rééquilibrage du marché au moyen d’une réduction de la production.

par Hakim Ould Mohamed
Les contrats à terme du WTI, coté à New York, ont nettement chuté la semaine dernière, tandis que le Brent a quant à lui enregistré la plus forte baisse hebdomadaire depuis mars. En effet, le Brent, pétrole de référence pour le Sahara Blend algérien, s’est négocié dans une fourchette d’environ 5 dollars au cours du mois dernier, reculant d’un plus haut de 70 dollars le baril et se rapprochant des 65 dollars. A l’issue d’une semaine chaotique, le Brent a affiché une baisse hebdomadaire de 3,3%, la plus importante depuis mars, alors que West Texas Intermediate a terminé la semaine en baisse de 2,7%, sa plus forte baisse depuis début avril. Clairement, l’avancée des pourparlers sur l’accord nucléaire pourrait contribuer à une forte rechute des prix. D’autant plus que l’Iran dispose de capacités de production pouvant injecter 4 millions de barils par jour sur le marché trois mois seulement après la levée des sanctions. Avant la mise en œuvre de ces sanctions, l’Iran produisait environ 3,8 millions de barils par jour de brut.
Au sein de l’Opep, seules les productions de l’Iraq et de l’Arabie saoudite dépassent les 4 millions de barils par jour jusqu’ici. Cependant, seuls contre tous, les analystes de Citigroup estiment que la demande mondiale globale est suffisamment forte pour absorber toute offre supplémentaire, y compris en provenance d’Iran et que les prix continueront de grimper. Une projection à laquelle tous les observateurs et investisseurs du marché n’adhèrent pas, certains s’inquiétant d’ores et déjà de l’effet pervers de la quantité supplémentaire de pétrole en provenance de Téhéran qui pourrait accroitre les excédents du marché et faire rechuter des prix, dans un contexte marqué par une reprise fébrile de la croissance mondiale. En tout cas, le retour de l’Iran sur le marché pétrolier serait imminent. Le président iranien Hassan Rohani a déclaré cette semaine que les puissances mondiales avaient accepté que les sanctions majeures soient levées dans le cadre d’un accord nucléaire. Des analystes s’attendent à ce que la production iranienne revienne à ses niveaux d’avant les sanctions, soit près de 4 millions de barils par jour en un laps de temps de moins de trois mois. Depuis le début de l’année en cours, la production iranienne de pétrole brut n’a cessé d’augmenter pour atteindre environ 2,4 millions de barils par jour le mois dernier, selon les estimations compilées par Bloomberg. Si le retour de l’Iran sur le marché dans les délais et les volumes prévus, ce pays ne ferait que bouleverser la situation des stocks mondiaux du pétrolier qui ont repris une forte tendance à la baisse depuis le début de l’année en cours. Certains analystes estiment que le marché pourrait gérer les excédents du troisième trimestre de l’année, mais pas ceux du trimestre suivant, lorsque la surproduction deviendra probablement plus importante. En tout cas, le calendrier de ce retour de l’Iran sur le marché sera principalement une question de politique et de négociations à mener dans l’avenir aussi bien autour de la table des pourparlers réunissant l’Iran et les grandes puissances qu’au sein de l’Opep+. D’autant plus que l’offre de l’Iran pourrait revenir sur le marché avant la levée progressive des restrictions de la production des pays membres de l’Opep+.
En tout cas, la série de pertes subies cette semaine par les deux références, le Brent et le WTI en l’occurrence, donne un avant-goût de ce que sera l’impact du retour de la production iranienne, alors que la demande mondiale de pétrole se révèle désormais capricieuse. n