Parmi les premiers enseignements de la réunion du Conseil des ministres d’avant-hier, dimanche, est l’utilisation du verbe «ordonner» dans le communiqué final. Par deux fois, il a été introduit dans le texte. Le premier concernait le secteur des finances et était assez généraliste, entrant dans le cadre du lexique habituel de ce genre de rencontre. «Le Président Tebboune a également ordonné l’accélération de la numérisation du secteur des douanes afin de lutter contre la surfacturation et d’absorber les fonds circulant dans le marché parallèle». Rien de surprenant. Ça reste dans la même «lignée» des recommandations de la présidence concernant l’urgence de la digitalisation de tous les secteurs.
Par contre, le second ordre de Abdelmadjid Tebboune ne pouvait passer inaperçu. Il était adressé à deux ministres et concernait une seule affaire. Le Président «a ordonné» au ministre de l’Agriculture «l’ouverture d’une enquête sur l’affaire d’importation de blé avarié de Lituanie». En même temps, le ministre des Finances a été chargé «de procéder à un audit au sein de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC)». Ainsi, le Président a profité de la première occasion qui s’est offerte à lui pour revenir sur le scandale du blé qui a défrayé la chronique il y a quelques mois. C’était exactement le 9 novembre dernier, quand a été découverte une cargaison de 30 000 tonnes de blé impropre à la consommation, sur un navire en provenance de la Lituanie. Dix-sept jours plus tard, sur une décision du Premier ministre, et appliquée par le ministre de tutelle, le Directeur général de l’OAIC était limogé. Mais depuis, rien de nouveau à l’horizon. Il y a une semaine, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Abdelhamid Hemdani, évoquant cette affaire, affirmait que des mesures judiciaires devaient être prises, sans toutefois donner plus de détails.
La réaction du Président est venue rappeler à quel point ce scandale (et c’en est un) a de l’importance. Il est à noter que tout s’est passé alors que Abdelmadjid Tebboune était hospitalisé en Allemagne. La présidence s’est donc emparée de ce dossier épineux dont les retombées risquent d’éclabousser plus d’un, que ce soit en Algérie ou à l’étranger. Pour avoir une idée, il suffit de mentionner qu’il s’agit d’un secteur névralgique pour la sécurité alimentaire du pays. L’Algérie est d’ailleurs considérée comme l’un des plus gros importateurs de blé au monde. Ce qui ne pouvait qu’être convoité par les nombreux pays exportateurs. Jusqu’à il y a quelques mois, le marché dz (chiffré en milliards de dollars) était quasiment monopolisé par la France. Il a donc suffi que l’Algérie décide de diversifier ses sources d’approvisionnement pour que ce scandale surgisse ! Espérons que ce ne sera pas une énième commission d’enquête, dont les résultats resteront enfouis dans les tiroirs.