Les cours du pétrole poursuivaient hier leur recul dans une configuration de marché inédite, provoquée par le coronavirus et son impact sur la demande mondiale de brut, avant que l’Arabie saoudite et la Russie n’optent pour une guerre de prix qui rend encore plus difficiles les manœuvres des autres pays producteurs.
Une guerre qui se fait ressentir dans les marchés londonien et new yorkais où les deux cours de références sont en train de traverser l’une des plus sombres périodes de l’histoire du secteur, avec des chutes de près de 40% depuis le début de l’année.
Hier, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai régressait encore plus, passant en dessous des 28 dollars à la mi-journée, pour s’afficher à 27,12 dollars sur l’’InterContinentalExchange (ICE), en baisse de 5,60% par rapport à la clôture de mardi, peu après avoir touché 23,60 dollars, un plus bas depuis 2003, c’est-à-dire depuis 17 ans.
De son côté, le baril américain de West Texas Intermediate (WTI) est descendu à son plus bas depuis 2002, soit 25,06 dollars, avant d’effectuer un léger rebond
à hauteur de 25,36 dollars, en recul de 5,90% par rapport à la clôture de la veille.
«Demande anéantie, offre excédentaire et guerre de l’offre entre l’Arabie saoudite et la Russie mettent les investisseurs en grande difficulté», tel est le résumé de la situation fait par Naeem Aslam, de Avatrade.
En d’autres termes, le marché réunit aujourd’hui des conditions baissières inédites dont seul un retour à la raison de Ryad et Moscou pourrait réduire l’effet. Un scénario dont on a aucun signe et, bien au contraire, les dernières sorties de l’Arabie saoudite laissent entrevoir une évolution encore plus catastrophique pour l’or noir.
Ainsi, quelques jours après avoir annoncé son objectif d’inonder le marché avec près de 13 millions de barils en avril, et des prix revus à la forte baisse, le Royaume a fait part, mardi, de son intention d’accroître ses exportations à plus de 10 millions de barils par jour, exerçant une pression supplémentaire sur les cours, et mettant en danger réel l’équilibre économique des autres pays producteurs, particulièrement les plus vulnérables d’entre eux. Ce qui a d’ailleurs poussé l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et l’Agence internationale de l’Energie (AIE) à sonner l’alerte et à avertir des impacts économiques et sociaux «majeurs» qui peuvent naître de la dégringolade des prix du brut.
Dans un communiqué commun, Mohammed Barkindo et Fatih Birol, secrétaire général de l’Opep et directeur de l’AIE, n’ont pas hésité à pousser l’alerte jusqu’à déclarer que «si les conditions de marché actuelles persistent, leurs revenus issus du pétrole et du gaz chuteront de 50% à 85% en 2020, atteignant leur plus bas niveau en plus de 20 ans».
Pareille chute «devrait entraîner des conséquences sociales et économiques majeures, notamment pour les dépenses publiques dans des domaines vitaux tels que la santé et l’éducation», prévoient-ils dans l’optique d’un scénario que de nombreuses données du marché sont en train de dessiner ces dernières semaines. D’où le «jusqu’où pourront chuter les prix ?» que posent de plus les spécialistes du marché, sans pouvoir toutefois avancer une réponse dans période crise qui reste encore ouverte et qui rend la visibilité difficile.<