Souvenez-vous de 2007. Un autre temps. A l’époque, les récompenses individuelles de fin d’année étaient jusque-là rythmées par un renouvellement certain. Seuls Michel Platini, Johan Cruyff et Marco van Basten avaient réussi à inscrire à trois reprises leur nom au palmarès du Ballon d’Or. Mais depuis, un duo a tout changé.
On parle bien sûr de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo qui ont fait main basse sur ces trophées. Avec dix ans d’un règne ininterrompu ! Presque douze puisque l’intermède avec Luka Modric en 2018 n’aura pas duré longtemps. Mais cette année 2020 si particulière avec la pandémie du Covid-19 a peut-être marqué le vrai tournant de cette ère dans le sillage de Robert Lewandowski, vainqueur de l’Eurosport Star de l’année 2020.
Si Luka Modric avait déjà mis un terme à cette période hors-normes en 2018 en étant élu meilleur joueur du Mondial et en décrochant la Ligue des champions avec le Real Madrid, le Croate est l’exception qui confirme la règle. Elu Ballon d’Or et joueur de l’année par la FIFA, le chef d’orchestre des Merengue et des Croates a stoppé la dynamique de l’infernal tandem Messi-Ronaldo grâce à ses performances, sans faire tourner les têtes avec des chiffres dingues.
Ses trophées individuels pour célébrer son année 2018 faste, il les doit notamment aux prouesses de deux collectifs dont il était un rouage essentiel – ce qui a fait pencher la balance en sa faveur au détriment de la machine à stats Ronaldo sacrée avec lui en C1. Malgré les buts à foison du Portugais, il a réussi à toucher le Graal et à bousculer la hiérarchie établie, contrairement à Andres Iniesta (en 2010) ou encore Franck Ribéry (en 2013) quelques années avant. En 2020, Lewandowski est lui parvenu à voler la vedette au duo argentino-portugais. En jouant à leur propre jeu.
Le Polonais a regardé Messi et Ronaldo dans les yeux S’il profite forcément des performances exceptionnelles du Bayern Munich qui a tout raflé cette année tant en Europe (Ligue des champions, SuperCoupe d’Europe) qu’en Allemagne (Bundesliga, Coupe d’Allemagne, SuperCoupe d’Allemagne), c’est peut-être la vraie performance du Polonais, longtemps snobé à sa grande frustration malgré sa constance incroyable en Allemagne. Dans un autre registre que CR7 et la Pulga, l’avant-centre polonais parvient à s’immiscer dans le débat. En affichant lui aussi des stats folles grâce à son efficacité létale et son sens de but d’exception dans les surfaces.
En 2019, le serial-buteur du Bayern Munich avait déjà terminé en tête du classement des buteurs en Europe, avec 54 buts en 58 matches toutes compétitions confondues (soit 4 de plus que Messi en autant de rencontres). Et en 2020, il a remis ça pour jouer encore les yeux dans les yeux avec eux avec jusqu’à présent 43 buts en 41 rencontres (contre 40 en 41 matches pour Ronaldo et 24 buts en 41 matches pour Messi). Contrairement à Messi et Ronaldo, il peut en plus se targuer d’avoir brillé lors des derniers tours de la Ligue des champions, le juge de paix quand sonnent les bilans de fin d’année.
Ne jamais dire jamais avec Messi et Ronaldo
S’il n’a pas trouvé le chemin des filets en finale contre le PSG laissant le privilège à Kingsley Coman de marquer l’unique but de la soirée, l’orgueilleux natif de Varsovie, impressionnant de régularité en Bundesliga (cinq fois meilleur buteur sur les sept dernières saisons), a cette fois-ci répondu présent à l’heure des matches couperets. Son orgie offensive en C1 marquée par cinq réalisations et six passes décisives à partir des huitièmes de finale lors de l’exercice 2019-2020 pèse ainsi de tout son poids.
Si des joueurs comme Zlatan Ibrahimovic, Edinson Cavani et Luis Suarez par exemple ne sont jamais parvenus à se faire une place entre Messi et Ronaldo malgré quelques années ponctuées de nombreuses réalisations, Robert Lewandowski démontre qu’il est aujourd’hui possible de le faire. L’année 2020 du longiligne avant-centre illustre clairement qu’il est envisageable de respirer le même air que les monstres sacrés, surtout quand on est porté par un collectif d’exception comme le Bayern sur toutes les scènes du Vieux Continent.
Alors, est-ce vraiment la fin de l’ère Messi-Ronaldo ? Les nombreux soucis rencontrés par le FC Barcelone tant en coulisses que sur le terrain et l’incapacité de la Juve à aller au bout de ses rêves en C1 laissent penser que la porte s’est ouverte. Mais avec deux légendes de cet acabit qui n’ont clairement pas envie de lever le pied et ne cessent de démontrer que le poids des années n’a pas d’effet sur eux, il ne faut jamais dire jamais. Même si Lewandowski a su mettre un pied dans leur jardin. Et c’est déjà une révolution. n