Par Halim Midouni

L’intervention du chef de l’Etat à la Conférence nationale sur la relance industrielle, samedi 4 décembre, marquera pendant de longs mois le débat sur la santé économique du pays et les solutions pour l’améliorer et la rendre moins dépendante des hydrocarbures.
En 2022, on se souviendra de sa déclaration en raison des promesses qu’elle contient pour appuyer l’initiative et l’effort d’entreprise dans le pays, rendre le climat des affaires moins contraignant que ne le décrivent les opérateurs concernés, encourager l’investissement et la création d’emplois. Pour l’année qui vient, on se rappellera ainsi qu’il a fixé un cap à son gouvernement pour venir à bout des aspérités qui entravent l’entreprise et son développement en Algérie, à commencer par celle érigée par la bureaucratie qu’il a décrite comme un monstre «antipatriotique».
A ce propos, le ministère de l’Industrie devrait rendre public, dans les prochaines semaines, un plan d’action ou une «feuille de route» selon la dénomination utilisée pour indiquer la voie pour atteindre ce cap économique et le garder. L’engagement pour une administration moins paperassière et un accès au foncier industriel moins tortueux pour assurer la marche à suivre, ont dit des chefs d’entreprise et des experts, hier, lors des travaux d’ateliers de la conférence.
Ce qu’on souhaite, à vrai dire, c’est le succès pour le contenu total de cette «feuille de route» et qu’elle ne finisse pas dans les tiroirs comme les nombreux documents qui ont été réalisés à l’occasion de «rencontres», de «conférences» et «d’assises nationales» sur les moyens de réformer la gouvernance économique de notre pays, depuis le tournant des années 2000, et qui ont été oubliés comme s’ils n’ont jamais existé ni mobiliser du temps et de l’argent.
Ce souhait se nourrit paradoxalement de deux problèmes. Le moins inquiétant, car surmontable, est dans l’environnement quasi récessif dans lequel baigne l’économie nationale, aujourd’hui, avec des recettes aléatoires des hydrocarbures, des contraintes budgétaires sévères, une politique fiscale qui limite l’action de l’Etat dans le développement, par exemple, des infrastructures. Il est dans le retard considérable pris dans la formation, la numérisation et la mise en place d’un système d’information permettant de savoir qui fait quoi et où, et pour «orienter les investissements», ont résumé hier les participants aux ateliers.
Le plus angoissant, car enkysté depuis si longtemps dans notre façon de concevoir les affaires publiques et de la cité, est l’absence de la culture de l’inventaire et cette façon à s’en plaindre uniquement avec des mots, presque jamais avec des actes concrets. Des gouvernements viennent et repartent sans véritable bilan, des responsables quittent leurs postes sans se soucier des comptes à rendre… Dans le dernier rapport de la Cour des comptes, on n’est presque pas surpris de voir soulignées en rouge des anomalies de gestion qui se répètent depuis des années, sans souci du préjudice qu’elles représentent. Aujourd’hui, on se réjouit, par exemple, du projet de création d’une agence du foncier industriel, mais à quoi a servi la défunte Aniref ? Et pourquoi n’a-t-elle pas fonctionné ? Des réponses à de telles questions permettent d’aller vite vers le cap qu’on veut atteindre.