Les cours du brut ont fortement grimpé, hier, sur les deux marchés, américain et européen, poursuivant leur marche en avant entamée depuis le début de l’année en cours pour atteindre des sommets plus vus depuis octobre 2018.

Par Hakim Ould Mohamed
Vers 15H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 75,64 dollars à Londres, en hausse de 1,11% par rapport à la clôture de mardi. Il a touché peu de temps auparavant 75,67 dollars, un prix plus vu depuis fin octobre 2018. A New York, le baril de WTI pour le mois d’août, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, avançait dans le même temps de 1,19%, à 73,72 dollars. Le contrat américain navigue lui aussi à des sommets comparables à ceux du mois d’octobre 2018. Deux facteurs sont à l’origine de cette hausse, dont les prévisions d’une forte baisse des stocks de pétrole aux Etats-Unis, les conséquences de l’élection du président ultraconservateur en Iran et l’approche de la réunion de l’Opep+, prévue le 1er juillet, dont de nouvelles hausses de la production seraient inscrites au menu. Hier, les regards étaient particulièrement tournés vers les Etats-Unis, où l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) devait fournir des chiffres sur l’état des réserves. Les stocks sont attendus en baisse de 3,5 millions de barils pour la semaine passée, selon la médiane d’analystes interrogés par l’agence Bloomberg, un signal positif pour la vigueur de la demande de brut au sein du premier consommateur mondial. L’attention des investisseurs se porte par ailleurs vers la réunion de l’OPEP+ prévue le 1er juillet, le consensus étant loin d’être acquis quant à une éventuelle augmentation de la production, malgré le forcing russe en faveur de la levée des restrictions de l’offre. Le marché surveille également les discussions sur le nucléaire iranien, dans la foulée de l’élection d’Ebrahim Raïssi en Iran, susceptible d’entraîner à moyen terme un retour sur le marché des barils iraniens. En tout cas, les prix du pétrole sont partis pour tester de nouveaux records, se hissant à près de 76 dollars le baril pour le Brent, pétrole de référence pour le Sahara Blend algérien. Pour l’Algérie, cette hausse est bien évidemment la bienvenue, dans ce contexte marqué par la détérioration des fondamentaux des finances publiques. Plus tôt cette semaine, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a reconnu que « la problématique de la mobilisation des ressources financières nécessaires au développement des infrastructures publiques et des investissements des entreprises économiques se pose de plus en plus avec acuité en raison de la persistance de la baisse drastique des ressources provenant des hydrocarbures et des effets de la crise sanitaire sur les activités économiques ». La hausse des prix de ces derniers jours peut offrir un répit à une économie algérienne en mal de fonds, mais elle ne serait une solution aux difficultés structurelles auxquelles est confronté le pays, dont les deux tiers du budget sont tributaires des recettes pétrolières et gazières. L’Algérie reste confrontée à des problèmes de fond malgré la hausse des cours du brut entamée depuis le début de l’année en cours ; la croissance du PIB a fortement ralenti à l’issue d’une année 2020 qui aura été catastrophique au plan économique, le chômage a grimpé en raison du déclin de l’activité économique, alors que les investissements et la croissance tardent à repartir faute de financements. Le prochain gouvernement aura la lourde tâche d’appliquer des réformes structurelles ambitieuses et des ajustements budgétaires de fond afin de rétablir la viabilité des comptes extérieurs, diversifier le modèle de croissance actuel, dont la part des hydrocarbures demeure prépondérante, et soutenir l’investissement dans les secteurs hors hydrocarbures. Le prochain gouvernement doit, néanmoins, composer avec un déficit en financements auquel la hausse actuelle des cours du brut ne pourrait être qu’une solution de courte durée. <