Rien ne va plus sur le marché pétrolier. Baisse après baisse, le baril de brut clôturait, hier, la semaine nettement loin des
40 dollars, cédant près de 10% depuis vendredi dernier, soit sa pire chute hebdomadaire depuis la fin avril dernier, lorsque la demande mondiale avait connu un effondrement sans précédent sous l’effet des mesures sanitaires anti Covid-19.

Durant les deux dernières semaines, c’est le même scénario qui est en train de se produire, avec une pandémie qui a repris de plus belle, inscrivant de nouveaux records de contamination et imposant des mesures préventives encore plus rigoureuses, notamment dans les pays occidentaux. Ce qui renforce l’inquiétude chez les investisseurs et impacte systématiquement la demande et la réduit davantage.
Dans ce climat de morosité, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre s’échangeait à tout juste 37,52 dollars hier sur le marché londonien, en fin de matinée, perdant 0,35% par rapport à la clôture de jeudi, journée qui avait vu la référence européenne descendre jusqu’à 36,64% en séance, soit son plus bas depuis la fin mai.
A New York, le baril américain de West Texas Intermediate (WTI) pour le même mois lâchait 0,47% à 36,00 dollars. La même référence avait baissé la veille sous le seuil des 35 dollars, à 34,92 dollars, ce qui n’était plus arrivé depuis le 15 juin. «Les restrictions croissantes jettent une ombre sur les perspectives de la demande à court terme», a résumé Stephen Brennock, analyste de PVM.
La pandémie de coronavirus continue de s’aggraver à travers le monde, en Europe où certains pays reconfinent leur population mais aussi outre-Atlantique où les Etats-Unis ont enregistré jeudi un record quotidien de plus de 90 000 cas positifs, selon un comptage de l’université Johns Hopkins.
Au recul de la demande vient s’ajouter le retour en force de la production libyenne, poussant le marché vers l’excédent et exerçant une pression supplémentaire sur les cours.
Cette tendance pourrait pousser l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires à réviser les termes de leur accord conclu en avril dernier. Autrement dit, l’Opep+ se voit mise à rude épreuve par la dégringolade des prix, et l’augmentation de la production des pays de l’alliance pourrait bien ne pas atteindre les 1,9 million de barils par jour à partir du 1er janvier prochain.
Ce sont les volumes supplémentaires à injecter à l’offre de l’Opep+ à partir de l’année prochaine, selon le même accord. Celui-ci avait porté sur des restrictions de 9,7 mbj pour mai et juin dernier (avec prolongement jusqu’à juillet), 7,7 mbj de août jusqu’à décembre, puis de 5,8 mbj entre janvier 2021 et avril 2021. Or, la remontée dans la production prévue dans deux mois risquerait d’inonder le marché et provoquer un effondrement des prix si la demande continue à subir les contrecoups de la pandémie.
Lors de leur dernière réunion interministérielle, le 19 octobre, les membres de l’Opep+ ont, certes, décidé de maintenir la marche des coupes dans le respect de l’accord du printemps dernier, toutefois, la situation actuelle du marché pourrait donner lieu à une reconsidération des engagements lors de leur prochain rendez-vous, le 17 novembre. Ceci d’autant que ces derniers se disent décidés à poursuivre leur stratégie pour défendre le marché, et le ministre saoudien du Pétrole n’a pas manqué de l‘afficher publiquement lors de la même réunion du 19 octobre. «Je tiens à souligner la détermination de l’Opep+ à poursuivre la stratégie que nous avons décidée à l’unanimité. Nous ferons le nécessaire, dans l’intérêt de tous», a affirmé Abdel Aziz ben Salmane, alors que les facteurs sont de plus en plus nombreux à jouer contre les pays producteurs d’or noir.